Il est l’auteur de nombreuses images qui nous ont marquées ces dix dernières années. De Dhafer El Abidine dans la pub HA, aux images du backstage du film « Bastardo » ou celles du feuilleton « Tej El Hadhra », en passant les nombreux portraits de célébrités comme Hend Sabri, Nidhal Saadi, Anissa Daoud, Najla Ben Abdallah et bien d’autres. Samy Snoussi a ce je ne sais quoi qui sublime et rend plus humain, plus accessible et plus réaliste chaque travail publicitaire ou cinématographique auquel il prend part. Et ça, nous l’avons aussi compris à Femmes de Tunisie, en lui confiant la réalisation de plusieurs de nos couv’. Hend Sabri, Mariem Ben Hussein, Rym Ben Messaoud, Samira Magroun, Kenza Fourati figurent parmi nos cover girls qui ont fait confiance à l’œil de Samy Snoussi.

En attendant les prochaines expositions personnelles du talent tunisien, « toujours avec l’humain au centre » comme il nous le confie, nous nous contentons de saluer son superbe travail pour la campagne publicitaire ramadanesque de Warda, et de vous offrir ce portrait à lire.

Rym Ben Messaoud pour Femmes de Tunisie par Samy Snoussi

A l’origine, un appareil photo démontable

Lorsque nous nous voyons dans son studio imposant de la Soukra, je demande à l’artiste de me parler de ses débuts, de sa passion pour la photo, de la période où il a su ce qu’il voulait faire comme métier. Samy puise dans ses souvenirs pour se rappeler son premier contact avec la photo. « D’aussi loin que je me souvienne, je pense que j’ai toujours été passionné par l’image et la photo. Je me rappelle encore de cet appareil photo que ma grand-mère m’avait ramené du Hajj. C’était un petit machin qu’il fallait monter seul et y insérer la pellicule. Je n’arrêtais pas de prendre des photos avec. Et ma mère se plaignait du nombre de pellicules qu’elle devait faire développer fréquemment pour moi. ». Me raconte-il.

Enfant, le futur photographe est aussi passionné par l’image en photos statiques que par celle qu’il voit au cinéma. Il décortique les films les plus spectaculaires de l’époque. Regarde et re-regarde les longs-métrages qui le marquent. « C’est à cette époque, je crois, que j’ai compris que j’étais passionné. »

Pourtant, lorsqu’il obtient son diplôme de baccalauréat, Samy est prédestiné à faire une école d’ingénieur. L’entourage lui vend la filière, ses débouchés, le succès… Mais quelque part, le jeune sent que ce n’est pas là qu’il trouvera son bonheur. « C’était du feeling. Après avoir visité la faculté, je ne m’y voyais pas… Instinctivement, je commençais à me projeter dans un métier artistique, touchant de près ou de loin à l’audio-visuel, au cinéma, à la publicité. Malheureusement- ou heureusement- la passion a toujours été mon seul moteur dans la vie, et ce depuis mon jeune âge. J’ai alors pensé à l’école des arts et métiers qui venait d’ouvrir ses portes au Denden. Pour moi, c’était l’unique alternative à la classique école des beaux-arts que l’on m’avait déconseillé; et les écoles privées de cinéma qui étaient-à l’époque- encore mal vues. Aujourd’hui, je regrette d’avoir cédé à la pression sociale sur ce plan, car ces écoles ont fait leurs preuves en réussissant à former les grands noms du cinéma aujourd’hui, comme Sofiane El Fani, Hassen Amri, Bechir Mahbouli et j’en passe.» Confie l’artiste.

