Rencontre avec la stand-uppeuse Imen Lahmar, alias Meni Gilliger

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Elle est franco-tunisienne et a vécu un moment à Brooklyn, dans le quartier de Williamsburg. Aussi bien à l’aise devant l’objectif – comme l’atteste son compte Instagram qui révèle une passionnée de mode – que dans des vidéos virales en tant que coach en destruction personnelle, cette jeune femme de 37 ans est surtout une stand-uppeuse polyglotte qui grimpe sûrement et se produit à Manhattan, Montréal ou Paris. Rencontre avec l’artiste Imen Lahmar, aussi douce que sarcastique.

Qui est derrière le compte Instagram « meniways » ? 

Je m’appelle Imen Lahmar. Je suis une franco-tunisienne née à Paris et je suis très attachée à la Tunisie. J’y reviens très régulièrement. Je dirais que je suis une grande rêveuse, que pour moi il n’y a pas de limites et que si je peux donner de la force aux gens qui m’entourent pour accomplir leurs rêves, ça me donne de la force à moi aussi. Je le fais donc constamment et ça me tient beaucoup à cœur.

Quand as-tu réalisé que tu étais faite pour le stand-up ?

Je suis ancienne consultante médias : j’ai travaillé pour de grands groupes de luxe à l’international tout en étant basée à Paris. Récemment, je me suis lancée dans une aventure de stand-up quand j’ai réalisé que c’était ma passion et que c’était ce que je voulais faire. J’ai fait des vidéos humoristiques avec le personnage que j’ai créé, Meni Gilliger, coach en destruction personnelle. 

Parle-nous de tes premières expériences sur scène.

Je suis montée sur scène pour la première fois à Manhattan. Il y a eu aussi Montréal, Paris et Sousse. Pour cette dernière, c’était dans le cadre privé d’un événement pour une société où l’audience était francophone et composée de Tunisiens, Algériens et Marocains. Ils voulaient un humoriste francophone.

Penses-tu faire des stand-ups en dialecte tunisien ?

J’adorerais ! Je pense que l’humour en Tunisie est très particulier. Selon moi, chaque Tunisien est un humoriste. Ici, ce n’est pas un métier : c’est quelque chose de normal, « 3adi ». Pour toucher les Tunisiens en plein cœur et les faire rire, il faut être très affûté et pointu, s’approprier complètement les codes tunisiens. Aujourd’hui, je n’en suis pas encore là : c’est un niveau encore très élevé. Je les touche déjà avec Meni Gilliger parce qu’ils adorent le sarcasme. Je suis très contente de les toucher et d’avoir beaucoup de réactions, mais c’est vrai que le dialecte tunisien permet de grandir, de déployer sa visibilité dans toute la Tunisie. Les Tunisiens, ce n’est pas uniquement Tunis, Sousse et cette petite minorité. Utiliser le dialecte, je l’ai bien en tête, mais aussi bien conquérir les États-Unis que la Tunisie. 

Adaptes-tu ton texte en fonction du pays ?

À chaque fois que tu t’adresses à un public différent, tu ne vas pas changer ton humour mais prendre d’autres références. Par exemple, à Montréal City en plein hiver, c’est quelque chose d’évident. Devant ton public à Sousse, ce n’est pas forcément quelque chose qui va lui parler. Tu vas donc réadapter au caractère, aux codes, à l’environnement ou à l’actualité, ce qui passe à la télé, dans les médias, dans la vie du Tunisien, New-Yorkais ou Montréalais.

Comment a évolué ta carrière ?

À Paris, j’en suis encore à rôder mon texte, à tester les vannes. Je fais donc des « open mic », ce qui est très dur. Tu arrives et c’est un peu l’abattoir : tu restes 5 minutes sur scène, « next please ». Faire réagir les gens sur 5 minutes, c’est compliqué. Faire réagir les Parisiens en 5 minutes, bon courage ! J’ai commencé le stand-up en anglais. Pour le coup, j’ai commencé à structurer mes vannes en anglais, ce qui fait que ma punch arrive beaucoup plus facilement dans cette langue. Aujourd’hui, c’est donc très difficile pour moi de restructurer en langue française. Je suis très littéraire, du coup, au lieu d’aller à la punch, je commence à sortir des choses comme : « Oui, le ciel était bleu, le soleil rayonnait. » Or, en humour, tu ne peux pas faire ça. Je suis donc en train de réapprendre la langue française en la structurant pour la vanne.

Qu’est-ce qu’un bon stand-up selon toi ?

