Rencontre avec Faten Ghriss, Tunisienne sélectionnée par la Fondation Obama pour y suivre un programme de formation

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Faten Ghriss est une jeune femme de 27 ans qui vient d’être sélectionnée par la Fondation Obama pour faire partie d’une formation adressée à 200 futurs leaders africains. Il y a un mois, l’ingénieure rencontrait le président Barack Obama à Johannesburg lors du lancement de ce programme. Un meeting très restreint, puisqu’ils n’étaient que 3 africains à avoir eu ce privilège. Derrière ce choix, quelques années de travail et beaucoup de bénévolat. Nous avons voulu rencontrer la jeune femme pour en savoir d’avantage sur son parcours qui pourrait être inspirant pour les jeunes étudiants tunisiens.

Behind the Scenes: Obama Leaders: Africa Town Hall

Go behind the scenes with President Barack Obama at our #ObamaLeaders gathering in South Africa last week: obama.org/africa

Gepostet von Obama Foundation am Montag, 23. Juli 2018

F.D.T: Faten raconte nous ton parcours universitaire ?

Faten Ghriss : J’ai commencé par un parcours classique. J’ai fait des études à l’INSAT pour être ingénieur en réseau télécom. Le premier changement qui s’est opéré a été lorsque je me suis inscrite pour une année d’échanges aux Etats-Unis. Une année qui m’a ouvert de nombreuses portes. Le programme s’appelle « Thomas Jefferson Scolarship » et il est ouvert à tous les étudiants de n’importe quel domaine. Les frais sont pris en compte par l’ambassade américaine en Tunisie. Le choix se fait sur dossier et à l’époque, en 2014, le mien a été accepté. Je suis donc partie une année durant au Minnesota, ou plutôt dans une petite ville qui se trouve à une heure et demie de Minnesota.

C’était une expérience très enrichissante. J’avais eu au départ des petits soucis pour comprendre et suivre les cours en anglais, bien que je pensais maîtriser plutôt bien la langue. Ensuite, tout s’est mis en place : la langue, les amis, les contacts, l’apprentissage etc.

F.D.T: Qu’est ce que tu as retenu de cette expérience ?

F.G : J’ai beaucoup aimé leur système basé sur le choix des cours. Tu peux par exemple suivre un ou deux cours par semaine selon ta disponibilité. Avec un maximum de 6 cours par semaine, le système te donne le temps de t’y investir en parallèle à ton travail, hobbies ou autre. Là-bas, tout le monde travaille ou fait quelque chose en plus de ses études. J’ai beaucoup apprécié le contact avec les professeurs. Contrairement à la Tunisie, tout se fait de manière fluide et accessible. Ils te donnent directement leurs mails, numéros de portables et sont disponibles quotidiennement lors de ce qu’ils appellent les « Office Hours ». D’ailleurs, j’allais souvent discuter avec eux après les cours, pour des conseils. C’est vraiment une expérience qui m’a beaucoup changé et fait réfléchir. C’est là que tu prends conscience de ce que tu peux faire réellement, de ton potentiel. Tant que tu n’investis pas en ta personne, tu ne peux pas avancer. On attend souvent que le gouvernement, les parents, les amis, les employeurs etc. nous donnent des choses, alors que le déclic vient lorsqu’on se décide à se donner ce dont on a besoin soi-même. C’est ce que j’ai appris durant mon année d’échange.

F.D.T: Durant tes études universitaires, tu as enchaîné les clubs et les associations, pourquoi ?

F.G : J’ai commencé comme tous les étudiants tunisiens à ne fréquenter la fac que pour les cours et les examens. Puis en 3eme année, j’ai compris que j’avais tout faux. Qu’il fallait bouger. J’ai donc intégré un club de télécom avec des amis duquel je suis devenue vice-présidente l’année suivante. En 4ème année, j’ai postulé pour le programme d’échange et j’ai intégré l’AISEC. J’ai essayé d’amélioré mon CV, de me concentrer sur mon développement personnel. Dans ces clubs, on apprend qu’on est là pour échanger des choses, des connaissances et non pour gagner de l’argent. C’est là que la vraie carrière se met en place.

F.D.T: Après ton retour en Tunisie, qu’est ce que tu as fait ?

