Sadem Hadj Mansour, le mannequin tunisien à l’international qui a défilé pour Dolce & Gabbana

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©FDT

Sadem Hadj Mansour est un mannequin tunisien de 28 ans. Comme de nombreuses personnes du métier, il mène une carrière à l’international —Paris, Milan ou Istanbul— ce qui lui a permis de réaliser son plus grand rêve : défiler pour Dolce & Gabbana. Pour y arriver, Sadem a dû énormément travailler, persévérer et mettre de côté son master en ingénierie de franchise et commerce en réseau. Comment a-t-il repéré ? Quels ont été les obstacles qu’il a dû franchir ? Quels conseils peut-il donner aux futurs mannequins ? Rencontre avec Sadem Hadj Mansour, le mannequin choisi à deux reprises par Dolce & Gabbana.

Qu’as-tu fait comme études ?

J’ai 28 ans et suis né à Tunis. J’ai eu un parcours universitaire à l’Institut supérieur de gestion de Tunis (ISG) et un master en marketing et commerce international. Ensuite, je suis parti en France, plus précisément en Alsace et j’ai continué mes études entre Colmar et Bâle. Là, j’ai fait 2 ans de master en ingénierie de franchise et commerce en réseau ainsi que de l’anglais à Bâle dans le cadre d’un partenariat avec l’université.

Parle-nous de tes débuts dans le mannequinat…

Le mannequinat, c’est ma deuxième passion après le football. En Tunisie, j’avais fait quelques catalogues, comme pour Carrefour, tout en restant très stratège. J’y avais donc mon argent de poche, mes études et le football. En Alsace, je ne connaissais strictement personne. Mais pour moi, la clé du succès d’un voyage à l’étranger, c’est l’intégration.

J’ai continué à jouer au football avec l’université et j’ai commencé à vouloir connaître des mannequins. À Strasbourg, il y avait un siège de Puma. Je me suis présenté à leur casting et j’ai été pris. C’était mon premier show pour Puma France à l’occasion de la sortie de la nouvelle collection de l’Olympique de Marseille. Petit à petit, j’ai continué à envoyer des photos aux agences et l’une d’entre elles m’avait accepté à Paris. Le problème est que j’avais mes études. Pendant mon peu de temps libre, je travaillais comme serveur. Ce n’était pas facile car je rentrais vers 1h et que je devais me lever tôt pour assister aux cours, à 8h. Ça m’a au moins permis de devenir persévérant : travaillons maintenant pour voir les résultats plus tard. J’ai fait quelques photos par-ci par-là mais pas avec des photographes professionnels. J’ai ensuite envoyé des clichés à l’agence major à Milan qui a adoré et m’a demandé quand est-ce que je pouvais venir. C’était incompatible avec mes études mais nous sommes quand même restés en contact.

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Pour mon stage, j’ai choisi Paris pour y être développeur de franchise au sein de Vapostore. Pendant ce temps-là, mon patron était très compréhensif quand je lui disais que j’étais pris pour un casting et que je devais y aller. Pour gagner sa confiance, il fallait lui montrer dès le départ que j’étais bosseur. J’ai d’ailleurs raté beaucoup de jobs car j’étais en période de stage. J’ai donc patienté et j’ai été pris pour un casting Armani Beauty, avec Barbara Palvin, l’égérie de la marque. C’était un honneur. J’ai ensuite fait ma soutenance qui a été validée. Au mois de janvier, j’ai envoyé à l’agence METRO qui m’a répondu 4 mois plus tard et m’a demandé s’il était possible de les voir sur place. Chose que j’ai faite en allant faire un casting. On m’a alors rappelé pour me proposer une collaboration et c’est là que j’ai signé. METRO voulait me représenter en tant qu’agence mère. On a donc travaillé sur mon profil en faisant beaucoup de test shoots avec des photographes connus à Paris.

À propos de ta première expérience en France…

Marseille avait signé un contrat de partenariat avec Puma. Il fallait réaliser quelque chose de chorégraphique, ce qui était une première pour moi. Même si je ne suis pas danseur, je m’y suis investi. Il fallait danser, improviser un peu. Avec toute modestie, j’ai assuré puisque la personne qui m’avait appelé pour ça m’a rappelé par la suite.

Et ton expérience à Milan ?

