Elle s’appelle Menel Tebai, mais tout le monde la connaît sous le nom de Kahena, au point d’en oublier son vrai prénom. La jeune Menel est derrière la marque Kahena Kollection. Comme la guerrière, elle a bataillé pour donner sa place à la marque. Et comme la reine, elle porte en elle cet héritage berbère qu’elle exprime à travers ses beaux bijoux. La jeune Tunisienne nous raconte les secrets de naissance et de réussite de la marque d’accessoires. Interview

Femmes de Tunisie : Raconte-nous ton parcours académique
Kahena Kollection: J’ai fait des études qui, aujourd’hui, n’ont rien à voir avec ce que je fais ni avec la marque que j’ai lancé-Kahena Kollection-. Je dois dire que mon parcours est assez atypique. D’un bac lettres, je suis allée à l’école ESTED où j’ai fait des études de design intérieur. Le diplôme en poche, je ne savais pas trop le chemin que je voulais prendre. Je ne me voyais pas employée dans une entreprise. Je ne voulais pas travailler pour quelqu’un. L’idée même m’horripilait. D’ailleurs, j’ai mal vécu mes stages obligatoires. C’est quelque part pour cette raison que j’ai pris la décision de me lancer dans une formation professionnelle en stylisme modélisme quelque temps plus tard.

Ceci étant, mes études m’ont beaucoup aidée. Grace à mon parcours académique, j’ai développé le sens du détail. En architecture d’intérieur, nous avons appris à accorder beaucoup d’importance aux choix des matériaux, des pierres, des couleurs, à faire attention aux détails, à la finition. Ce savoir-faire m’a beaucoup servie plus tard dans mes créations.

F.D.T: En parlant de créations, avant les bijoux et les accessoires, il y a eu l’habillement…
K.K : Effectivement. A l’époque, je poursuivais encore ma formation professionnelle, mais je voulais déjà lancer un projet. J’avais un tapis ancien que m’avait offert ma grand-mère et que j’aimais beaucoup. Et en l’observant, l’idée m’est venue de créer des sacs et des chaussures à partir des tissus de tapis anciens. La marque est née et l’idée a plu. J’ai donc continué à créer ce genre d’articles jusqu’au jour où un ami m’appelle et me propose de participer à un projet artistique, une sorte de performance. Cela se passait chez Feryel Studio, avec Ghazi Boulahiya, Sabry Ben Mlouka et Meriem Daghma. Ghazi m’avait challengé de créer en 3 jours une collection de bijoux autour de la thématique d’une guerrière. Ce n’était pas facile. J’étais intimidée et j’avais peur de rater cet exercice. Mais j’ai réussi et le résultat a beaucoup plus. Et c’est ainsi que j’ai pris la décision de me consacrer aux bijoux.

F.D.T : Quels sont tes inspirations et tes matériaux préférés pour tes créations ?
K.K : Pour Kahena Kollection, je n’utilise que des métaux nobles et des pierres semi- précieuses ; de l’argent massif trompé dans l’or 18 carats par exemple. Quant à mes inspirations, mon point de départ reste les bijoux anciens, ceux avec lesquels nous avons grandi : la lira, le dollar, le hnach, la hsira etc. Je rajoute ensuite une touche moderne. Je m’inspire pour cela de la marque Versace. J’adore le mélange que ça donne. Je me concentre beaucoup que l’état brut de nos pierres. Je ne veux surtout pas les dénaturer. Par exemple, il m’est impossible de rajouter des cristaux ou des pierres à un bijou comme le dollar. La symbolique et l’esthétique de ce bijou passe par son authenticité. Alors j’essaie de le respecter. Je déteste le mot « revisiter ». Moi, je cherche juste à rajouter une petite touche moderne, à garder le bijou intact, en lui insufflant une nouvelle âme.

F.D.T : Parle-nous de ta dernière collection
K.K : Dans cette collection, je me suis concentrée sur le bijou le dollar, les grosses chaînes, les bagues bombées et les bracelets boules. Ce sont des bijoux anciens. Cette fois, on les a repris tels quels. Pour les mettre en valeur, nous avons joué sur le côté féroce que vous pouvez voir dans le shooting : les chiens qui accompagnent Samira Magroun, son make-up, sa robe noire, son regard.

L’idée dans cette collection est de mettre en exergue la force du bijou ancien. Une force brute que je n’ai pas cherché à modifier.

F.D.T : Quels sont les secrets de réussite de la marque Kahena Kollection ?
K.K : Je pense que le secret vient du fait que tout est parti d’un moment de faiblesse. Kahena est née dans un moment difficile. Je passais par une lourde épreuve de rupture. J’avais baissé les bras et je n’étais pas loin de la dépression. Puis un jour, j’ai décidé de me relever. J’ai rassemblé toutes mes forces et j’ai créé Kahena. Depuis, j’en garde la précieuse pensée que n’importe quel moment de faiblesse, peut donner naissance à une force. Il faut toujours trouver le point lumineux à suivre dans le noir.

F.D.T : Où te vois-tu dans 5 ans ?
K.K : A l’international. Aujourd’hui, Kahena Kollection fait la couverture de Femmes de Tunisie. Dans quelques années, je me vois faire la couverture de Vogue Arabia. C’est cela, entre autres, mon objectif. J’aimerais aussi participer aux foires professionnelles et internationales. J’ai été invitée à une foire à Milan pendant la Fashion Week, juste avant le Covid. Je n’ai pas exposé. Mais mon objectif c’est d’y exposer la prochaine fois.