En faisant le choix de continuer ses études à l’école des arts et métiers au Denden, Samy est surtout tenté par le monde de la publicité. « Un ami à moi m’avait soufflé qu’en faisant mes études là-bas, je pouvais aspirer à un avenir de publicitaire. Ce mot avait fait tilt dans ma tête. La publicité était aussi un monde qui me fascinait. Je suis de la génération « Culture Pub », un enfant de la pub. Avec mes amis, nous avons toujours débattu et discuté des slogans, des idées, des punchlines… Pour moi, cette faculté m’offrait la chance d’allier ces deux mondes ; la pub et l’audio-visuel. »

Hend Sabry pour Femmes de Tunisie par Samy Snoussi

Fils de pub

Naturellement, le jeune homme se spécialise dans la publicité audio-visuelle. Sur le plan théorique, tout se passe bien. « Mais côté pratique, ça bloquait. Très peu de moyens, presque pas de matériel et pas d’occasions pour expérimenter ce que l’on apprenait durant les cours. On devait tout faire tous seuls, depuis les livres de grands designers qu’on se prêtait et qu’on photocopiait en noir et blanc, jusqu’au projet de fin d’études où chacun devait trouver les moyens de l’exécuter à ses frais. ». Pour autant Samy ne se laisse pas décourager. Il enchaîne les petits stages et essaie de se rapprocher du monde professionnel. La frustration augmente lorsqu’il constate qu’il ne fait qu’observer la concrétisation de projets auxquels il ne prend pas part. «C’est pour répondre à cette frustration que j’ai décidé de m’inscrire à l’ESAC, l’école supérieure de l’audiovisuel et du cinéma, qui venait alors d’ouvrir ses portes. Je me suis lancé dans un deuxième cursus universitaire pensant pouvoir enfin toucher au côté pratique du métier. Mais là aussi, j’ai déchanté. Le manque de moyens et de matériel dans cette école publique était tout aussi frustrant qu’à l’école des arts et métiers. » me raconte Samy. Cependant, le jeune homme tire profit de ces années de prolongation, en côtoyant tous les professionnels du métier. Si bien qu’à la fin de son cursus, le producteur et réalisateur Brahim Ltaief lui propose de le suivre en stage sur le set du long-métrage « Cinecitta ».

« Cinécitta »

« Brahim m’avait confié la tâche d’assistant-caméra. A la base, je devais faire un simple stage. Je me suis retrouvé à faire un peu de tout, vu que l’assistant en question n’était pas disponible. C’était à la fois excitant et effrayant. C’est de là que tout a réellement commencé pour moi, que j’ai tout appris. La hiérarchisation dans le département image est juste impressionnante. Du DOP au cadreur, en passant par l’assistant image, chacun a un rôle précis. »

Durant le tournage, et quand tout le monde est en action, que les caméras sont bien installées, Samy circule avec son appareil photo et capture des moments du set, des acteurs, de l’ambiance. Il est à l’aise au milieu de tous ces comédiens qui arrivent sur le plateau sans chichi : Dorra Zarrouk, Dali Ben Jemaa, Houcine Graya, Monoom Chwayet… «A l’époque, il n’y avait pas encore de starsystem. C’était convivial et moi j’adorais cet esprit de backstage très family. Tout le monde avait apprécié mon travail de shooting du plateau. Je me rappelle d’ailleurs avoir proposé à Dali Ben Jemaa de faire des portraits de célébrités un peu comme on en voyait à l’étranger. Et il a tout de suite dit oui. »

Samy Snoussi reçoit alors près de 50 artistes chez lui pour un shooting unique. Grâce au réseau de Dali Ben Jemaa, tous répondent présents : Dorra Zarrouk, Nadia Boussetta, Lotfi Abdelli, Dali Nahdi, Anissa Daoud…Le résultat est une exposition que Samy espère donner à la sortie du film. « Ces photos n’avaient rien à voir avec le film « Cineciitta », mais pour moi, c’est grâce à cette expérience que le shooting a pu se faire. Je voulais quelque part remercier Brahim Ltaief pour cette aventure. Tout le monde m’avait aidé sur ce coup et j’ai réussi à exposer à l’Africa, ce qui était un événement exceptionnel pour le jeune artiste que j’étais. Habib Belhadi m’avait ouvert les portes du lieu et nous avons mis en place l’expo pendant les JCC, à la sortie du film comme je l’avais rêvé. » se remémore Samy Snoussi.

