Tunisie : stop à la traite des petites filles « employées de maisons » !

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Dans un communiqué publié mardi 10 février, l’association BEITY pour les femmes sans domicile, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, l’Association Tunisienne pour la Recherche et le Développement ainsi que l’Association Tunisienne de Défense des Valeurs Universitaire, dénoncent la traite des petites filles « employées de maisons. »

Dans ce communiqué, les associations signataires évoquent le cas d’une jeune domestique de 14 ans, exploitée et maltraitée par ses employeurs, elle fini par se défénestrer le 6 février dernier. Ce drame est, hélas, loin d’être un fait exceptionnel. En Effet, bien que strictement interdit en Tunisie, le travail des enfants, qui constitue une violation de leurs droits les plus fondamentaux, est malheureusement très courant. Selon une enquête réalisée par l’UNICEF en 2007, il existerait en Tunisie plus de 40 000 jeunes travailleuses domestiques âgées en moyenne de 17 ans sachant que l’âge moyen de la première activité est de 14 ans. «Nous nous inclinons devant la petite travailleuse et devant son geste implacable qui interpelle contre l’insupportable souffrance de milliers comme elle vouées à l’asservissement. Nous nous indignons du sort réservé à près de 40 000 mineures âgées en moyenne de 17 ans employées de maisons dans les mêmes conditions d’illégalité, d’indignité et d’exploitation» lit-on dans le communiqué.

Dans une enquête réalisée par la journaliste Synda Tajine en collaboration avec le journal d’investigation français Médiapart, Moez Chérif, pédiatre et président de l’Association Tunisienne des Droits de l’Enfant explique qu’ «une grande majorité d’entre elles (les jeunes filles employées de maison) se sont plaintes de violences physiques mais aussi de harcèlements sexuels de la part des personnes qui les emploient. Châtiments corporels, pour ne pas avoir obéi à leurs employeurs, mais aussi voyeurisme, absence d’intimité et d’un minimum d’hygiène». Mais selon Dr Cherif, «la plus grande des violences subies par ces jeunes travailleuses, est le fait de vivre dans le même foyer que des filles de leur âge. Devoir les servir, les voir partir à l’école, avoir une vie sociale et profiter de l’affection de leurs parents et de tout ce qu’ils peuvent leur offrir, est vécu dans la souffrance. Cette frustration généralement ignorée par les adultes les pousse, très souvent, à commettre plusieurs sortes d’écarts (fugues, vols, agressions au sein du domicile employeur, etc.) afin d’attirer l’attention sur leur souffrance». Très peu de jeunes filles soufrant de violence ou d’exploitation osent en parler à leurs familles, «elles sont, même, généralement agressées et violentées au sein même de leurs foyers. Les parents sont les premiers exploitants», souligne le Dr Cherif.

Arrachées à leur enfance, retirées prématurément et de force de l’école, isolées, marginalisées, exploitées, violentées physiquement et psychologiquement, parfois même violées, ces petites filles, dont beaucoup sont très jeunes, ont très peu de chance d’avoir une vie saine et productive à l’âge adulte.

Face à ces situations dramatiques, ces associations appellent les nouvelles autorités du pays à assumer leurs responsabilités. Elles appellent notamment à :

– Interdire sans plus tarder le travail des enfants de moins de 18 ans révolus sous quelque prétexte que ce soit et de prendre les mesures nécessaires de prévention et de répression contre les contrevenants.

– Se conformer aux engagements internationaux de la Tunisie pris dans le cadre de la convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant.

– Supprimer les multiples exceptions et dérogations à l’âge légal au travail ainsi que les brèches que la législation admet au travail des enfants dans les champs, de nuit et dans les maisons

– Procéder, d’urgence, à la refonte de la loi sur les conditions des employés de maison qui, en totale contradiction avec le dispositif constitutionnel du pays, interdit seulement le travail des enfants de moins de 16 ans.

– Harmoniser la législation conformément aux dispositions constitutionnelles sur le salaire équitable et l’emploi décent ainsi qu’aux standards internationaux fixés par le Bureau international du Travail.

– Ratifier la convention n°189 du Bureau international du travail sur le travail décent des travailleuses et des travailleurs domestiques entrée en vigueur le 05 septembre 2013.


 

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