Rencontre avec les fondatrices d’Envirofest : « Il faut émouvoir pour espérer changer les choses »

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Depuis quelques jours, la deuxième édition du festival de film environnemental en Tunisie –Envirofest- a démarré à la Cité de la Culture. Cinq jours sur Tunis, au lendemain desquels le festival posera ses valises dans différentes villes tunisiennes. Un vrai road trip  à Redayef, Gabes, Kélibia, Sfax, Tozeur, Djerba, Monastir etc. Derrière cette action, deux femmes : Becca et Leila résidants aux Etats-Unis et Hisham BelKhamssa.

Pour Becca et Leila, leur amitié a commencé grâce à leurs filles respectives qui allaient au même cours de tennis. Mais c’est surtout leur engagement environnemental qui les a rapprochées, au point de réfléchir à une manière de s’engager en Tunisie, pays d’origine de Leila Channoufi. « Il fallait commencer quelque part. On s’est dit : pourquoi pas la Tunisie ? » Me raconte Rebeccca Cecil-Wright, lorsque les deux amies viennent nous rendre visite aux locaux de Femmes de Tunisie.

Femmes de Tunisie : Comment est née l’idée d’Envirofest ?

Rebecca Cecil-Wright : Je suis cinéaste depuis plus d’une vingtaine d’année. C’est là que j’ai eu l’occasion de regarder et de travailler sur les films engagés dans l’éducation environnementale. Aux Etats-Unis, en Europe, il y a eu comme un éveil de conscience depuis quelques années déjà et de nombreux films sont produits chaque année. Ce qui est intéressant, c’est que ces films sont regardés un peu partout dans le monde. C’est d’ailleurs comme ça que nous avons eu l’idée du festival Envirofest en Tunisie. Il fallait faire voyager ces productions dont l’impact sur les mentalités n’est plus à prouver. Un bon film peut motiver, engager, créer de véritables connexions pour faire changer les choses. Je peux citer à titre d’exemple « A Plastic Ocean » de Craig Leeson et Jo Ruxton qui a contribué à faire bousculer certaines choses et même des lois.

F.D.T : Vous espérez la même chose ?

Leila Channoufi : Oui, pourquoi pas ? Si la population n’est pas derrière les décideurs, les choses ne changent pas. Sans oublier que ces décideurs sont des citoyens avant tout. L’une des choses qui m’a le plus choqué en Tunisie, c’est lorsqu’ils ont discuté de la faisabilité ou non d’interdire les sachets plastiques à usage unique. Il n’y aurait pas du y avoir de résistance du tout. Il y a un manque de prise de conscience de la part de la société civile.  C’est pour cela que voir les mêmes films avec une vision globale, cela permet d’avoir une compréhension de la chose plus solide.

R.C.W : C’est très intéressant de voir que les gens réagissent instantanément après avoir vu ce genre de film. Dès les premiers jours d’Envirofest, nous avons assisté à des réactions du style : « C’est un vrai désastre ! Que pouvons-nous faire ? » C’est là où nous intervenons et où nous ouvrons un débat sur les solutions à entreprendre, notamment avec les partenaires de la société civile et des ONG avec lesquels nous collaborons. Nous essayons de mettre en place ce pont nécessaire pour avancer.  D’ailleurs depuis la première édition, il y a eu de nombreuses associations qui se sont mis en réseaux à Djerba ou à Kélibia par exemple.

Nous avons travaillé deux ans avant de lancer la première édition d’Envirofest.

F.D.T : Quels sont les premiers échos de cette deuxième édition ?

Leila Channoufi : Il y avait eu plus de 300 personnes pour l’ouverture. C’était notre première fois à la Cité de la Culture. Ca a simplifié les choses. La semaine dernière, tous ceux qui sont venus le premier jour, sont venus pour le reste de la semaine. J’espère qu’il en sera de même cette année. On a d’ailleurs continué jusqu’à décembre dernier. Kélibia ce n’était pas prévu au début. Et cette année, je pense que ce sera la même chose. D’ailleurs Monastir ce n’était pas prévu non plus pour cette deuxième édition. Et nous voilà entrain de la programmer.

F.D.T : Quel intérêt à projeter des films internationaux en Tunisie ?

R.C.W : Les bons films peuvent se passer en Australie et avoir un impact en Tunisie. S’il y a de la qualité, de l’émotion, c’est suffisant pour parler aux citoyens du monde entier. C’est pour cela que ce genre de festival existe. Sans cela, nous ne verrons ces produits que sur National Geographic et quelques festivals américains. Or c’est fait pour aller dans toutes les contrées du monde.

F.D.T : Ca pourrait être aussi bien de faire des films en Tunisie ?

L.C : C’est l’un de nos objectifs aussi. L’année dernière nous avons invité des réalisateurs américains qui ont essayé de créer des vocations de ce genre chez les jeunes. C’est tout un domaine qui n’est pas encore touché en Tunisie. Il faut leur donner des idées et des exemplaires pour que les jeunes puissent suivre ce chemin.

En Tunisie, il y a plein de problèmes de désertification, de pénurie d’eau, de pollution.  On a une série de problématiques majeurs, on a toute l’expertise qu’il faut, qui est même de niveau international, mais ça ne bouge pas. On ne peut même pas passer de petites lois sur des sachets en plastique, alors…Donc on espère faire passer un message d’urgence. Pour ensuite agir avec des leaders. On dit qu’il faut 20% de mobilisation pour qu’on puisse réellement changer les choses.

B.C.W: Quand tu ressens les choses, c’est là que les choses peuvent réellement commencer à bouger. Parce qu’au départ, il s’agit juste d’une réflexion. On ne peut pas palper le danger qui nous guette. Mais lorsque la réflexion passe à l’émotion, c’est là que l’urgence est comprise. Nous prenons l’information et nous la transformons en émotion à travers ces films.