Témoignage : vie sexuelle des couples avec enfants, à quoi ressemble-t-elle?

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Alors qu’il y a quelques décennies encore, tout ce qui se rapportait à l’intimité du couple était régi par des codes sociétaux, particulièrement dans les pays arabes, les nouvelles générations sont quant à elles en train de redéfinir les bases des relations de couple. A titre d’exemple, aujourd’hui, des termes comme « la charge mentale » apparaissent pour mettre des mots sur des situations qui étaient autrefois plutôt subies par les femmes. De nos jours, les jeunes couples traitent différemment avec les étapes et/ou problèmes du couple. La femme n’est plus tenue de tout assurer toute seule et en parle avec son conjoint. De même, la naissance d’un bébé est vécue différemment aujourd’hui qu’il y a quelques années. Qu’il s’agisse de partage des tâches, d’implication, ou de sexualité post-partum, les jeunes parents sont conscients qu’aujourd’hui, ils doivent se serrer les coudes et faire face ensemble à tout ce qui pourrait déséquilibrer momentanément la stabilité de leur intimité. Et autant dire les choses telles qu’elles sont, car c’est un fait : la vie sexuelle du couple est perturbée au lendemain de la naissance de bébé. A quoi ressemble-t-elle ?  Mariés avec enfant(s), quelle place pour la sexualité du couple ? Des parents tunisiens ont accepté de témoigner.

Témoignage : N.B.H, maman de deux enfants de 2 et 5 ans

F.D.T : Comment était votre vie sexuelle au début de votre relation ?

N.B.H : Nous avions des relations ponctuellement du fait que nous n’étions pas mariés et donc n’habitions pas sous le même toit. Cela dépendait vraiment de l’occasion qui s’y prêtait ou pas mais je dirais que nous avions une sexualité épanouissante.

F.D.T : Quand est-ce qu’elle a commencé à changer ?

N.B.H : Il y a eu trois étapes importantes dans notre vie de couple. La première, c’était notre mariage ; on habitait sous le même toit et c’était beaucoup plus simple de faire l’amour. On avait donc une sexualité à la fois fréquente, intense, riche, notamment pendant les voyages. On essayait de varier les plaisirs selon les endroits et les lieux.

Le premier changement est survenu durant la grossesse où la fréquence avait un peu diminué mais c’était toujours bien, en dépit des limites en termes de positions.

Le deuxième changement est survenu après la naissance de notre premier enfant. Etant donné qu’il dormait dans notre chambre, on l’emmenait parfois chez mes parents afin d’avoir la maison pour nous tous seuls. La fréquence était d’une à deux fois par semaine, et un peu plus en été. Cela ne me dérangeait pas du tout parce que ce côté « attendu » ajoutait du piment à notre vie sexuelle.

Le troisième changement –le plus important- c’est quand on a eu notre deuxième enfant. A vrai dire, ça avait déjà commencé avec la grossesse où j’ai dû faire un cerclage, ce qui a engendré une forte diminution de la fréquence de nos ébats amoureux. Les choses se sont compliquées avec sa venue au monde, c’est un enfant assez agité, anxieux, qui ne dort pas beaucoup et qui tombe malade assez souvent. On ne pouvait donc pas utiliser l’option « l’emmener chez mes parents », et cela a duré plus de 6 mois. Le comble, c’est que de mon côté j’ai eu le baby blues, j’étais très fatiguée, ma libido a été affectée, je travaillais en même temps, et on devait gérer deux enfants… ce qui fait qu’on n’a pas pu reprendre de sexualité épanouissante avant ses 7 mois, où il commençait à aller mieux et où on a commencé à remonter un peu la pente. Mais là encore, le problème de notre espace intime se posait et la fatigue n’aidait pas vraiment.

F.D.T : Qu’est-ce qui a changé ?

N.B.H : La fréquence d’abord. On pouvait aller jusqu’à 1 ou 2 mois sans rien faire et à un moment, on commence à se poser des questions, entre autres sur notre relation, sur notre amour, la baisse de l’envie, la priorité qu’on donne au repos ou à la reprise d’une vie sociale au détriment de la vie intime. Le confort de la sexualité a également changé ; le côté passionnel, axé sur les fantasmes, a laissé place au classique, qui reste tout de même satisfaisant compte tenu de la diminution de la fréquence.