Je suis ensuite parti à Milan. C’était merveilleux. On a habité dans un « model apartment » avec des personnes de nationalités différentes. J’ai continué à faire du sport et je me suis fait des amis.  D’un point de vue culturel, on devient plus ouvert, même si je n’ai pas trouvé de difficulté dans mon intégration.

À ton avis, qu’apporte de plus ton physique ?

Le fait d’être caméléon. Avec la barbe, je fais classique ou mature. Sans, ça peut me faire passer pour un adolescent.

Le shooting mode que tu as préféré

J’en ai fait pas mal, comme par exemple avec Maison Standards Paris, Showroomprive.com, BrandAlley ou where Paris magazine. Mais, à ce jour, je n’en ai pas de préféré. En France, avec mon profil « classique », j’ai pu faire beaucoup d’e-commerce. D’ailleurs, à À Paris, les test shootings avec les photographes professionnels étaient intéressants parce qu’on a essayé de varier.

À propos de ton défilé pour Dolce & Gabbana

C’est le sentiment le plus intense de toute ma vie. C’était un rêve. Je regardais les défilés qui passaient sur les chaînes télé de mode et j’ai commencé petit à petit à m’y intéresser et à chercher les défilés de Dolce & Gabbana sur YouTube. Je m’étais dit : « Why not un jour ? ». Pour réaliser ce rêve, il y a un objectif à atteindre et des obstacles à franchir. Tu es un Tunisien qui habite à Tunis, tu dois donc faire ton pont en France et de là aller où tu veux. Je n’ai pas l’habitude de stresser mais pour ce défilé-là, si, car c’était quelque chose que je désirais vraiment. J’ai donc donné 5 ou 7 fois plus. Ça a fini par payer car j’ai été rappelé pour un second défilé.

À propos de ta première rencontre avec Dolce & Gabbana

Mon agence de Milan m’a envoyé au casting et je suis donc allé au siège de Dolce & Gabbana. Il y a un essayage sur chaque mannequin. À un moment donné, nous n’étions plus que 3. Une femme est venue nous voir et annoncé aux 2 autres qu’ils n’étaient pas retenus. Moi, si. Elle m’a ensuite dit : « Ne stresse pas. On croit en toi. Marche comme un homme fort et tu auras le job. » Stefano était assis et Domenico faisait le travail, le tout dans une collaboration complémentaire. Domenico a commencé à m’habiller et ajoutait progressivement des accessoires, ce qui était de bon augure. C’était rassurant. Il m’a ensuite demandé de défiler devant Gabbana, d’une manière « plus rapide et plus puissante ». Après cela, j’étais pris.

Et la seconde fois…

C’était en Sicile, quelques jours plus tard. Heureusement que j’étais encore à Milan. Je suis allé faire un fitting, donc un essayage du costume. On m’a rappelé une semaine plus tard pour me dire que ledit costume avait disparu de la nouvelle collection et qu’il fallait que je retourne au siège, à Milan, pour un nouveau fitting. Normalement, quand la pièce est « effacée », le modèle l’est en même temps, mais ce n’était pas mon cas. Le directeur de casting savait donc que j’allais plaire à Domenico. C’était bien mais l’expérience du premier défilé est unique.

Comment te prépares-tu avant un défilé ?

Il faut bien dormir, hydrater sa peau, essayer d’avoir un teint lumineux, notamment à l’aide de masques, et écouter de la musique. Cette dernière m’a énormément aidé à avancer dans ma vie. Il faut aussi faire du sport. La veille d’un événement, je fais donc du sport et j’essaie de dormir tôt. On doit rester professionnel.

Le cliché que tu ne supportes pas sur les mannequins ?

« Soit beau et tais-toi ». Il faut connaître les gens et savoir que derrière tout cela il y a du travail, du stress et une hygiène de vie à adopter. On a facilement 6 ou 7 castings par jour et avoir un beau visage ne suffit pas. Poser, ce n’est pas non plus facile.

Un cliché finalement vrai…

Je dirais qu’ils aiment sortir.

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Penses-tu être narcissique ?

Honnêtement, un tout petit peu. Un peu de narcissisme et beaucoup de modestie, c’est un bon équilibre.

Est-ce nécessaire dans ce métier ?

Même si je ne l’encourage pas, peut-être qu’il le faut avec des personnes qui le méritent. Il faut travailler, rester modeste, être motivé.

L’arrogance l’est-elle également ?

Parfois, avec certains clients, il faut l’être. Il faut pas en abuser et l’utiliser comme arme contre ceux ne t’ont rien fait.