La découverte d’une vision qui n’est pas forcément drôle à la base. Par exemple, tu peux faire ton parcours de la maison jusqu’ici et le raconter d’une manière normale. En fait, c’est la manière avec laquelle tu vas présenter la chose qui va faire que c’est drôle ou pas. À la base, quand j’écris, ce n’est pas quelque chose de drôle mais une chose qui m’inspire. Je suis beaucoup sur le détail du comportement humain, sur l’absurdité. J’adore ça car on est tous absurdes au quotidien. On fait tous des choses, on a tous des raisonnements. Un bon stand-up, c’est avoir la vision. Après, ce n’est pas quelque chose qui va forcément me et te faire rire – c’est très subjectif l’humour – mais c’est d’abord un artiste qui s’exprime et qui nous emmène dans son univers. Après, qu’il me fasse rire ou pas, ce n’est pas grave mais je veux aller dans son univers pour visualiser ce qu’il veut dire.

Le public le plus difficile ?

Sachant que je ne connais pas encore le public tunisois, le plus difficile, pour moi, c’est le Parisien. J’ai commencé dans des scènes à stand-up : tu es là, avec ton public en train de prendre un verre et qui est là pour t’écouter et rire. À Sousse, pendant le gala, je suis passée entre un cracheur de feu et un magicien. Une configuration très bizarre sachant que les deux ont fait rire le public. Moi, j’arrive et on me demande d’être habillée élégamment… or le stand up, c’est être toi-même, et au quotidien, je suis plutôt casual, sportswear, un peu androgyne. C’était donc bizarre pour moi de faire un show avec une jupe. Le stand-up, c’est toi, que ça te plaise ou non.

Comment expliques-tu le peu d’humoristes féminines en Tunisie ?

Je ne pense pas qu’il y en ait forcément très peu. Je pense qu’il y a beaucoup plus d’humoristes en règle générale en France. Là-bas, il y a 66 millions d’habitants, en Tunisie, on est 10 millions. Tout est relatif. Il n’y a pas beaucoup de stand-uppers en Tunisie ; ce n’est pas un métier reconnu. Je sais qu’il y a le Nescafé concours qui commence à promouvoir et à mette en avant cet art mais il n’est pas reconnu. L’humour est encore très réduit en Tunisie. Il y a très peu de femmes mais ça va venir petit à petit. Je ne pense pas qu’il y ait moins de femmes qu’ailleurs ; c’est juste qu’ailleurs, l’art humoristique y est beaucoup plus développé. À Paris, c’est incroyable ! Chaque semaine, tu en as 20-30 nouveaux artistes qui débarquent. Tout le monde veut faire ça. En plus, tous ceux qui n’ont pas réussi dans l’acting ou qui n’y arrivent pas, se tournent vers l’humour car c’est un moyen d’expression scénique et une bonne alternative pour eux. 

Quelles sont tes références en matière de stand-up, comédies, etc. ?

En stand up, j’ai beaucoup de respect et d’amour pour Trevor Noah. C’est un Sud-Africain qui vit aux États-Unis, a été naturalisé américain et a repris le Daily Show, une quotidienne aux États-Unis très axée politique, vie sociale, etc. C’est un humour très pointu et cet homme est vraiment talentueux. Une grande référence de par son parcours, ce qu’il véhicule et sa cool attitude. Il côtoie toutes les stars américaines et il est « still cool ». Il est humble et c’est quelque chose que j’apprécie énormément. Il y a aussi Dave Chappelle qui est une référence incontestable ; Jason Brokers, que j’aime beaucoup et qui a une belle plume. Il était d’ailleurs en Tunisie récemment ; Fary aussi. On a des femmes comme Florence Foresti, qui a son style particulier, El Fadili, qui a une énergie absolument fabuleuse, qui a une énergie solaire et à qui je souhaite une grande réussite parce qu’elle apporte beaucoup de choses. Honnêtement, j’aime énormément d’humoristes. Après, c’est vrai que mes références sont surtout aux États-Unis parce que c’est là-bas que c’est né mais je trouve qu’en France, beaucoup d’humoristes amènent leur propre touche, leur personnalité et leurs origines. C’est très beau à voir. Je regarde aussi beaucoup les sessions sur Netflix.

J’ai grandi avec la télé, j’adore ça. Je rentrais de l’école, jetais mon cartable et me mettais devant la télé. J’adore les séries ! J’ai grandi avec le Cosby Show et Le Prince de Bel-Air a bercé mon enfance. J’adore ses punchlines, ses chorégraphies et son énergie. C’est ma référence.

Et en musique ?

En matière de musique, j’écoute de tout. J’ai la chance de beaucoup voyager et j’ai un blog de voyage, « Lifestyle of an Indigene ». Récemment, j’ai été initiée à la musique ouzbèque que j’ai beaucoup aimée. Sinon, la musique orientale, Ali Riahi que j’adore, Saliha, etc. Après, je suis très fière de la scène tunisienne car on a des DJ que je trouve avant-gardistes. J’aime beaucoup aussi la scène électro-house, afro-house. Je suis également très sensible au RnB avec lequel j’ai grandi, celui des années 90-2000.

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