Zaha Hadid habille la planète

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Femme brillante, architecte iconoclaste, cultivée et un tant soit peu diva, Mme Zaha Hadid est une incontournable de la scène médiatique mondiale. Cette architecte qui a réussi à devenir en 2004 la première femme architecte à recevoir le prestigieux prix Pritzker mérite toute notre attention pour la qualité et le nombre de ses réalisations monumentales. 2006 est une année chargée en prix et récompenses: d’une part, elle remporte le concours du nouveau musée d’archéologie et d’art contemporain de Cagliari (Sardaigne) dont le volume d’allure organique est inspiré des concrétions coralliennes; d’autre part, elle gagne deux autres concours internationaux, celui de trois gratte-ciel dans le quartier d’affaires de Dubaï, et celui de la «Spiralling Tower» à Barcelone.

Toujours en 2006, les Américains lui rendent hommage par la rétrospective de son œuvre au Guggenheim de New York. Et dans le cadre d’une magistrale exposition à l’Institut du Monde arabe, qui se termine le 30 octobre 2011, la France l’a également mise à l’honneur cette année.

Zaha Hadid est née à Bagdad en 1950 et a fait de brillantes études à l’université américaine de Beyrouth, puis elle obtient son diplôme de l’Architectural Association School of Architecture de Londres, en 1977. A 30 ans, elle ouvre sa propre agence à Londres. Cette Orientale déconstruit les stéréotypes et devient en quelques années l’une des principales figures du déconstructivisme, courant architectural qui refuse l’ordre linéaire de l’architecture moderne. «Je cherche à faire obliquer la lumière,» clame l’architecte, car refusant la ligne droite, elle use de la diagonale pour s’affranchir de l’angle droit. Parmi ses œuvres maîtresses, sa première œuvre, la station de pompiers de Vitra à Weil, sur le Rhin, en Allemagne (1993) ; le terminus de tramways de Hoenheim à Strasbourg (2001) ; le tremplin de saut de ski de Bergisel en Autriche (2002) ; le Centre d’Art contemporain Rosenthal de Cincinnati, aux États-Unis (2003).

Plus récemment, elle a travaillé sur le Centre des Sciences Phaeno de Wolfsburg en Allemagne (2005) et le siège de BMW à Leipzig (2005). Cette année, en février, l’architecte qui est présente dans 44 pays, a vu enfin l’ouverture du somptueux Opéra de Canton (Guangzhou), après sept ans de travaux interrompus par un incendie. Tout de béton, acier et verre, cet opéra joue la partition déconstructiviste aux courbes irrégulières inspirées de la nature. Son cœur est un immense théâtre au volume impressionnant de 1800 places qui brillent de mille feux, illuminées par 4000 lampes. A l’intérieur, l’espace se déploie en formidables volutes blanches, grises ou noires.

A l’extérieur, cet édifice a l’apparence de deux galets (l’un plus important que l’autre, deux blocs, l’un noir, l’autre blanc, semblant émerger des berges de la rivière des Perles, laquelle traverse la troisième ville la plus vaste de Chine). L’armature ajourée du «galet» en granit noir laisse passer la lumière naturelle, amplifiant ainsi le volume de l’atrium. Zaha Hadid a livré ici sa première réalisation en Chine, mais elle a d’autres projets en cours, tel l’Innovation Tower à Hong Kong. Elle aspire en outre à la construction du grandiose Musée national de Pékin. En attendant, en Europe, elle a livré le Musée des Arts du XXIe siècle de Rome, le MAXXI, avec ses longues rampes d’escalier qui se déplient et zèbrent l’espace.

Elle a réalisé le Riverside Museum de Glasgow et l’Aquatics Centre pour les J.O. de Londres. Après Paris et son exposition Chanel, Zaha Haddid inaugurera en 2012 à Marseille le siège de la CMA-CGM, «une tour de 147 mètres de haut, dont la totalité des bureaux bénéficiera de la lumière.» Cette réalisation se situe au cœur du futur quartier d’affaires de Marseille, où d’autres tours et aménagements verront le jour à l’horizon 2013. On peut réellement dire de ZAHA Hadid qu’elle est une architecte planétaire.

Texte : Martine Geronimi

 

 

 

 

 

 

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