Un 14 Janvier au Palais sous haute tension

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Officiellement décrété comme étant la fête de la Révolution et de la Jeunesse, le 14 Janvier 2015, annoncé en grandes pompes, a été entaché d’impertinences, de maladresses et de tensions. Fraichement élu, le nouveau président de la République tunisienne, se devait de se rendre sous son meilleur jour pour cette première grande apparition officielle.

A l’occasion de la commémoration de la Révolution, une grande cérémonie a été donnée au Palais présidentiel de Carthage sous le patronat de Beji Caïed Essebsi, président de la République, à laquelle été conviés représentants de partis, personnalités nationales, représentants du Quartet du dialogue national, à savoir l’UGTT, LTDH, UTICA et l’Ordre des Avocats, ainsi que les veuves des martyrs Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi, Lotfi Nagdh, les familles des martyrs et blessés de la révolte de 2011 et celles des victimes du terrorismes. Le coup d’envoi a été donné par la fanfare habituelle des différents corps sécuritaires défilant dans leurs somptueux uniformes d’apparat sur fond de rythmes martiaux et solennels. S’en est suivi une allocution de M le Président. Un discours  retraçant sommairement le parcours du peuple tunisien depuis la l’indépendance, ponctuant par quelques chiffres, quelques noms de martyrs et quelques versets coraniques, pour finir par décorer les membres du Quartet, les veuves des martyrs Belaïd, Brahmi et Nagdh ainsi que des familles des sécuritaires tombés lors de l’accomplissement de leur devoir en luttant contre le terrorisme. La tension devenue palpable, les familles des martyrs et blessés de 2011, mises à l’écart, et nourrissant le sentiment d’avoir été un élément d’ornement de la cérémonie, ont commencé à s’exclamer, protester, hausser de la voix avant que le Président ne décide de couper court à son intervention. Irrité, Beji Caïed Essebsi quitte la réception en leur balbutiant en dialecte tunisien «Tous les martyrs sont dans nos esprits et seront décorés. Ce que vous faites n'est donc pas nécessaire. Allez, que Dieu vous vienne en aide».

Les familles des martyrs et blessés n’ont pas quitté le Palais, ils sont restés réclamant dignité et considération. Hamma Hammami et Mokhtar Trifi à leur chevet, ils finissent par être reçues par le Président, qui semble-t-il, a réussi à calmer les tensions moyennant une promesse de rouvrir les dossiers et de décorer toutes les familles des martyrs lors de la cérémonie prévue pour le 9 Avril prochain.

De son côté, la directrice de Humans Rights Watch, Emna Gualleli, a pris la parole sur les ondes de Mosaïque Fm, pour souligner que rendre la considération aux martyrs et blessés de la Révolte passe, non seulement par la reconnaissance de leur statut, mais aussi et surtout en leur rendant justice par la condamnation des coupables et commanditaires des crimes et des meurtres perpétrés contre le peuple tunisien durant le soulèvement, chose qui selon elle a été formelle et bâclée.

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