L’auteure franco-marocaine ne cesse de faire parler d’elle. Après son livre « Dans le jardin de l’ogre » où la jeune femme raconte l’histoire d’Adèle, épouse et mère de famille, qui tombe dans l’addiction sexuelle-voire nymphomanie-, Leila Slimani sort « Sexe et mensonges » sorte de livre témoignage pour lever le voile sur la réalité sexuelle au Maroc.

Paru en octobre 2017, le livre a beaucoup été critiqué, notamment dans son pays d’origine le Maroc. La détentrice du prix Goncourt 2016 avec « Chanson douce » a senti l’urgence, quelque part, de parler de la situation de la femme et son rapport avec son corps et sa sexualité. « Mon but ici n’est pas d’écrire une étude sociologique ni de faire un essai sur la sexualité au Maroc. D’éminents sociologues, d’excellents journalistes font ce travail ô combien difficile. Ce que je voulais, c’était livrer cette parole brute. Cette parole vibrante et intense, ces histoires qui m’ont bouleversée, émue, qui m’ont mise en colère et parfois révoltée. » Explique l’écrivaine. Car son livre est une série de témoignages recueillis lors de sa tournée au Maroc pour la signature de son livre « Dans le jardin de l’ogre ». C’est là qu’elle a rencontré Soraya, qui a toujours du mal à se laisser aller au plaisir sexuel même après son divorce et à qui sa mère disait toujours : « N’oublie pas de rester vierge ! ». Ou encore Nour, qu’elle voit à Agadir, une trentenaire qui a subi les attouchements de son cousin à l’âge de 5 ans. Tour à tour, Leila donne la parole à Zhor, Jamila, Mustapha le fic, F. la prostituée, Malika et d’autres pour évoquer des sujets comme la masturbation, la prostitution, l’homosexualité, l’amour, les lois, l’avortement, la sodomie, la virginité etc.

Leila Slimani lâche de manière brute des chiffres choc. « Selon l’association Insaf, il y aurait en moyenne 24 bébés abandonnés par jour, soit 8000 à 9000 bébés par an sans identité, ni généalogie, sans parler des cadavres trouvés dans les poubelles. »  Elle dénonce un code rétrograde qui punit toute personne ayant provoqué, ou tenté de provoquer un avortement de un à cinq ans de prison avec amende. La femme qui essaie de se livrer elle-même à son propre avortement risque de six mois à 2 ans de prison. Malgré tout, ces peines ne servent pas réduire le nombre d’avortements puisque les chiffres recensés sont de 600 avortements clandestins pratiqués chaque jour au Maroc. Des informations qui nous poussent-sans le vouloir- à comparer le Maroc à la Tunisie où l’avortement est légal (jusqu’à 12 semaines). D’ailleurs, 3 pays arabo-musulmans uniquement autorisent l’avortement : Le Bahreïn, la Turquie et la Tunisie. Pour les autres, il n’y a que les cas de viol, d’inceste ou de malformations qui donnent lieu à l’IVG.

Mais Leila ne s’arrête pas là. Dans son livre, elle fait le tour, s’explique et explique son point de vue. Elle s’appuie sur des faits divers et des événements marquants au Maroc pour raconter la frustration de toute une jeunesse et dénoncer l’absurdité de tout un système. Dans « Sexe et mensonges », on trouvera du « Much Loved » et toute la polémique qu’il y a eu autour du film sur la prostitution au Maroc, notamment à travers le témoignage du réalisateur Nebil Ayouch. On trouvera également des affaires similaires à certains vécus en Tunisie, comme l’affaire du « bisou ». Sauf qu’au Maroc, cela va plus loin, puisque les jeunes condamnés, l’ont été pour une photo de baiser publiée sur Facebook.  Leila Slimani revient même sur l’un des plus grands drames vécus par la société civile au Maroc. Celui de la jeune fille de 16 ans qui se suicide après avoir été obligée d’épouser son violeur.

De nombreux faits nous rappellent la situation dans notre pays, à quelques degrés près, où la situation est moins dramatique, et les chiffres moins choquants. Un peu grâce à un Code du Statut Personnel qui garantit de nombreuses libertés à la femme tunisienne, mais aussi grâce à une société civile très active qui a tenu bon, au lendemain de la révolution, à mener le combat de changer les choses vers une meilleure législation. Reste encore à changer les mentalités…un combat encore plus dur et plus long à mener et un défi à relever pour les générations futures.

« Sexe et mensonges » est un ouvrage osé et courageux. Il y a en effet urgence pour que les sociétés arabo-musulmanes ne se voilent plus la face et que les choses enfin changent!

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?