Après, c’est la vision des choses qui change et on se fait à l’idée que c’est une période qui va durer un petit moment -3 ou 4 années- le temps que les enfants deviennent autonomes et qu’on reprenne une meilleure gestion de notre rythme de vie tout en se disant qu’il faut essayer de ramer jusque là-bas pour arriver sains et saufs. Donc parfois, on fait des efforts et parfois, on se laisse un peu aller en se disant qu’il ne faut pas non plus trop se prendre la tête. On essaie alors de faire des manigances pour que quand nos moments « libido en hausse » concordent, on puisse en profiter.


D’autre part, la maison en elle-même devient un problème dans le sens où elle représente la routine. Nos ébats amoureux sont d’ailleurs meilleurs quand on dort dans un hôtel ou quand on voyage, etc. La qualité du rapport sexuel a également changé. Il arrive que le côté passionnel soit remplacé par un côté un peu plus machinal de « devoir conjugal ».

F.D.T : Cela affecte-t-il votre couple ? Comment ?

N.B.H : Forcément. Il faut se rendre à l’évidence que le désir de chacun de nous n’est plus constant. Cependant, on est restés complices sur tout le reste. Donc on se pose des questions sur le couple mais sans remettre en question le couple. On est tous les deux intimement convaincus qu’on veut continuer ensemble. Et même si notre vie sexuelle a été affectée, la tendresse, l’amour –platonique- et l’amitié sont toujours là.

F.D.T : Quelles sont les solutions que vous envisagez ?

Vivre les choses telles qu’elles se présentent. Tout notre entourage, ou du moins, les personnes dans le même cas que nous ont vécu la même chose et le conseil qui revient souvent c’est « Let it go et tout va revenir petit à petit ». Il ne faut pas trop se mettre la pression parce que c’est là que le couple peut être affecté plus sérieusement. On essaie d’appliquer, naturellement, ces conseils tout en restant très proches, de s’offrir des moments privilégiés mais pas que sexuels ; de s’offrir des dîner et des voyages à deux, de se dire des mots doux, ce qui nous permet de baliser le terrain pour quand le désir reviendra et c’est ce qui nous permet après d’avoir des moments intimes intenses, voire explosifs, qui vont nous aider à « recharger nos batteries » pour les quelques semaines, voire quelques mois à venir. Et on pourra peut-être pouvoir redémarrer la locomotive dans 1 an quand mes parents ou les siens pourront s’occuper des deux enfants pendant un weekend.

Fréquence des relations sexuelles chez les couples tunisiens

Témoin 1 : Ensemble depuis 6 ans, mariés depuis 4 ans, un enfant de 7 mois, on fait l’amour 1 fois toutes les 3 semaines.

Témoin 2 : Ensemble depuis 7 ans, mariés depuis 5 ans, un enfant de 2 ans, on fait l’amour 4 fois par semaine.

Témoin 3 : Ensemble depuis 4 ans, mariés depuis 3 ans, un enfant de 5 mois. Avant on faisait l’amour tous les jours. Après, 3 à 4 fois par semaine. Pendant la grossesse, on ne l’a pas mal fait aussi. Mais aujourd’hui, la fréquence est réduite à une fois toutes les 3 semaines si ce n’est moins.

Témoin 4 : Ensemble depuis 11 ans, mariés depuis 9 ans, des enfants de 7 et 4 ans. La fréquence dépend de la période. En été, on fait l’amour presque quotidiennement, parfois 2 ou 3 fois par jour. En hiver, si on n’est pas en très bons termes, on le fait une fois par semaine. Si je suis fâchée contre lui, je peux faire une grève, mais qui ne dépasse jamais les 2 semaines.

Témoin 5 : Ensemble depuis 16 ans, mariés depuis 14 ans, un enfant de 11 ans. Quand tout va bien on peut faire l’amour jusqu’à 3 fois par semaine. Quand je ne suis pas d’humeur, on peut rester sans, même toute une semaine. La fréquence augmente pendant les vacances. On peut le faire même tous les jours.

Témoin 6 : Ensemble depuis 18 ans, mariés depuis 18 ans, 5 enfants. On le fait quotidiennement et ça peut aller jusqu’à 4 fois par jour.

Témoin 7 : Ensemble depuis 3 ans, mariés depuis 2 ans, un enfant âgé d’un an. On fait l’amour 2 fois par semaine en moyenne.