Une loi criminalisant les violences contre les femmes fait polémique en Algérie

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Le parlement algérien a voté une nouvelle loi criminalisant les violences contre les femmes. Une décision qui n'a pas manqué de provoquer la colère des conservateurs qui jugent cette loi contraire aux préceptes de l'islam.

Le 5 mars dernier, les députés algériens ont voté une nouvelle loi qui vise à défendre les femmes contre les violences conjugales et à préserver leurs biens financiers. Le texte de cette loi vient compléter et modifier le Code pénal algérien en introduisant la notion d'harcèlement dans les lieux publics mais aussi l'harcèlement moral conjugal. Désormais, la violence conjugale est punie de un à vingt ans de prison et en cas de décès, le conjoint sera passible de la réclusion à perpétuité. Une peine de six mois à vingt quatre mois de prison est aussi prévue pour "le mari qui exerce sur son épouse des contraintes afin de disposer de ses biens ou de ses ressources financières".

En colère, des députés accusent le gouvernement de vouloir imposer des normes occidentales et dénoncent une intrusion dans l'intimité du couple ce qu'ils jugent contraire aux valeurs de l'islam. Naamane Belouar, député de l'Alliance pour l'Algérie verte, une coalition des partis islamistes, estime que cette loi est "contraire aux préceptes coraniques et vise la dislocation de la famille".  Les députés d'une autre formation islamiste, El Adala, ont également réclamé la mise en place d'une loi interdisant "le non-port du voile et la nudité des femmes dans les lieux publics, causes principales des harcèlement". Ahmed Khelif, un député indépendant, affirme que cette loi constitue "un musellement des libertés de l'homme et une façon de rendre licite les relations extraconjugales" et d'ajouter qu'il sera désormais "plus simple d'avoir une maîtresse que d'être marié et de courir le risque d'être poursuivi en justice pour n'importe quelle faute".

Les féministes et les progressistes ont quant à eux salué cette avancée mais ont déploré l'introduction de la notion de pardon. En effet, la loi prévoit la fin des poursuites judiciaires dans les cas les moins graves si la plaignante décide de pardonner son agresseur. "Dès lors que l'on introduit le pardon, la loi perd de sa substance" estime Oujdane Hamouche du Front des Forces Socialistes (FFS). La juriste Nadia Ait Zai réclame le maintien de l'action publique contre les agresseurs même en cas de pardon de la victime.

 

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