« Tunisie, parlons sexualité », la page Facebook qui brise les tabous

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C’est une page Facebook qui cartonne depuis plus de 9 ans…dans la discrétion la plus totale. « Tunisie, parlons sexualité » compte aujourd’hui plus de 58 000 abonnés. Entre partage d’infos, d’articles, de photos et messages anonymes, les adhérents se renseignent et font partager leurs expériences dans un espace virtuel où la plupart a choisi l’anonymat pour s’exprimer. Ici, l’on peut envoyer un message aux administrateurs pour poser des questions liés à la frigidité, l’anorgasmie, l’homosexualité, l’éjaculation précoce, les fantasmes, la santé sexuelle etc. en toute sureté. La page a l’avantage de pallier- à son niveau certes- à une éducation sexuelle absente. Nous avons contacté les « admins » pour en savoir d’avantage sur cette page.

Femmes de Tunisie : Pourquoi cette page a-t-elle été créée? Est-ce pour pallier à ce manque?

Tunisie, parlons sexualité : Pour commencer, cette page été créée il y a plus que 9 ans.  Nous avons commencé par la publication d’articles éducatifs.  Puis, petit à petit, nous avons commencé à ouvrir un espace pour que les adhérents puissent s’exprimer. La communication étant la base de tout conflit, cela a plutôt bien marché. La sexualité reste toujours un sujet tabou en Tunisie et la plupart des gens nous contactent derrière un compte anonyme pour ne pas dévoiler leurs identités… Ils demandent des conseils des suggestions. Et souvent, bien plus que nous ne le croyons, l’un des deux personnes formant un couple souffre de la frigidité de l’autre.

F.D.T : Est-ce que les réponses que les abonnés donnent aident quelque part ces gens là?

T.P.S : Nous avons une équipe d’administrateurs qui est composée de différents profils. Il s’agit de médecins, sexologues, psychologues , ingénieurs , des étudiants en médecine etc … majoritairement des jeunes .

Pour être honnête sur ce point.  En premier lieu nous essayons de proposer des solutions avant de publier le message, et vu que nos administrateurs travaillent bénévolement donc la disponibilité diffère. Ensuite, nous publions les messages. Et là, je dirais que le Tunisien ne manque pas d’humour donc vous imaginez le style d’une bonne partie des réponses. Ce qui est bien par ailleurs, c’est que dans tout cela, de nombreuses personnes partagent leurs connaissances, d’autres leurs témoignages lorsqu’elles ont vécus la même chose. Elles nous envoient des messages privés pour partager des solutions, que nous prenons soin de transférer évidemment.

F.D.T : Est-ce que les sujets liés au manque de communication sur le plan sexuel sont fréquents?

T.P.S : Oui  nous recevons beaucoup de questions qui, pour certains semblent banales,  mais qui sont particulièrement dus au manque de communication sur le plan sexuel. Evidemment cela renvoie à une éducation sexuelle défaillante ou absente.

Il y a des questions qui sont aussi liés aux tabous de la société. Pour nos lecteurs, nous sommes une sorte de refuge, un endroit où nos membres peuvent poser leur question et avoir des réponses sans jugements. Dans d’autres pays où la sexualité n’est pas taboue, certaines questions n’auraient même pas été posées dans des forums publics.

F.D.T : Quel message anonyme vous a-t-il le plus marqué ?

T.P.S : Nous recevons des messages anonymes tous les jours. Il est donc très difficile de déterminer celui qui nous a le plus marqué. Mais pour ma part,  c’est une femme qui était sur le point de divorcer et dont le mari avait quelques troubles d’éjaculation précoce (un des sujets pour lesquels nous recevons le plus de questions). Nous lui avons proposé certaines solutions qui ont débouché sur une thérapie de couple. Aujourd’hui, ce couple va beaucoup mieux et ça, ça m’a marquée.

Je précise que la majorité des questions que nous recevons sont liés soit au sujet de  l’éjaculation précoce, soit à l’homosexualité et surtout à la virginité.

F.D.T : A votre avis, jusqu’où peut aller l’ignorance côté sexualité et comment impacte -elle sur le quotidien de ces personnes?

T.P.S : « L’ignorance n’est pas l’innocence » dit-on.  A première vue, je dirais que ça a un impact psychologique en premier lieu. Beaucoup avouent ne plus savoir s’y prendre dans leur couple, avoir des blocages. Une bonne partie se retrouve dans des situations délicates.