Témoignages: Elles ont changé de parcours pro' (3 sur 4)

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Dans la série de témoignages de celles qui ont changé de parcours (lire les témoignages 1 et 2) , celui-là est le plus radical. 2 pour le prix d'un, Isabelle change de métier…et de pays.

Quelque part il y a ce petit déclic, le moment parfait où l’on se sent prêt à foncer vers l’inconnu. Un inconnu pas si étranger que cela finalement puisque sans vraiment le savoir, des prédispositions existent chez ces personnes qui changent de vie, de trajectoire ou de profession. Sûre de son choix, Isabelle Planchon se lance dans l’hôtellerie de charme en Tunisie après avoir exercé pendant 18 ans le métier d’avocate en Belgique. Elle ouvrre Dar Bibine, une maison de charme à Djerba.

[caption id="attachment_4210" align="alignnone" width="665"]Dar Bibine[/caption]

Rien qu’un virage à 180°. Le parcours d’Isabelle Planchon était bien classique au départ. Après des études secondaires à Arlon (ville francophone située en Wallonie, à la frontière avec le Luxembourg) et avant d’entamer ses études de droit, Isabelle part passer un an aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme d’échange. «C’est là que j’ai appris à maîtriser l’anglais mais aussi à m’éveiller au goût de la découverte des autres cultures,» dit Isabelle en se remémorant son année américaine.

De retour de New York, elle entame une licence de droit à l’Université libre de Bruxelles. Ses études auront duré cinq ans, suivies d’un stage de fin d’études de trois ans. «A l’époque, j’ai eu la chance de pouvoir reprendre le bureau d’un avocat qui a été nommé magistrat et je me suis installée seule, exerçant dans un cabinet unipersonnel. C’était une expérience qui représentait autant d’avantages que d’inconvénients,» avoue Isabelle. Durant 18 ans, elle exerce donc le métier d’avocat spécialisé en droit de la famille. Durant ces années, elle goûte aussi à la vie politique en tant que conseillère communale.

J’étais vraiment passionnée par mon métier!

Quand je lui pose la question sur ce qui la passionnait dans le métier d’avocate, Isabelle me répond presque instinctivement: «L’aspect humain lié à ma spécialisation était à la fois la partie la plus enrichissante de ce métier mais aussi la partie la plus épuisante. Au-delà du conseil juridique ou de la défense d’une cause, il fallait pouvoir écouter, rassurer, consoler, raisonner aussi. A côté de la juriste, la psychologue devait prendre le relais et c’est sans doute cet aspect-là du métier (auquel les avocats sont très peu formés) qui a eu raison de ma passion au point d’avoir envie de changer d’orientation.»

Le déclic

Fatigue, épuisement, cumul… L’idée de changer de métier et de vie se faisait plus pressante. Mais changer pour faire quoi? L’idée s’est presque imposée d’elle-même: «Mon compagnon, architecte, et moi-même venions d’acheter une seconde résidence en Tunisie, un houch en ruines que nous voulions rénover pour en faire une maison de vacances. C’est alors qu’est née l’idée, farfelue aux yeux de notre entourage, de transformer ce houch en maison d’hôtes et de venir nous installer en Tunisie.»

C’est alors qu’est née l’idée, farfelue aux yeux de notre entourage, de transformer ce houch en maison d’hôtes et de venir nous installer en Tunisie

Un changement de cap qui n’aurait pas pu se faire s’il n’avait pas été avant tout un choix de couple. Selon Isabelle, il aurait fallu une envie commune de relever un défi pour y arriver. Une idée folle? «Sans aucun doute, surtout que nous étions tous deux bien “assis” dans nos professions, jouissant d’une bonne réputation, avec des revenus confortables.»

Mais changer de pays et de métier, est-ce facile?

Même si sa formation de juriste l’a beaucoup aidée dans les parcours administratif et humain qui l’attendaient en changeant de vie, il aura fallu à Isabelle beaucoup de «culot»: «Au point de contacter un ministre du Tourisme sur Facebook. Je devais aussi être patiente. J’ai d’ailleurs attendu presque 3 ans avant d’obtenir un agrément. Et il me fallait être déterminée, la crise économique et les révolutions n’ayant pas facilité les choses. En somme, trois traits de caractère qui m’avaient menée à l’avocature me servaient aussi dans ce nouveau métier.»

Trois traits de caractère qui m’avaient menée à l’avocature me servaient aussi dans ce nouveau métier.

Parallèlement aux soucis de rénovation de la maison, aux aléas administratifs, il a aussi fallu penser à la promotion de ce nouveau «produit». «En 2009, seuls six établissements de ce type existaient en Tunisie et naturellement, un réseau s’est créé entre nous, permettant ainsi une meilleure visibilité tant en Tunisie qu’à l’étranger, notamment dans le cadre de la participation aux divers salons du tourisme.» Autant le dire, changer de parcours n’a pas été facile pour Isabelle. Au-delà de cette promotion collective, un travail commercial individuel a dû être entamé: il a fallu contacter la presse, créer un site, un blog, une page Facebook, organiser des événements et surtout, élaborer un circuit de maisons d’hôtes amies. «Dans ce cas, mon ancien métier était peu utile et il a fallu faire preuve de créativité et d’initiative avant de goûter aux premières retombées médiatiques: l’apparition dans de nombreux magazines, la participation aux émissions télévisées, etc. Tout cela nous a permis de promouvoir notre maison, et au-delà la destination Tunisie,» affirme Isabelle, heureuse d’en être arrivée là.

«Grâce à ce travail, mon mari et moi accueillons aujourd’hui des hôtes venant d’horizons multiples et c’est donc sans regret que nous savourons tous les jours le plaisir de partager avec eux notre connaissance du pays.»

Changer de vie, quels conseils?

Pour Isabelle, il tient en un seul mot: OSER. Le moment de la prise de décision est sans doute l’étape la plus difficile, surtout si le nouvel objectif apparaît comme déraisonnable, notamment aux yeux de l’entourage. «La prise de risque existe, il ne faut pas la nier, et elle demeure au-delà de la décision. Mais si vous ne vivez pas vos rêves, l’ennui s’installe dans votre vie,» conclut l’ancienne avocate belge.

Si vous ne vivez pas vos rêves, l’ennui s’installe dans votre vie.

 

Dar Bibine : Rue Abdel WAHAB 7-ERRIADH, 4146 Djerba, Madanin, Tunisia

 

 

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