Hédi Ben Mami est un jeune créateur de 24 ans qui a lancé tout récemment sa marque. Après avoir présenté une collection capsule l’année dernière lors de la Fashion Week de Tunis, ce grand passionné de stylisme y est retourné cette année pour sa propre collection printemps-été inspirée de l’architecture de Djerba. Rencontre avec l’artiste.

Depuis combien de temps es-tu dans le domaine de la mode ?

J’ai débuté tout récemment. Il y a 2 ans, j’ai suivi une formation de modélisme à S Mode pour perfectionner mes acquis en modélisme. En fait, pour le stylisme, j’ai toujours été passionné et je dessinais depuis tout petit, probablement depuis l’âge de 3-4 ans. J’y mettais beaucoup de couleurs, des choses très évasés, beaucoup de volumes. Petit à petit, sans me rendre compte de cette passion, j’ai piqué la figure de ma cousine et j’ai commencé à l’habiller avec des vêtements en miniature. J’ai aussi piqué la machine à coudre de ma grand-mère qui ne l’utilisait plus. Sans le savoir, j’ai donc commencé à réaliser une sorte de patron. Je faisais des crinolines et des robes à la Marie-Antoinette que j’aimais beaucoup par ailleurs.

Ma passion s’est développée par la suite. J’ai commencé à dessiner des collections en choisissant des thèmes, une inspirations. C’était plutôt des collections couture avec beaucoup de recherches. Même la broderie, c’était très spécifique, pas du tout ce que l’on fait maintenant. À un certain moment, j’ai présenté mes collections à un créateur tunisien qui avait alors adoré. Il m’a contacté juste après pour un poste de styliste, il y a 2 ans de cela et avant même que je n’entame ma formation à S Mode. J’ai travaillé pour lui durant un bon bout de temps, ce qui m’a permis d’entrer officiellement ans le monde de la mode et j’ai vu comment on travaillait en atelier.

J’ai ensuite intégré S Mode et j’ai débuté ma formation en modélisme. Je voulais vraiment apprendre la technique, avoir les bonnes bases d’autant que, pour l’instant en Tunisie, je dois compter sur moi-même. Laisser mon travail à d’autres personnes ne me permettra pas d’obtenir ce que je veux.

Combien a duré la formation ?

La formation dure 3 ans. Je n’ai fait que 2 ans. En fait, je m’étais fait des idées bien précises sur S-Mode en général en tant que groupe. Je pensais vraiment qu’il s’agissait d’un monde très imbibé de mode et de créations. Chose que je n’ai pas trouvée. J’ai tout de même beaucoup appris en matière de technique, de patronage. J’ai une bonne base grâce à mes professeurs. Après avoir interrompu ma formation, j’ai eu l’opportunité de réaliser une collection pour la Fashion Week de Tunis. C’était la collection nationale, donc pas pour ma propre marque. Une collection capsule mixte en collaboration avec l’organisateur de la Fashion Week, totalement en denim et oversize. Je m’étais inspiré des miniers, du côté spontané de leurs vêtements : naturel et confortable. J’ai conçu la collection dans une usine de jean’s au Sahel.

Peux-tu nous parler de ta collection présentée cette année à la Fashion Week de Tunis ?

Vendredi 14, j’ai lancé ma collection printemps-été pour ma propre marque, récemment fondée. C’est du prêt-à-porter, dans différentes nuances de bleu avec des tissus très légers pour être porté en été. Des modèles pour femmes, 100% coton. Côté inspiration, j’ai pensé à l’architecture vernaculaire de Djerba. Il y avait des bâtisses particulières qui m’avaient impressionné pour leur style et leur singularité. Des bâtiments blancs, avec des formes ni droites ni trop courbées. Les couleurs de ces bâtiments m’ont donc inspiré puisqu’il y a une dominance de blanc en plus des tons de bleu pour évoquer le climat.

Il y a 20 pièces que j’ai réalisées seul en à peu près 2 mois et demi. Un travail sans relâche ! En fait, je suis également ingénieur en informatique et je suis en train de finaliser mon PFE.

L’année dernière, tu utilisais un denim recyclé pour la collection capsule. As-tu réitéré l’expérience écologique pour la collection de cette année ?  

Le denim utilisé dans la collection nationale était recyclé. Pour moi, acheter des tissus écologiques est très important. Cela reste tout de même compliqué car le marché des tissus se dégrade énormément en Tunisie, notamment à cause de l’effondrement du dinar. Même si les tissus ne sont pas écologiques, ils n’arrivent même plus sur notre marché. Le choix diminue, tout comme la qualité. Je les ai mélangés à du plastic et j’ai beaucoup travaillé les volumes.

Peux-tu nous décrire ta marque ?

C’est une marque de prêt-à-porter qui doit communiquer une émotion bien précise. Mon but est de communiquer une certaine fraîcheur. Pour moi, la femme qui porte mes vêtements est hype, pleine de fraîcheur et de lumière, très méditerranéenne.

J’aime beaucoup Lagerfeld… et bien avant sa disparition ! Un vrai créatif. J’aime aussi Azzedine Alaïa et son sens du détail. Les découpes, le moulage qu’il fait : c’est magnifique.

Avec un tel boom de créateurs tunisiens, comment peut-on faire la différence ? 

Ce n’est pas tout le monde qui va réussir. Seuls les créateurs aux réalisations accessibles s’en sortiront. Ici, le problème est que beaucoup de créateurs ont le même style. J’essaie de m’en éloigner le plus possible comme avec les touches modernes de cette collection ou les combinaisons de matière, comme le satin de coton ou la bourrette de soie. Pour le volume, je me suis inspiré de la blouse djerbienne. Pour les matières, j’ai utilisé un mélange de saaf et de plastique pour les vêtements ou les accessoires.

Doit-on porter tes créations à la maison ou en soirée ?

Je trouve que c’est mélangé. C’est pour des soirées estivales et fraîches.

Photos du défilé de Hédi Ben Mami à la Fashion Week de Tunis 2019