Les femmes sont nombreuses à avoir subi de manière disproportionnée les effets des récentes crises à travers la région euro-méditerranéenne. À cela s’ajoute l’écart de rémunération latent entre les femmes et les hommes et les violences sexistes encore trop répandues dans la région. Il reste beaucoup à faire, non seulement pour protéger les femmes et les jeunes filles, mais aussi pour leur donner les moyens de diriger et de façonner leurs communautés pour un avenir plus inclusif et plus durable.

En 2020, les 42 États membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM) ont mis en place le premier mécanisme de suivi régional de l’égalité des genres, afin d’évaluer les progrès réalisés en matière de droits des femmes et de fournir des recommandations politiques pour combler les inégalités entre les femmes et les hommes dans la région. Selon le dernier rapport paru en mars 2022, la participation économique des femmes représente l’une des entraves majeures à l’égalité des genres. 

Avant même le début de la pandémie, les femmes de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) consacraient six fois plus de temps que les hommes au travail domestique et aux soins non rémunérés. Les données actuelles confirment également que le taux de chômage de ces femmes reste bien inférieur à la moyenne mondiale. En effet, plus de la moitié des femmes actives sont employées de manière informelle, dans des emplois mal rémunérés et offrant moins d’avantages que les hommes. Avec l’augmentation du travail et de l’éducation à distance due à la pandémie, les femmes consacrent plus de temps que jamais au travail non rémunéré. Avant la pandémie, les femmes employées dans l’UE consacraient environ 3,9 heures par jour à des soins non rémunérés, contre 2,6 heures pour les hommes. En juillet 2020, ces chiffres avaient fortement augmenté pour les femmes employées ayant des enfants de moins de 12 ans, pour atteindre 54 heures par semaine, soit 7,7 heures par jour.

Selon les estimations de PwC et de la Banque mondiale, l’augmentation de l’emploi des femmes pourrait accroître significativement (+57 %) le PIB de la région méditerranéenne. Par exemple, la digitalisation des marchés peut entre autre contribuer à créer davantage d’emplois dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM – STEM en anglais). Cela favoriserait les opportunités d’emploi pour de nombreuses jeunes femmes actuellement en études supérieures dans la région MENA. En effet, entre 34 % et 57 % des diplômés en STIM sont des femmes, contre seulement 20 % aux États-Unis ou 30 % en Europe. 

Selon le rapport du mécanisme de suivi régional de l’égalité des genres, l’Europe et la région MENA se situent en dessous du niveau mondial de 6,2 % de femmes propriétaires d’entreprises établies (respectivement 5,3 % et 4,5 %,). Même dans les pays les plus avancés de la région dans ce domaine, comme la Croatie et le Portugal, les femmes représentent toujours moins de 40 % des entrepreneurs. Un rapport de l’OCDE datant de 2019 indique également que les femmes de la région MENA sont confrontées à des niveaux de discrimination parmi les plus élevés en matière d’accès aux ressources productives et financières : 45 % contre une moyenne mondiale de 27 %. 

Naturellement, nous avons également vu des avancées significatives ces dernières années, parmi lesquelles la création du MENA Women’s Business Club ou encore la Tunisie, devenue le tout premier pays arabe à avoir une femme à la tête de son gouvernement en 2021. Mais il reste encore tant à faire…

Ce 26 octobre, les ministres des États membres de l’UpM signeront une déclaration à Madrid, s’engageant à prendre les mesures nécessaires pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, sur le plan économique et au-delà. Les gouvernements doivent reconnaître que, dans un contexte affecté par plusieurs crises simultanées (santé, énergie, environnement), davantage d’efforts doivent être réalisés pour soutenir le rôle actif des femmes dans le développement durable et inclusif de la région. Outre des incitations financières, qui viseront à favoriser des structures intra-familiales plus équitables, la déclaration exigera des États membres qu’ils revoient et éventuellement réforment les lois actuelles portant sur les violences à l’égard des femmes et des filles. Avant de pouvoir participer pleinement à la société, il est fondamentalement nécessaire de se sentir en sécurité. Ce qui n’est aujourd’hui malheureusement pas le cas pour l’ensemble des femmes et des filles du monde entier. 

Ces ambitions correspondent à l’engagement de promouvoir l’inclusion des femmes dans tous les domaines. Les femmes de tous âges doivent sentir qu’elles ont leur place au sein de n’importe quel espace, en particulier ceux qui sont historiquement dominés par les hommes, comme les STIM. Il ne s’agit pas seulement d’atteindre des objectifs fixés, tels que les objectifs de développement durable (ODDs). Il s’agit de faire en sorte que la Méditerranée atteigne son plein potentiel. Si elles en ont l’opportunité, les femmes peuvent ouvrir la voie à un avenir brillant, plus inclusif et durable.

Par Anna Dorangricchia, Experte en égalité des genres à l’Union pour la Méditerranée