L’exposition cartonne. Les médias et la presse en parlent pendant une longue période. C’est la consécration pour le jeune talent. « Mais je pense que ce succès médiatique m’est vite monté à la tête. J’étais jeune, j’avais 24 ans. On me proposait des contrats de travail et des boîtes me commandaient des travaux que je n’étais pas forcément apte à effectuer. C’était l’euphorie totale. Je me croyais le meilleur photographe en Tunisie. Certes j’avançais et j’évoquais, mais je n’avais pas le savoir-faire. Je me mentais. »

Décollage…pour Bruxelles

Dans cette spirale du succès, Samy pense, à tort, qu’avec uniquement son talent, il pourrait réitérer les mêmes événements à l’étranger et réussir à devenir un des meilleurs photographes aussi rapidement. « Je suis alors parti en stage de production photo à Bruxelles. C’était mon tremplin pour sortir du pays. Mais les choses ne se sont pas passées comme je l’imaginais. » Et dès son premier jour de stage, le jeune homme est confronté à la réalité du marché et de la profession. Lorsque son directeur de stage lui donne à monter un vrai appareil photo dès son arrivée, il comprend qu’il ne s’est jamais réellement attardé sur ces questions et que pour maîtriser l’image, il fallait d’abord maitriser et connaître son appareil mieux que quiconque. « C’était une vraie claque pour moi. Ce jour-là, j’avais pleuré car j’ai compris que ma formation était loin d’être complète. »

Samira Magroun pour Femmes de Tunisie par Samy Snoussi

De cette expérience, Samy Snoussi apprend beaucoup, de celles qui suivront aussi. Au total, il passe 4 ans à faire des allers-retours entre la Tunisie et la Belgique, travaillant ici et là-bas, enchaînant les projets et les expériences. « Mais c’est en Belgique que je me suis professionnalisé. C’est là-bas que je me suis posé, que j’ai développé une vraie stratégie professionnelle. La Tunisie nous induit en erreur. Il y est facile de se faire un réseau et un nom surtout lorsqu’on est sérieux. Mais l’erreur, c’est qu’on ne se compare qu’à nous mêmes, alors que le monde est vaste. Et qu’en termes d’images, il n’y a pas de frontières. Pour évoluer, il faut alors se comparer aux plus grands, aux meilleurs que soi. Créativement parlant, nous sommes des citoyens du monde. Et ça, il faut en prendre conscience si l’on veut évoluer dans ce domaine

J’ai deux amours…

Au lendemain de la révolution, les événements s’enchaînent. L’amour frappe à la porte du photographe. L’amour d’une femme mêlé à celui qu’il porte pour le pays. « Suite à mon mariage, je décide de m’installer en Tunisie. Pour moi, il y avait beaucoup à faire durant cette période. Et j’étais convaincu de pouvoir sous-traiter pour l’étranger. Je connaissais la bonne réputation des techniciens tunisiens à l’étranger. J’étais sur de pouvoir m’en sortir sur ce plan. Malheureusement, ce n’était pas évident. J’ai déchanté encore une fois, le budget et les conditions ne suivant pas. Malgré tout, l’amour du pays et des racines l’a emporté. Et je suis resté pour faire ce que je sais et aime le plus. » Avoue Samy.

Depuis près de dix ans, Samy Snoussi est faiseur d’image dans la pub et le cinéma. « Ce n’est pas évident tous les jours. Ce n’est pas facile non plus. A un moment, je me suis retrouvé à subir un job que j’avais pourtant choisi par passion. Parce qu’il faut bien vivre et payer ses charges et donc on est obligé de donner au client ce qu’il demande. Cette période a été une sonnette d’alarme pour moi. Depuis, j’ai fait le choix de ne plus travailler qu’avec des clients avec qui je partage les mêmes valeurs. ». Le cinéma, il s’y consacre par moment, presque rarement. « Mes filles sont jeunes. Et je veux les voir grandir. Je reprendrai peut-être cette direction quand elles grandiront. Mais pour le moment, je me suffis de ce que je fais et je pense avoir concrétisé une partie des mes rêves. Aujourd’hui, je travaille pour concrétiser l’autre partie manquante. » Conclut, l’artiste