Plutôt discret, Ghazi Zaghbani est du genre à vouloir tout expérimenter par passion et par amour de l’art. En près de vingt ans, il a exploré de nombreux domaines: réalisation, mise en scène, écriture de scénario, jeu d’acteur, direction d’espace artistique, etc. Depuis l’obtention de son diplôme de l’Institut supérieur des arts dramatiques en 2002, Ghazi Zaghbani s’investit corps et âme dans sa passion première: le théâtre.

Du théâtre à l’école en passant par le théâtre amateur pour finir par le théâtre professionnel, Ghazi Zaghbani enchaîne les expériences. «Finalement, je crois que c’est la seule chose que je sais réellement faire. Le théâtre, c’est mon boulot, mais c’est surtout ma passion,» me confie-t-il.

Premiers pas dans la mise en scène

Tout commence par le théâtre scolaire au lycée. Et c’est grâce à son professeur de théâtre qui a insisté pour que le jeune lycéen continue dans cette voie. Chose que Ghazi Zaghnabi fera quelques années plus tard. « L’un de mes objectifs était devenu d’avoir mon diplôme de baccalauréat et de faire des études de théâtre à l’Institut Supérieur des Arts Dramatiques. Heureusement que mon père m’avait soutenu dans mon choix.» Confie le metteur en scène.

Sa première expérience avec la mise en scène, il la vit un peu avant d’intégrer l’Institut en 1998, en travaillant sur quatre pièces avec l’association « Cardinasse » de Grombalia, dont « Arabisant » avec Moez Turki. « Je jouais dans cette pièce qui concourait sur le plan national, et en parallèle, je me lançais dans la mise en scène avec une autre pièce et participais à un concours régional à Menzel Bouzelfa. A travers cette expérience, j’ai compris que je ne voulais pas me contenter de jouer. Je voulais créer, imaginer…mettre en scène une idée, une histoire. » Pour Ghazi, c’est le déclic, et c’est là qu’il goûte à la vraie création théâtrale. Cette belle aventure lui donne l’idée, quelques années plus tard, de passer à la vitesse supérieure et de lancer sa propre société de production, Artistou Production.

Ghazi Zaghbani aime à chercher loin ses inspirations et ses adaptations théâtrales. Son dada? Reprendre à la sauce tunisienne des classiques du théâtre anglais ou français. Ghazi l’explique par son amour pour le théâtre de l’absurde: «C’est un théâtre qui m’a toujours fasciné. Je ne saurais pas l’expliquer, mais je pense que réadapter ces textes m’a aussi permis de m’en imprégner pour réussir mes propres créations comme “Retour définitif” ou “Poids Plume”.»

Ainsi, en 2003, le jeune homme met en scène «Swayaa», adaptée de La Cantatrice Chauve d’Eugene Ionesco. La pièce est remarquable et remarquée- notamment par des grands noms comme Taoufik Jebali et Zayneb Farhat. Il enchaîne avec «Attention Travaux!», adaptation de «Fin de Jeu» de Samuel Beckett. Et quand il n’est pas dans la mise en scène de pièces adaptées, il y joue, comme dans Antigone de Noureddine El Ati.

Auteur, comédien et metteur en scène

Amoureux transi de tout ce qui touche à la scène et au rideau tombé, Ghazi fouille, sillonne, part dans des contrées jamais explorées et veut tout faire à la fois. Sa première expérience avec le pack «auteur-comédien-metteur en scène» se fera avec «Poids Plume» en 2009. Envoûté par son personnage principal, Kamel, le jeune homme choisit de camper son rôle sur scène. Succès assuré et carrière lancée. Ghazi Zaghbani se distingue et son nom commence à être reconnu dans le monde du théâtre.