Ton couturier préféré ?

Dolce & Gabbana et Armani. Deux marques que j’adore et que je suis sur Instagram. Je me visualise très bien dans leurs créations, par rapport à ma morphologie et à mon inspiration. Dolce & Gabbana et Armani m’inspirent le monsieur classique.

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Paris 🗼❤️

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Ton style vestimentaire ?

Pour un casting, il est recommandé d’y aller neutre : noir ou blanc. Pour moi, c’est col roulé noir, pantalon noir, ceinture et des bottines en plus d’un grand manteau. C’est mon identité, même s’il m’arrive de porter du denim.

Ce look tout en noir nous rappelle les créations de Mohamed Ali Gasmi…

Mohamed Ali, c’est vraiment quelqu’un de bien, même si je ne l’ai jamais rencontré. Il veut promouvoir le marché tunisien ou maghrébin. Je le remercie car il évoque souvent mon nom et ceux d’artistes tunisiens à l’étranger. Son black dress, c’est quelque chose de très bien.

Quelque chose a changé pour toi en Tunisie ?

J’ai travaillé un peu en Tunisie mais je ne suis pas satisfait du retour. D’ailleurs, avant, on ne faisait même pas attention à moi. Maintenant, ça a changé car ils ont vu ce que je faisais à l’étranger.

Ce que tu fais en premier quand tu rentres à Tunis…

Manger ce que j’adore : kaftéji, makloub, baguette farcie, etc. !

Ce qui te manque le plus ?

La famille et les amis.

Quelles villes as-tu pu visiter dans le monde ?

Milan, Luxembourg, Bruxelles, Amsterdam, Allemagne, Suisse, Zurich, Bâle, Genève, Rome, Sicile.

Ta ville préférée ? 

Paris est unique. La ville est magnifique mais stressante. En fait, j’aimerais vivre à Paris mais travailler à Milan.

On peut parler de stabilité personnelle quand on est mannequin ?

Pas vraiment.

Que t’apporte ton métier ?

Une ouverture d’esprit, de la persévérance, beaucoup de motivation.

A-t-il des inconvénients ?

L’instabilité sentimentale.

Tu as déjà assisté à la FW de Tunis ?

Jamais.

Qu’est-ce que tu pourrais suggérer à leurs organisateurs ?

Chaque marque devrait faire des défilés dans un endroit, choisir ses mannequins. Sinon, tu optes pour une agence qui pourra faire la direction de casting. Il y a aussi la com’ à travailler, les affiches. En Tunisie, on n’a pas vraiment grand chose si ce n’est de l’huile d’olive, des dattes et une bonne tchatche. Sa promotion, c’est par la mode qu’elle doit se faire. On doit faire venir des personnes de l’étranger qui feront qui elles elles-mêmes venir d’autres personnes pour qu’elles découvrent le pays.

Tes artistes préférés

Mon top 3 : Sia, Coldplay, Imagine Dragons

À propos de tes passions…

Le football et tout ce qui est lié au sport.

Quels types d’activités fais-tu en salle de sport ?

Du full body.

Qu’aurais-tu aimé faire si tu n’étais pas mannequin ?

Développeur de franchise, animateur de réseaux et tout ce qui est en relation avec le commerce international.

Des conseils à donner ?

Le plus important ce sont les études. Au moins, tu as une garantie. Pour ceux qui débutent, ils doivent faire attention à ce qu’on leur dit. Pour arriver à l’international, ce n’est pas facile, mais il n’est pas nécessaire de participer à la Fashion Week de Tunis pour travailler à l’étranger. Ceux qui veulent devenir mannequins devraient déjà commencé par faire du sport et se préparer pour plus tard. Ma stratégie personnelle : ne pas travailler avec quelqu’un qui va me dévaloriser. Il faut aussi apprendre les langues comme l’anglais, c’est très important, et se fixer des objectifs.

Dans 10 ans, comment te vois-tu?

J’aurai inchallah 38 ans. Je me vois en train de faire de l’acting car je suis passionné par ce monde.

Des projets ?

J’ai fait du management, du marketing, du commerce international. D’ici à quelques années, j’aimerais donc réaliser un projet : la promotion de mannequins maghrébins et africains.

Et dans un futur proche ?

J’ai signé avec une agence à Istanbul. C’est une vraie industrie. Après, ce sera Milan ou un autre endroit.


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