Rencontre avec Zayn Alexander, le réalisateur libanais de Manara

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Venu présenter aux JCC 2019 son court métrage Manara (en compétition Officielle courts métrages de fiction), Zayn Alexander a été vite rassuré par l’accueil du public. L’artiste libanais de 30 ans nous a accordé une interview pour nous parler de sa dernière oeuvre -dans laquelle il joue aussi-, de l’importance du sujet de la santé mentale ou encore de son rapport au cinéma libanais.

Pouvez-vous nous présenter Manara ?

Manara est un court métrage libanais qui parle d’une famille au sud du Liban : une femme et ses deux enfants après la mort mystérieuse du père. Les faits se déroulent 1h avant que les personnes endeuillées ne rendent hommage au défunt. On voit la mère forcer ses enfants à mentir sur les causes du décès. Le film s’attaque à plusieurs sujets, comme l’obsession de l’apparence dans une culture conservatrice, le dysfonctionnement de la dynamique au sein de la famille. J’espère que cela pourra résonner auprès de nombreuses personnes à travers le monde.

Manara évoque également la santé mentale, un sujet qui me semble important et dont tout le monde parle en ce moment. Il a été projeté mardi à l’opéra [de la Cité de la Culture de Tunis] puis mercredi et samedi.

Comment étaient les critiques ?

Les retours ont été très positifs. Les gens sont venus me voir en me faisant savoir qu’ils y trouvaient une résonance. Certains m’ont dit : « J’ai reconnu ma famille dans celle du film ou moi-même dans le personnage que tu as joué ». C’est un public très intimidant car il aime vraiment le cinéma. Les spectateurs sont venus en grand nombre. C’était même l’un des rares festivals où ils étaient aussi nombreux. J’étais donc rassuré car je suis très stressé à l’idée que personne ne vienne voir mon film, d’autant qu’il s’agit d’un court métrage. Heureusement, il y avait plus d’un millier de spectateurs. Une belle expérience.

Vous avez fait des études en psychologie. Utilisez-vous dans vos films vos connaissances dans ce domaine ? 

J’ai un diplôme en psychologie et je n’ai pas eu le privilège de faire des études en cinéma car je n’ai pas eu le soutien nécessaire. Il n’y aucun artiste de cinéma dans ma famille. L’idée de faire des études en cinéma, d’être comédien ou cinéaste n’était pas d’actualité. Mon père était contre et ce n’était même pas une option. Je pense avoir fait psycho car j’ai cet intérêt pour l’art. La psychologie est la science du comportement humain, ce qui entre dans la conception d’un film et de ses personnages mais aussi dans la narration. Je pense que le choix de faire psychologie a été subliminal à cause de mon intérêt pour le cinéma.

©Zayn Alexander

Dans mes films, je parle beaucoup des familles. J’aime m’immiscer de manière profonde dans l’intimité des foyers et des différents membres de la famille ; les exposer, eux, leurs défauts, leurs secrets. Dans ce film, j’ai voulu faire quelque chose d’entraînant. Ce n’est donc pas uniquement un drame familial car j’ai tenu à créer une atmosphère mélancolique, sombre et mystérieuse. Pour moi, c’était une manière d’essayer des choses en me basant sur ma passion pour ses films et pour celle des films dramatiques.

Vous vivez à New York. Quelle place tiennent les films arabes aux outre-Atlantique ?

Il y a une soif de cinéma étranger, particulièrement de celui du Moyen-Orient. Je vis à New York et j’assiste à de nombreuses projections de cette partie du monde. Je suis donc très optimiste quant à l’ouverture de ce marché au reste du monde, surtout grâce à l’avancée des plateformes de streaming qui permettent de faire découvrir ce type de cinéma.

Quelles sont les difficultés rencontrées quand on fait un court métrage ?

Un vrai challenge car je sens une pression constante pour présenter au spectateur quelque chose de captivant dès les premières secondes. À partir du générique du début, je sens le besoin de l’embarquer avec moi pour qu’il ait une vraie raison de rester assis pendant 10 ou 15 mn. Mais j’aime vraiment les courts métrages : c’est un challenge que ce soit pour les faire ou pour raconter une histoire en un temps très limité. Ce n’est pas facile.

Quel regard portez-vous sur le cinéma libanais ?

J’aime le cinéma libanais. Nous avons beaucoup à dire. Il y a beaucoup d’histoires à raconter et de personnes inspirantes et talentueuses. Même si je suis à New York depuis 10 ans, j’ai vécu 21 ans au Liban et j’ai grandi avec des souvenirs et expériences. Ces dernières ont formé ma personnalité et ma perception du monde. J’aime que mes films servent de vitrine aux spécificités de la culture libanaise. Il y a énormément d’histoires à raconter avec des choses qui sont là, qui sont prêtes à être racontées et qui sont liées à mon passé, à ma culture, à mon présent. C’est mon identité.