Témoignage: Avoir un bébé après plusieurs fausses couches

0
2045

Nora a 37 ans. Elle témoigne pour Femmes de Tunisie et nous raconte son long combat pour donner la vie. Au total 7 fausses couches et 2 bébés. "L'important c'est la patience" nous dit-elle…

"J’ai vécu le cauchemar des grossesses arrêtées 7 fois. J’avais 28 ans quand je me suis mariée, j’étais encore assez jeune. C’est sur le tas et au fil des grossesses arrêtées que j’ai commencé à soupçonner que j’avais un col de l’utérus bicorne court (malformation congénitale qui provoque des fausses couches tardives, des accouchements prématurés et des présentations par le siège) et que je souffrais d’un problème de coagulation du sang. Ma cinquième fausse couche s’est produite à 6 mois de grossesse. C’était un cauchemar à répétition que je vivais depuis cinq ans.

"C’était un cauchemar à répétition que je vivais depuis cinq ans!"


A ma sixième grossesse (à 32 ans) et au bout de 6 semaines, les complications ont commencé. J’ai subi un saignement qui m’a obligé à aller à l’hôpital en urgence. Pour cette grossesse, d’ailleurs, j’ai changé d’hôpital. Là où j’étais pour les cinq autres, on ne voulait même pas vérifier si mes fausses couches étaient liées à un quelconque problème de malformation. Je me suis donc dirigée vers l'hôpital Charles Nicolle. J’y ai passé un mois et demi. Bien que j’aie été bien traitée, j’ai demandé avant de partir à ce qu’on me fasse un cerclage (opération qui consiste à placer une sorte de fil dans la paroi du col de l’utérus, de manière à former une boucle fermée. Cela empêche son ouverture durant la grossesse et évite donc les fausses couches et les accouchements prématurés).

 

Fausse couche

 

J’étais consciente de mon problème et je ne comptais plus laisser passer ma chance d’avoir un bébé. J’ai alors carrément refusé de quitter les lieux. Les médecins n’avaient pas de dossier qui confirmait mon problème au niveau du col. Ils ont tout de même accepté de faire l’intervention et de voir ce que ça allait donner. Pour le reste, je savais ce que ça allait me coûter: repos strict pour toute la suite de la grossesse avec suivi sous Aspégic 100 (pour mes problèmes de coagulation).

C’étaient les mois les plus stressants de ma vie. J’avais peur de perdre mon bébé à tout moment, même au 7e, 8e ou 9e mois. Chaque goutte de sang qui émanait de mon corps me replongeait dans le cauchemar de la fausse couche. J’ai fini par accoucher normalement (et heureusement). J’étais encore tellement traumatisée que lorsque l’infirmière m’a apporté ma fille, qui ne pleurait pas, contrairement aux autres bébés, je l’ai pincée pour voir si elle était vivante. Elle dormait, tout simplement.

 "Chaque goutte de sang qui émanait de mon corps me replongeait dans le cauchemar de la fausse couche."


Un an plus tard, j’ai voulu donner un frère ou une sœur à ma petite fille. J’ai alors dû subir deux autres grossesses interrompues. Je peux vous dire que ce genre d’expérience à répétition vous anéantit le moral. En consultation externe à l’hôpital, on ne détectait pas facilement mes problèmes. On ne me faisait pas automatiquement toutes les analyses qu’il fallait. Je pense que pour des grossesses précieuses, la patiente doit être impérativement suivie par un spécialiste, un professeur ou un chef de service.


Au bout de cette deuxième fausse couche, la 7ème, je n’en pouvais plus. J’étais au bout du rouleau et je voulais une solution contraceptive puisque je tombais enceinte spontanément. Le gynécologue m’a alors demandé de tenter une dernière grossesse. C’est arrivé assez rapidement. J’ai demandé à être admise à l’hôpital, à subir un cerclage, et j’ai passé les 9 mois de ma grossesse à Charles Nicolle. Je ne me levais que pour aller aux toilettes et je ne rentrais chez moi que les week-ends. J’étais persuadée que ma présence à l’hôpital en permanence allait me permettre de gérer tous les problèmes à temps.

Bien sûr, j’ai eu à affronter les complications dues à l’âge, comme le diabète gestationnel et la fragilisation psychologique. D’ailleurs, j’allais souvent parler au psy du service. J’avoue qu’on s’est bien occupé de moi ici pendant toute la période de ma grossesse.

 


J’ai accouché il y a 5 jours, par césarienne, mais je m’y attendais.Là, ils gardent mon bébé pour traiter un ictère. J’espère le serrer dans mes bras et rentrer chez moi cet après-midi ou demain… Enfin, c’est ce qu’ils ont dit. Mais je n’ai plus la patience d’attendre demain.

 

 

]]>