F.G : Le hasard a fait qu’au retour de ce programme d »échanges, nous avions la possibilité de lancer un projet moyennant une bourse pour laquelle nous devions postuler. C’est ainsi que des amis et mois avons pensé à mettre en place l’association Young Tunisians Coders Academy. Une association pour apprendre à des jeunes et des enfants les joies du codage informatique. Pour nous, cet apprentissage allait être utile à tous les enfants même si plus tard ils n’allaient pas forcément avoir recours à l’informatique. Nous voulions apprendre aux enfants comment résoudre es problèmes avec les outils disponibles. Pour ce projet, nous avons été choisis parmi 30 candidatures tunisiennes. L’association a bien évolué en 3 ans. Aujourd’hui, nous organisons des summer camp, des compétitions régionales et nationales, et nous avons même des conventions avec des écoles privées pour partager notre programme avec les élèves.

F.D.T: Et ton travail alors ?

F.G : J’ai effectué mon PFE dans une société américaine basée en Tunisie. C’était un stage de pré-embauche. J’ai donc directement intégré la boîte après mon diplôme. C’est la-bas que j’ai appris la culture d’entreprise à l’américaine –même si les patrons sont des tunisiens qui ont d’abord lancé la boite à Atlanta, puis sont revenus s’installer ici-. On m’a responsabilisé dès le départ. J’ai fait les meetings les plus importants avec des vis à vis améicains et j’ai participé aux prises de décisions dès le départ. Il y a un peu moins d’un an, j’ai quitté cette boite qui venait d’être rachetée par un géant américain. Aujourd’hui je travaille dans une startup lancée par un jeune tataouinien qui s’appelle Instadeep. En quelques années, il a réussi à s’installer à Londres, Paris et au Kenya. Une vraie et belle expérience que j’ai le plaisir d’explorer au quotidien.

F.D.T: En parallèle, tu continues de chercher des opportunités d’apprentissage…

F.G : Oui. J’ai toujours fait ça depuis mon année d’échange en 2014. Je suis restée dans cette dynamique. J’ai été refoulée dans pas mal de candidatures [Rires…], mais j’en envoie toujours autant. Au fil du temps, les opportunités viennent à toi. Tu n’as plus à chercher. On connait ton parcours, ton réseau se met en place. C’est d’ailleurs grâce à ce dernier que j’ai intégré le Facebook For Developpers circle.

F.D.T: C’est quoi ?

F.G : C’est une communauté de développeurs dans plus de 120 villes du monde, créée par Facebook. Leur objectif étant de mettre le maximum de développeurs en contact entre eux dans le monde, de créer cette connexion. J’ai été repérée par un marocain qui faisait partie de cette communauté et que j’avais rencontré il y a quelques années lors d’une conférence. Lorsque le cercle de développeurs a été créé il a tout de suite pensé à moi pour la Tunisie. J’ai donc fait partie de l’équipe et j’ai commencé à la phase pilote, ce qui est très important et enrichissant. Aujourd’hui, nous travaillons selon les besoins de la communauté tunisienne mais nous avons des « conferance call » tous les mois et organisons ensemble des événements sponsorisés par Facebook. Ils nous considèrent comme un pays pionnier dans le cercle des développeurs. A travers cette expérience, j’ai eu l’occasion d’aller visiter leurs bureaux à Londres et d’assister à des conférences au Silicon Valley. Ca me permet de voir ce que font les autres développeurs dans le monde.

F.D.T: Et la Obama Foundation alors ? 

F.G : Cela fait partie des nombreuses candidatures que j’envoie souvent. Je l’ai d’ailleurs envoyée le jour de la deadline. Ce qui m’avait attiré c’était la formation adressée aux africains. Ils allaient choisir 200 « futurs leaders » sur tout le continent. J’ai eu le plaisir d’être choisie avec deux autres tunisiens. C’est une année de formation que nous avons entamé avec une semaine à Johannesburg en juillet. Je ne savais pas qu’Obama allait venir nous voir. Nous avions un programme chargé, auquel prenaient part plein de personnalités, dont des ministres et de grands hommes d’affaires. Nous avions des workshop, des conférences, des ateliers pratiques etc. Puis durant cette même semaine, j’ai appris que j’ai été choisie avec deux autres  sur les 200 participants, pour rencontrer le président.

F.D.T: Et il est comment le président ?

F.G : Très cool, très accessible…que c’en est perturbant. Il est venu avec son café à la main, ses lunettes de soleil, sourire aux lèvres. Il nous a posé des questions sur nos pays respectifs, ce qui s’y déroulait (loin des comptes rendu politiques) Il a aussi demandé notre avis sur son programme et comment on pourrait l’améliorer. Bref, c’était un moment d’exception. Et s’il y a un message derrière tout cela que j’ai senti, c’est ce pouvoir que nous avons à faire des choses même si cela vient d’un petit pays comme la Tunisie.