S'aimer en Tunisie, oui, mais où ?

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La sexualité est un phénomène que nous connaissons bien et qui ravive en nous de nombreuses déchirures, des fantasmes enfouis et des souvenirs coquins. Comme le disait si bien Georges Brassens « il n’y a pas d’amour qui ne soit douleur. Il n’y a pas d’amour dont on soit meurtri. Mais c’est notre amour à tous les deux ». S’aimer passe par l’acte physique, l’acte d’amour qui se construit aussi avec le sexe. Femmes de Tunisie a envie de vous faire partager des témoignages recueillis par notre équipe de journalistes auprès de tunisiennes et tunisiens. On est sûr que ces voix ouvriront les portes du paradis de l’émancipation sexuelle et mettra un terme aux tabous. Pudeur, plaisir, tabous et lieux secrets, ils/elles vous disent tout !    Où se retrouver pour faire l’amour en Tunisie quand on vit encore chez ses parents et que l’on n’est pas marié ? Iris sort avec Amine depuis deux ans Ils sont amoureux et assument leur histoire au grand jour devant leurs amis. Malgré cela, leurs parents respectifs n’ont pas connaissance de leur aventure. Et c’est pour éviter la confrontation et le jugement qu’ils ne parlent ni de sexe, ni d’amour en famille. Tout est suggéré et plus ou moins caché. Mais alors, comment se retrouver pour avoir des relations sexuelles quand les parents ne donnent pas leur accord ? Dans les hôtels, c’est mission impossible puisque chaque hôtel a obligation de demander un contrat de mariage à tous les clients venus en couple. Pour Iris, c’est assez facile. « On fait l’amour partout, dès que l’on en a l’occasion. Quand mes parents sont absents, on va chez moi. Sinon, on le fait au bureau, sur nos lieux de travail respectifs. Quand il y a des soirées chez des amis, on dort toujours ensemble. Les gens sont tranquilles avec cela et notre vie sexuelle n’empêche pas le respect ».  Pour Amani, le sexe  est le ciment du couple Il doit être aventurier, sauvage et désobéissant. Il doit être parfois violent, parfois doux. Pour cela, son couple pratique le sexe de manière inconditionnelle en extérieur et dans les lieux publics. « Mon copain et moi, on expérimente beaucoup de choses. Pas question de rester toujours chez lui ou chez moi, dans un lit. Lui comme moi, nous sommes croyants. On respecte la tradition et la religion donc il n’est pas question de choquer les gens ! Mais, on aime trop le sexe pour se restreindre. On fait l’amour tout le temps, à la sortie des cours quand j’ai une heure de pause, on va dans les toilettes de la fac’. Quand je vais promener mon chien, il m’accompagne souvent et on trouve toujours des petits coins cachés où personne ne peut nous voir. C’est de l’entraînement de trouver des endroits pratiques et un minimum propres ! Mon endroit préféré, c’est la montagne de Boukornine. Il y a des accès piétonniers facilement praticables et c’est toujours désert. Je n’aime pas trop le concept de se cacher dans sa voiture au fond d’une ruelle sombre… Même si l’acte peut être excitant, il ne faut pas tomber dans le glauque. »    Vous l’aurez compris, il y a les partisans du sexe facile et les partisans du sexe… acrobatique. Malgré les non-dits imposés par la famille ou la religion, tous les témoignages recueillis semblent démontrer que le sexe n’est pas une question de génération et qu’il est vécu en Tunisie de manière aussi libérée qu’ailleurs. Il y a juste plus de règles à suivre si l’on veut pouvoir rester tranquille.   Bechir pense que « les couples tunisiens ne sont pas bien différents des occidentaux. Il ne faut pas se leurrer, ici, les couples font l’amour avant le mariage. Ça vient avec l’âge, avec les sentiments, l’amour. C’est la nature, donc pourquoi continuer à avoir des tabous ? » Bizarrement, il arrive que vivre son couple dans la société tunisienne ne soit pas aussi évident. Certains esprits sensibles répriment les marques d’affection des couples dans la rue. À la vue d’une couple amoureux, d’autres râlent et fustigent des insultes à tord et à travers, mélangeant parfois bon sens et paranoïa. Non, les couples qui s’aiment ne sont pas là pour casser les pieds et non, leur but ultime n’est pas de vous gâcher vos journées à la plage.   La plage, parlons-en ! Nous avons recueilli le témoignage d’une française installée en Tunisie depuis trois mois. Il faut l’avouer, elle ne mâche pas ses mots quand elle parle de son expérience. « J’étais partie à Raf Raf avec des amis pour une journée plage. Tout se passait bien, il y avait une bonne ambiance et tout le monde était content de se retrouver dans un bel endroit pour se reposer après une grosse semaine de boulot. On était quasiment que des couples. Chacun avait emmené sa moitié. C’est quand j’ai commencé à embrasser mon copain sur la plage que les choses se sont gâtées. Une femme qui habitait la maison à côté de la plage nous a agressé verbalement en nous demandant d’arrêter cela tout de suite. Elle a ensuite dit qu’on n’était pas en Italie ici et qu’il y avait des enfants autour de nous. Sur le moment, j’ai cru qu’elle rigolait. Après coup, j’ai vu que tous mes amis tunisiens étaient en train de s’excuser, pour la calmer. Personnellement, j’ai grandi dans un pays très libre par rapport au sexe et aujourd’hui, en vivant en Tunisie, je me confronte à une réalité nouvelle. Ça me semble impossible de faire changer les mentalités dans les petites régions éloignées des grandes villes. Mais, je  suis sûr que je finirai bien par m’adapter ! ». Si assumer son couple en public semble compliqué en Tunisie quand il n’est pas validé par l’acte de mariage, il existe des solutions pour passer outre. Il suffit de bien choisir les moments pour se retrouver à deux dans des lieux à l’écart de l’effervescence de la ville.   Sylvia, touriste italienne a expérimenté l’amour sur les plages d’Hammamet, et ça donne envie de s’éloigner de la capitale avec son amoureux, même le temps d’une soirée. « Un soir, j’ai emmené mon compagnon sur une plage à Hammamet, il n’y avait personne. Juste quelques couples comme nous, qui se baladaient. Nous avons trouvé un coin de forêt en retrait de la mer pour… vous voyez ce que je veux dire (rires) ?! En plus de passer un moment très agréable avec lui, l’angoisse d’être surpris m’a d’autant plus excité ! ».  

                                                                                                       Par Adélaïde Comby

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