L’espace « L’Artisto »

Insatiable, l’artiste a envie de lancer son propre espace culturel, son petit théâtre de poche où il pourrait répéter, présenter ses travaux, lancer de nouveaux jeunes talents. A son retour d’une expérience de deux ans avec le Théatre National Coréen où il découvre une multitude de petits théâtres, Ghazi Zaghbani sent que le moment est venu pour se lancer dans cette nouvelle aventure : L’espace Artisto ouvre ses portes en 2010. Arts scéniques et photographiques trouvent leur compte dans ce petit espace convivial en plein centre-ville, rue de Damas. On y trouve une salle de projection, une salle de concert, une galerie d’exposition, une bibliothèque et un café. Tout est pensé pour que cet espace soit le fief des artistes. Et quand bien même propositions et projets ne tombent pas en rafale, Ghazi est fier de son bébé. En quelques années, L’espace Artisto fait du chemin et commence à s’installer. «Nous avons eu pas mal de soucis pour mettre ce projet en place. J’y ai investi beaucoup de mon temps et de mon argent. Et cela a porté ses fruits. J’ai toujours rêvé d’avoir mon adresse. Cela était en adéquation avec le chemin que je voulais entreprendre, et que j’ai d’ailleurs entrepris, à savoir, celui de la création. » Explique Ghazi Zaghbani.

« Plateau », « La fuite », «Cicatrices », « Deal », « Trouf »…

Depuis l’ouverture de l’espace au 3 rue Damas, les productions se multiplient. Ghazi Zaghbani s’amuse avec les différentes expériences. Propriétaire de son espace de production, il ne dépend plus de manière totale des subventions du ministère de la Culture. Les créations sont récurrentes : monodrames, pièces chorégraphiées, adaptations, collaborations entre différentes nationalités…Les pièces se suivent mais ne se ressemblent pas, mais elles gardent toutes la touche « Zaghbani ».

De 2015 à 2020, le metteur en scène assoit une certaine notoriété à travers des pièces marquantes et saluées autant par la presse que par le public.
Il y a d’abord « Plateau », programmée aux JTC, les Journées Théâtrales de Carthage et portée par le Théâtre National. Une réécriture libre de la pièce «Nekrassov» de Jean-Paul Sartre. Ghazi Zaghbani transpose l’histoire de Valera l’escroc et de la menace communiste des années cinquante sur la réalité tunisienne. Nous sommes en Tunisie post-révolution et en pleine campagne électorale. L’escroc le plus recherché du pays, Moncef Valera, se fait passer pour un terroriste dangereux poursuivi par la police: le fameux Emir Abou Takii. L’idée de génie est proposée par l’escroc et Slah, un journaliste désespéré d’une chaîne de télévision privée en manque de buzz.
Sur scène, le public retrouve Mohamed Ali Galai, Najoua Zouhir, Fatma Ben Saidane, Béchir Ghariani, Yahia Faïdi, Mohamed Hassine Grayaa, Mohamed Anouar Zrafi, Rachid Azouz et Ghazi Zaghbani lui même.

La pièce, qui rappelle étrangement le vécu tunisien, lui vaut une reconnaissance à une échelle plus large. L’artiste enchaîne alors avec « La fuite », la pièce qui lui conférera une popularité indéniable. Le huis-clos entre le jeune extrémiste religieux et la prostituée draine des foules. Sur scène, les spectateurs découvrent un dialogue empreint d’humour noir entre les deux comédiens Ghazi Zaghbani (le terroriste) et Nadia Boussetta (la prostituée). Jackpot, notamment pour Nadia, qui marque son retour à la scène.

« Trouf », « Deal », « Cicatrices », « Roméo&Juliette », « Coïncidences », « Rendez-vous »…les pièces sont nombreuses, au grand bonheur des amateurs de cette adresse et du théâtre que propose Ghazi Zaghbani.

D’ailleurs, l’aventure se poursuit. Malgré la crise sanitaire et l’arrêt quasi total de toutes les manifestations culturelles, l’espace reste ouvert à certaines activités, comme les cours de théâtre. Le fondateur profite de ce moment de pause imposée pour préparer un retour digne de ce nom. « Du théâtre, mais pas que. Une belle surprise vous attend. » Conclut l’artiste. Nous on sait déjà que l’adaptation cinématographique de « La fuite » est déjà prête et que si ce n’était la Covid, nous aurions déjà vu l’histoire de la péripatéticienne et du salafiste sur grand écran. Mais, chut !