PHOTO Villa Maria : restauration à La Goulette

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Dans la Goulette de mes aïeux, la communauté italienne, en particulier sicilienne, était prédominante et, parmi toutes les maisons encore présentes sur le sol de cette belle ville de la banlieue nord, j’ai eu la chance de retrouver la maison d’une dame sicilienne de La Goulette, une certaine Maria Errera, propriétaire d’une maison des années 30 dénommée justement : Villa Maria.

J’apprends du propriétaire actuel que cette dame italienne, épouse de monsieur Armand Rosso achète aux héritiers de Ali III Bey, en 1927, un terrain de 347 m2 situé au croisement de l’avenue Anatole France, actuelle avenue Bach Hamba et rue Robaglia, actuelle rue de Rabat. Dans les années 30 la maison est construite. De 1944 à 1946 : le patrimoine de Maria Errera est placé sous séquestre par une décision du Contrôleur Civil de Tunis en exécution d’une ordonnance relative à la guerre économique qui visait les biens détenus par l’ennemi italien de la France et donc du Protectorat pendant la 2ème guerre mondiale. La villa est ensuite louée à différents locataires ; la dernière en date est Madame Yvonne Spiteri sage- femme bien connue à la Goulette. C’est en 1963 que la famille des propriétaires actuels rachète la maison. Toutefois elle reste inoccupée de la fin des années 80 à fin des années 90. En 1999 a lieu une intervention majeure, la construction d’un deuxième étage. Il faut attendre 2008 pour que les travaux reprennent et en 2011 s’achève la restauration complète de la maison. La maison retrouve enfin vie avec les propriétaires actuels.

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Ce couple de Tunisiens amateurs d’histoire et de patrimoine, amoureux fous de La Goulette ont décidé de restaurer la maison et de l’agrandir tout en conservant son cachet d’origine. Cette maison d’habitation de la famille est une synthèse du passé goulettois et de la réalité des propriétaires qui ont vécu hors de Tunisie… notamment au Pays du Levant. Pour réaliser les travaux de rénovation, les propriétaires ont fait appel à l’architecte Emna Bouraoui, cofondatrice de l’Atelier 13 et à la décoratrice Khadija Turki qui a eu carte blanche pour l’agencement intérieur.

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L’édifice présente en façade le charme des maisons d’antan avec une entrée à perrons et porche à péristyle par lequel on accède à la porte principale encore à l’identique. Le sol en marbre noir et blanc est authentique. Le rez-de-chaussée s’ouvre sur un vestibule dont les moulures ont été mises en évidence par une peinture bleue qui donne un air théâtral à l’entrée. Une fois franchi, le hall laisse la place à un grand espace ouvert tout de blanc et rouge brique vêtu. L’espace initial cloisonné a été remanié pour offrir un volume vaste et dégagé. La cuisine entrevue par une porte coulissante rime avec faïences et céramiques dans une belle lumière du matin. L’espace en mezzanine offre un escalier original qui n’est autre qu’une bibliothèque qui s’élève jusqu’au deuxième étage.

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La décoratrice nous dit avoir utilisé ce côté vintage de l’escalier pour le marier à l’esprit japonisant de la maison. Le voyage est un fil conducteur dans chaque pièce et le passage en Asie de la maîtresse de maison, fille d’ambassadeur au Japon est prégnant… Le kimono de mariage de l’Empereur du Japon en fil d’or et soie blanche et rouge orange trône dans ce salon exceptionnel. Derrière les baies vitrées, un petit bassin japonisant avec jacuzzi et son jardin oriental. À même le rez-de-chaussée, une délicieuse chambre d’amis crème et bleue invite au voyage.

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À l’étage, un grand salon vestibule fait le lien avec les chambres. La chambre des maîtres joue le duo blanc et noir qui anime un mobilier en bois vintage. La chambre en vert céladon, particulièrement soignée par la décoratrice, reprend une fois de plus l’idée du voyage en Asie avec un autre kimono de l’Empereur et un délicat lit à baldaquins. Deux ravissantes tables de chevet à médaillon ponctuent à la perfection le lit épuré. Une réussite.

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Cet étage est orné d’un grand balcon à l’italienne. Cependant, dans les derniers travaux de rénovation, les propriétaires ont décidé de lui adjoindre une belle et grande terrasse qui domine tout le quartier, à deux pas de l’église et de la mosquée. C’est ainsi que se présente dans la lumière auréolée du matin cette maison blanche entourée de son jardinet et de sa clôture ajourée en fer forgé. Un lieu nostalgique et attirant.

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Texte : Martine Geronimi

Photos : Robert Jewett

Architecte : Emna Bouraoui

Décoratrice : Khadija Turki