Rencontre avec Andrea Jacob, la nouvelle directrice du Goethe Institut Tunis

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Depuis un peu moins d’un mois, une nouvelle directrice vient de prendre ses fonctions au sein du centre culturel allemand, le Goethe Institut Tunis. Il s’agit d’Andrea Jacob. La jeune femme nous a accueillis dans son bureau au 6 rue du Sénégal à Tunis. L’occasion pour « Femmes de Tunisie » de s’entretenir avec la nouvelle direction et d’en profiter pour visiter ces locaux rénovés il y a de cela deux ans.

Femmes de Tunisie : Quel poste aviez-vous avant de venir vous installer en Tunisie ?

Andrea Jacob : Je suis arrivée ici le 1er mars. Je viens directement de Hambourg, deuxième ville en Allemagne. C’est une ville qui se trouve au bord de l’eau avec un grand port et qui fait presque la même taille que Tunis. J’y dirigeais le Goethe Institut également. Pour revenir un peu sur mon parcours, j’ai fait des études de lettres en France et en Allemagne puis j’ai vite atterri au Goethe-Institut pour d’abord enseigner la langue allemande au Goethe-Institut de Berlin. Puis, dans les années 90, j’ai eu ma première affectation à l’étranger au Brésil où j’ai été nommée pour la première fois directrice du centre culturel allemand en 1999.

Par la suite, j’ai été affectée en Afrique centrale, au Cameroun, une ancienne colonie allemande comme directrice du Goethe-Institut de Yaoundé de 1999 à 2004 puis directrice du Goethe-Institut de Dakar au Sénégal de 2004 à 2007 où j’ai, entre autre, géré des projets culturels et collaboré avec la Biennale de Dakar. En 2007, j’ai été nommée directrice du Goethe-Institut de Hambourg en Allemagne puis j’ai été directrice du département linguistique du Goethe-Institut de Buenos Aires.

Puis de 2014 à 2019, j’ai été directrice du Goethe-Institut en Allemagne (Hambourg) et enfin, je viens de prendre officiellement mes fonctions en tant que directrice du Goethe-Institut de Tunis depuis le 1er mars 2019.

F.D.T : Quel était le profil type des étudiants au Goethe-Institut à Hambourg?

A.J : Il y avait de toutes les nationalités. Ce sont surtout des jeunes qui ont appris que certains profils étaient les bienvenus en Allemagne : les médecins, les ingénieurs…et même des profils venant de domaines comme l’infirmerie, la kinésithérapie, la gastronomie…où des étudiants sont juste acceptés avec des brevets. Cependant, comme partout dans le monde, pour y accéder, il faut maîtriser la langue du pays. D’où l’intérêt des cours qu’offre le Goethe-Institut.

F.D.T : Après ce long parcours, la Tunisie était-elle votre choix ?

A.J : Comme pour tous les centres culturels en Europe, nous passons quelques années puis changeons de poste. La Tunisie était pour moi, un choix. Au bout des dernières cinq années en Allemagne, j’ai envoyé ma candidature. J’ai pensé que ce serait plus facile pour moi de faire mon entrée dans un pays où je maîtrise une langue, en l’occurrence le français. En Amérique latine par exemple, l’intégration était plus difficile, vu que je ne maîtrisais pas la langue espagnole.

F.D.T : Avez-vous en tête un programme à appliquer en Tunisie ?

A.J : Je pense qu’on ne peut pas venir dans un pays avec un programme préétabli. Il faut d’abord découvrir la culture du pays. Je pense que même les pays maghrébins ont des cultures différentes. Il faut donc se laisser le temps d’observer. J’ai déjà commencé avec des visites de courtoisie, en allant dans les espaces et les institutions des opérateurs culturels déjà en place. Il y a une forte coopération au niveau européen. J’ai déjà commencé avec nos homologues espagnols, anglais et français. Il s’agira aussi pour nous de donner une image réaliste et des informations concrètes sur l’Allemagne et sur l’Europe de manière globale.

F.D.T : Après une première semaine en Tunisie, quelles ont été vos premières impressions sur ce qui se passe au Goethe-Institut Tunis ?

A.J : Le local est bien placé, il est facile d’accès, lumineux, et spacieux. C’est un atout pour tout le monde, pour l’équipe du Goethe, mais aussi pour les visiteurs et les inscrits. Nous sommes ouverts 6 jours sur 7. Les gens peuvent venir le samedi pour prendre un cours d’allemand ou suivre un workshop organisé. Je trouve que c’est déjà pas mal.

F.D.T : Avez-vous envie d’ajouter des activités sur celles qu’on connait du Goethe ?

A.J : J’ai surtout envie de viser une cible pour élargie. D’établir des projets dans tous les domaines : arts, ateliers créatifs, sports etc. J’aimerais donner une image de l’Allemagne (ou de l’Europe) plus réaliste et en même temps d’expliquer qu’il y a des ouvertures et des possibilités en Tunisie, tout comme en Allemagne.

F.D.T : Trouvez-vous que les jeunes manquent d’infos par rapport au marché du travail et des études en Allemagne ?

A.J : Probablement. Nous ne sommes pas dans la famille de la francophonie, donc nous donnons des fois l’impression d’être inaccessibles. Pourtant plusieurs pays parlent la langue allemande : l’Autriche, la Suisse…l’Allemagne attire déjà des jeunes qualifiés de toute l’Europe de la méditerranée, comme l’Espagne ou l’Italie.

F.D.T : Comment se passe l’apprentissage de la langue allemande et à quel point est-ce indispensable pour aller travailler ou étudier en Allemagne ?

A.J : Il y a quatre niveaux et un teste final de certification (A1, A2, B1, B2, certificat). Il y a les cours intensifs et extensifs. Tout dépend du besoin et du temps qu’on a. Mais il faut savoir qu’il faut passer par là pour aspirer à étudier ou travailler en Allemagne. Pour les étudiants, il est évident qu’il faut avoir un bon niveau de langue. Mais pour ce qui est du travail, tout dépend du secteur et des besoins. C’est le ministère qui détermine le niveau requis. Un médecin par exemple aura besoin d’un niveau avancé car il aura à communiquer souvent avec des patients. Un autre corps de métier moins communicant aura juste besoin du niveau basique, soit le B1.

F.D.T : Le Goethe-Institut Tunis a misé ces dernières années sur les régions. Allez-vous continuer dans cette voie ?

A.J : Absolument. Nous avons déjà programmé le festival cinématographique à Tunis et Djerba. Il y a le festival des jeunes de Kasserine auquel nous prenons part à travers un atelier rap. Nous participons aussi avec un groupe rock allemand au festival de musique alternative-Sailing Stones- au Kef et puis nous soutenons les professeurs d’allemands dans les régions et proposons des bourses aux étudiants. Beaucoup d’événements décentralisés sont encore en cours de programmation. Entre temps, le jardin du Goethe continue d’être ouvert dès qu’il fera plus doux avec une série de ciné-concerts, de projections…toujours en entrée libre.

Et pour ce qui est de l’actualité, nous nous préparons pour une collaboration exceptionnelle avec la fashion week. Ce sont des architectes allemands qui sont venus diriger un workshop à l’ENAU (Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme) afin de créer le village des créateurs (5000 m²),  un projet éphémère qui se fera dans le cadre du PFE des étudiants d’architecture et de beaux arts.