dimanche, février 5, 2023
HomesociétéLa peine : cette richesse que les gens adorent partager

La peine : cette richesse que les gens adorent partager

La peine est indivisible. Quand vous avez de la peine, le fait d’en parler ne vous en délivre pas. La preuve, ce n’est que dans les films qu’on trouve du «Tu veux en parler?».
Dans la vraie vie, il y a des amis qui essayent de reproduire la scène. Vraiment pathétique…
La peine ne peut être partagée. Pourtant tout le monde se tue à la tâche et dès que par politesse ou je ne sais quelle coutume verbale sociale qui veut que l’on dise sur un ton interrogatif et soi-disant intéressé «Bonjour, ça va?», ceux auxquels on s’adresse se déchaînent et y vont du : «Mon fils a eu 40 de fièvre hier. Mes parents divorcent. Mon frère est alcoolique.» Etc.
 
Je ne m’en fous pas! Mais je n’ai pas de peine pour eux. Ce n’est aucunement de l’indifférence. J’aime beaucoup écouter les histoires des autres, ça me permet de jouir de leurs malheurs et de relativiser par rapport aux miens. D’ailleurs, pendant les périodes de pénurie de lamentations et d’apitoiement, je regarde l’émission de «si Alaa». Plus les gens ont des problèmes tordus, plus le divertissement est bon et plus le spectacle est grandiose.
 
Revenons sur le caractère mathématique de la peine, elle se multiplie en se propageant mais ne se divise pas. La peine est l’un des chiffres les plus mystérieux de l’histoire de l’humanité.
Prenons une peine, développons-la sur plusieurs sujets : Ali raconte sa mésaventure avec sa femme à Mohamed, Salah et Mahdi. Résultat : la peine de Ali se multiplie par 3, elle se propage dans l’espace, se mue vers le chagrin, la haine, la tristesse, la dépression. Mais qu’en est-t-il de nos chers amis ? Rien !! Il peut leur arriver, évidemment, de trouver des mots sympas qui émanent de leur esprit vaillant avec le jeu de respiration qui va avec. Mais en vous quittant, cela ne les empêche pas d’aller manger une glace et de la déguster en toute sérénité.
 
Au risque de me répéter, la peine ne peut se diviser, une peine/2 = une peine. Mais en quoi la garder pour soi peut nous éviter d’autres peines?
 Par exemple:
– Il s’aperçoit qu’elle garde des photos de son ex sur son portable, dans un fichier même pas caché. Résultat : il a de la peine.
Observons cet être qui va garder sa peine, il ne dira pas ce qu’il a vu, d’abord parce qu’il n’est même pas sûr que c’est volontaire, ensuite parce qu’il ne veut pas de malaise dans son couple.
1 peine cachée = 1 peine de sauvée!
 
Regardez-le maintenant, demander des explications à sa compagne. Évidemment, il n’y en a pas. Les photos sont là et puis c’est tout, je les effacerai si tu veux.
1 peine crée une peine chez la femme et ça nous fait deux peines.
Pire!
Tu fais comme dans les films français : «Il faut qu’on parle». «Alors voilà, il y a les photos de ton ex, ça ne me plaît pas et je ne comprends pas comment tu peux les garder, etc.»
La catastrophe : «Oui je les garde parce que c’est important pour moi, c’est une partie de ma vie et de moi qui n’a rien à voir avec toi ! (Et vlan! Dans les dents!)
La peine du mec est multipliée par au moins 2, celle de la femme créée, qui aussitôt prend une proportion surdimensionnée. 
On appelle ça «la peine d’avoir fait de la peine» et c’est un sentiment désastreux.

Alors s’il-vous-plaît, quand vous avez de la peine, épargnez-nous!

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