La décision prise par Mme Yamina Zoghlami qui propose des séances d‘éducation sexuelle dans les programmes scolaires, nous laisse légèrement bouche bée mais rassurés. En effet, il est de notre devoir d’éduquer nos jeunes, de leur apprendre à se servir de leur corps correctement et sainement. Pourquoi cette prise de conscience ressurgit maintenant ? Pourquoi ne pas l’avoir fait les années précédentes ? Certes vous nous direz que le gouvernement a mieux à faire, il y’a plus urgent, mais lorsqu’on se retrouve devant des adolescentes séropositives ou enceintes à l’âge de 17 ans, il serait peut être temps de réagir. D’abord, qu’est ce que la sexualité ? C’est le fait d’utiliser son corps pour prendre du plaisir seul(e) ou avec d’autres personnes. La sexualité nous concerne tous dès notre naissance et évolue jusqu’à la fin de notre vie. En matière de sexualité, il existe des limites fixées par la loi, mais il n’y a pas de norme. Ce qui compte, c’est son désir personnel et le respect de l’autre, par l’écoute de son désir ou non-désir. Eviter de parler de sexualité à nos jeunes ne les rendra pas moins actifs, au contraire moins on en parle plus on en fait. Il est de notre devoir de leur enseigner le safe sex.

Chez certaines personnes, parler sexualité c’est obscène, et l’obscène est rejeté par la société. Penser sexualité équivaut à rabaisser la chair, détruire l’esprit et salir l’image de l’individu. Certes, nous sommes loin de pouvoir changer les mentalités, nous restons assez sensible et nous prenons énormément de distance face à ce sujet. La sexualité n’est pas censée être un sujet qui nous oblige à nous fermer les oreilles et les yeux par la même occasion, la pudeur n’a pas sa place quand le corps a besoin de s’exprimer. On a tendance à nous apprendre à se reproduire et non à connaître son corps davantage et d’avoir du plaisir. La majorité des personnes qui ignorent totalement les bienfaits de cette pratique adoptent l’idée de « machine à enfanter » sans pour autant chercher à atteindre le minimum de ce que le corps peut produire. Ce constat est plus largement partagé par la psychosociologue Dorra Ben Alaya : « L’épouse et la mère sont perçues comme étant des êtres dénués de désir et donc asexués. Elle sont figure de pures nourricières ». De nombreux chercheurs confirment que le désir contribue à notre longévité, et que l’état de félicité est excellent pour le système immunitaire, un plaisir physique qui favorise l’équilibre hormonal et une explosion des endorphines dans le cerveau. Nous sommes face à un problème « boule de neige », l’absence d’information qui provoque ensuite une ignorance totale de son corps, et un fiasco au sein du couple.

Les jeunes prépubères se cultivent auprès des sites pornographiques, qui est un passage obligatoire, mais ne voient en aucun cas la réalité des choses. La culture pornographique révèle un assemblage de corps où la femme est généralement soumise. Un corps féminin destiné à assouvir des besoins et parfois des scènes d’une violence hors du commun. L‘école est censée nous apprendre comment nous comporter, à devenir des adultes responsables et riches d’esprit, il est de son devoir d’enseigner à ses jeunes comment se protéger correctement. Il faut se rendre dans les hôpitaux et plus précisément dans les services de gynécologie pour se rendre enfin compte que les adolescents et parfois même les adultes, manquent d’informations et ce n’est pas de leur faute. On ne cessera de dire que plus on informe moins il y’aura de conséquence graves et irréversibles. Les médecins se retrouvent souvent devant des patients, qui ignorent totalement le contenu de leur zone génitale, est-ce normal au 21ème siècle de ne pas connaître son corps. Outre le fait de devoir guérir, ils se retrouvent à faire « l’éducateur sexuel » pour leur apprendre le b. a- ba. Heureusement que certaines associations comme l ‘Associa-Med qui dispose d’un comité « SCORA » (lutte contre les IST/ Sida, spécialisé dans la santé reproductive) agit sans cesse et se déplace dans les régions défavorisées en Tunisie pour faire évoluer les choses.

Safia Ounaies
Etudiante en développement du monde de l’Art contemporain et performeuse