Témoignage – Mon avortement douloureux m’a traumatisée

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1, 2, 3,… 7 jours de retard, je n’ai jamais eu ça avant. Il a suffit qu’on ne fasse pas attention une fois pour que ça arrive… Jeunes et inconscients ou peut-être jeunes et cons, je ne sais pas quels adjectifs je peux nous attribuer à mon copain et à moi.

C’était très douloureux émotionnellement. J’ai dû attendre deux semaines avant de me faire enlever quelque chose qui faisait déjà partie de mon corps ; un tout petit bout de vie, qui commençait à grandir en moi. J’avais l’impression de le sentir déjà ; quand je dormais je mettais ma main sur mon ventre, j’ai arrêté de boire de l’alcool, de manger des trucs qui ne seraient pas bons pour lui/elle,… bref je me suis comportée comme une future maman qui allait avoir un enfant, sauf que ce n’était pas du tout le cas. J’ai dû prendre la décision la plus difficile de ma vie. Et je ne vous ai pas dit le pire ; on m’a appris que ma sœur était enceinte au même moment… Comment se réjouir d’une telle nouvelle quand on sait que juste parce qu’elle était mariée elle pouvait donner vie, et moi, n’étant pas mariée, tout ce que je pouvais donner c’était… »la honte à ma famille » si je gardais mon enfant.

L’approche du jour J m’avait angoissée plus que tout. C’était comme si j’avais condamné à mort une partie de moi. Mais heureusement que cette idée s’était vite évaporée car ici, en Europe, ils prennent le temps de te parler, de t’accompagner avec une aide psychologique, et d’ailleurs la psy était avec moi, elle me tenait la main et essayait de me calmer… Je n’étais pas anesthésiée, donc je ne vous décris même pas la douleur physique que j’avais ressentie. C’était tous mes organes qui étaient aspirés et pas seulement l’embryon, ce qui est venu rajouter un traumatisme en plus.

C’était vraiment violent, je me suis crue au 20e siècle subissant une correction digne de ce nom pour avoir pris la décision d’avorter.

La douleur était si atroce que je me suis évanouie sur la table d’opération. Mon copain étant encore plus sensible que moi, était choqué à tel point qu’il a perdu tous ses moyens. C’était vraiment violent, je me suis crue au 20e siècle subissant une correction digne de ce nom pour avoir pris la décision d’avorter. Mais bon, il faut dire que ça a marché, car depuis ce jour, je fais très attention. Néanmoins, même si la douleur physique est partie quelques heures après l’intervention, la douleur psychologique elle, est encore ancrée en moi et je pense qu’elle ne me quittera jamais. Parfois je me dis qu’elle partira peut-être quand j’aurai mon premier enfant, sauf qu’au fond je ne pense pas car mon premier enfant j’aurais pu l’avoir mais j’en ai décidé autrement.

Après avoir avorté, j’étais en rage, j’en voulais à tout l’univers, à ce système, à nos traditions, à mon copain, à la vie… Parce que si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais pu garder mon bébé. Mais on m’a obligée à me séparer de lui, on m’a obligée à prendre cette décision, car avoir un bébé en dehors des liens sacrés du mariage serait comparable à un homicide volontaire alors que moi, tout ce que je voulais c’était de donner la vie justement, d’aimer et de chérir ce petit être, même s’il aurait été le fruit d’une maladresse et d’une inconscience.

Je regrette jusqu’à ce jour d’avoir pris cette décision et mon petit neveu me rappelle chaque jour que mon enfant aurait eu le même âge que lui…