Témoignage: Mon homme a 36 ans de plus que moi

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« L’amour est de tous les âges » disait Pierre-Marie Quitard. Je l’ai toujours pensé, je l’ai toujours accepté et l’ai toujours appliqué. Plus jeune, je sortais déjà avec des garçons plus âgés que moi. En primaire, j’étais secrètement amoureuse de notre enseignant de français.  Au collège, mon amoureux allait à la faculté de médecine. Je n’ai jamais été attiré par les jeunes de mon âge. Je les trouvais immatures, simplets…même physiquement, j’étais loin d’être séduite par les duvets de barbes naissantes et des mues des voix à l’adolescence.

J’aime plutôt les hommes avec de l’expérience, ceux qui t’apprennent des choses, ceux qui prennent soin de toi, ceux qui te font vivre de nouvelles expériences. J’ai toujours été de tempérament plutôt timide, alors quand un  homme faisait ressortir ma féminité et m’entraînait dans un joli jeu de séduction, je ne pouvais que succomber à son charme. Si en plus, il m’entraînait dans des contrées intellectuellement inconnues jusque là, je tombais carrément amoureuse.

C’est ce qui est arrivé avec Ali, de 36 ans mon aîné. J’avais 18 ans, il en avait 54 ans. C’est en accompagnant ma grande sœur à la représentation de la pièce de théâtre de sa fille à l’école que je l’ai vu la première fois. Il était le professeur et le metteur en scène de cette version de « Roméo & Juliette » pour enfants. Je suis tout de suite tombée sous le charme de sa manière de faire apprendre du « Shakespeare » à des élèves de 11 ans. La représentation terminée, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller le voir et lui parler. Il était beau. Imposant. Une belle carrure, un regard à tomber et de jolis cheveux poivre et sel…tout ce que j’aimais et quelques rides.

Quand il m’a dit qu’il donnait des cours de théâtre aux adultes, j’ai tout de suite montré mon intérêt pour la chose, moi qui n’ai jamais fait de théâtre de ma vie.  Je voulais le revoir. C’est tout ce qui m’importait.

Au fil des semaines, je suis devenue l’élève la plus assidue du groupe…tellement assidue que je restais toujours après les cours pour poser des questions. Ali n’était pas non plus insensible à mon charme. Mais je sentais qu’il se retenait. Si bien que ce fut moi qui l’ai invité à boire un café la première fois. Du café, au dîner, au verre de fin de soirée, le baiser est inévitablement arrivé. J’étais déjà amoureuse.

Amoureuse et passionnée. Je buvais ses paroles. Il me parlait de ses années vécues en France, de sa passion pour le théâtre, des livres qu’il lisait et des artistes qu’il a rencontré en Tunisie et ailleurs. Il avait de l’expérience, et pas qu’en littérature…Sexuellement, c’est aussi avec lui que j’ai eu mon premier vrai orgasme vaginal. Je ne sais pas si c’est grâce au nombre de femmes qu’il a fréquenté, ou bien à mon amour passionnel envers lui, mais je n’ai jamais été aussi comblée et satisfaite sexuellement qu’avec Ali.

Au bout de quelques mois, nous avons discuté de notre différence d’âge et de la manière avec elle nous allions vivre notre histoire. J’étais contente que Ali voie les choses comme moi : l’avis des autres nous importait peu.

On se comportait comme un couple « normal ». On sortait ensemble et on allait chez nos amis respectifs sans faire de « préambule ». Notre entourage découvrait sur le tas notre relation amoureuse. Pendant deux ans, nous avons eu toutes sortes de réactions. Certains se sont sentis obligés de nous faire la morale, d’autres au contraire ont vite accepté notre amour. De mon côté, beaucoup en ont voulu à Ali, le traitant de pédophile et refusant de le voir. Du sien, c’est son fils – qui était mon aîné de 10 ans- qui s’est opposé à notre relation. A chaque fois, nous affrontions « ces refus » ensemble et faisions tout pour expliquer notre situation et pour nous faire accepter. Ma mère et ma sœur ont fini par accepter Ali le jour où il s’est décidé à me demander ma main. Nous avions 25 et 61 ans et 7 ans d’amour à notre actif. Je pense qu’ils ont fini par comprendre qu’il n’était pas plus pédophile que je n’étais cette « gamine amoureuse » de l’image de son père absent. Quant au fils d’Ali, nous avons fini par abandonner le fait qu’il soit un jour d’accord sur notre union.

D’ailleurs, il n’était pas le seul absent à notre mariage il y a deux ans. Mais cela ne nous a pas découragés pour autant. Cet été, nous fêtons 10 ans d’amour et nous le faisons avec notre bout de chou Ali Junior.

10 ans d’amour, mais surtout 10 ans d’un combat sans relâche. Les gens ne se rendent pas compte de tout le mal qu’ils te font en se positionnant en juge d’un quotidien qu’ils ne vivent pas. Certains me parlent du jour où Ali partira vers un autre monde. Moi je leur réponds simplement : Qui sait qui partira en premier ?