Portrait Zeineb Melki: Chapeau bas!

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 Avec une voix rassurante mais imposante, un joli minois et de grands yeux noirs plein de malice, Zeineb Melki exprime toute sa curiosité du monde à travers les défis qu’elle continue de se lancer chaque jour depuis sa décision de faire des médias son univers.

La belle brune n’était pourtant pas consciente de cette passion qui était certainement enfouie. «On me disait : on t’a toujours vu faire ça. Et au fait, j’ai oublié que j’avais fait partie de la radio du collège, du lycée, puis celle de l’IHEC.» C’est ainsi que Zeineb Melki, animatrice et productrice radio à IFM et directrice du festival « Juste Pour Rire » présente sa passion radiophonique.

Entre les études commerciales et la radio, il y a juste un pas et une chance que Zeineb choisit de saisir. Son diplôme à l’IHEC, elle l’obtient en 2010. C’est pile l’année où Express Fm est lancée. «C’est une copine qui a fait le même parcours que moi et qui venait d’intégrer l’équipe marketing d’Express Fm qui m’a parlé d’un casting animateur pour cette nouvelle radio », me raconte la jeune femme.

Les débuts à Express Fm

Habituée à toujours travailler et étudier en parallèle, Zeineb se décide à prendre un ou deux mois de vacances et de participer à ce casting. C’est Najoua Rahoui, la directrice d’antenne du moment, qui lui fait passer le test. « Après la rencontre, j’ai eu droit au fameux «on te rappellera».  J’étais alors sûre que je n’allais pas être prise. Mais quelques jours plus tard, j’ai été rappelée pour travailler sur un nouveau concept mais surtout pour effectuer une période de simulation de 15 jours.»

Zeineb Melki passe alors le plus dur des tests d’admission à l’univers très select des médias. Simulation, écriture radiophonique, direct, reportage, terrain etc. «Pendant 15 jours, j’ai eu envie de rentrer chez moi et de ne plus revenir. Najoua était dure avec moi. Je n’étais pas habituée à l’arabe. Elle me demandait d’écrire une heure d’antenne au mot et en dialecte tunisien. Elle avait tous les jours des remarques à me faire. Aujourd’hui, je sais qu’elle avait raison, et qu’elle m’a transmis le métier sur des bases solides. »  

Animatrice/reporter pendant 6 mois, Zeineb Melki a eu droit à sa formation complète.  Couverture de meetings et autres manifestations post-révolution. Elle est entourée des meilleurs et apprend de chacun d’eux : Najoua Rahoui, mais aussi Karim Ben Amor  « Avec lui  je n’ai appris qu’un seul mot : Tsarref ! (débrouille toi). Et c’est ainsi que j’ai appris à me débrouiller toute seule et à être responsable de mon émission du début à la fin. »

Avec beaucoup de potentiel, et une carrière qui se met lentement mais sûrement en place, elle n’hésite pas à apprendre de tous ceux qui l’entourent à Express FM, même les jeunes collègues : « Rim Saidia est excellente, je la vois faire de grandes émissions avec beaucoup de justesse, de finesse et d’éthique. Wassim Bel Arbi est pour moi l’un des plus grands producteurs. Je suis aussi admirative devant Walid Berrhouma, qui a une grande culture générale. »

Pour Zeineb Melki, tout apprendre veut dire tout faire. Et à Express Fm, elle dit ok pour tout. Elle switche entre les créneaux : culture, économie, musique, actualité, politique.  «Nous étions une équipe réduite et tout le monde était obligé de remplacer tout le monde. Au final, tu es fatiguée mais tu apprends beaucoup. »

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Chapeau Bas

Pourtant, son dada c’est la culture, la musique, ou plutôt l’art de mettre en valeur les travaux des autres. Pour Zeineb, de nombreuses œuvres tunisiennes restent malheureusement à l’ombre car le pays manque de reconnaissance. « On nous a vendu des modèles qui ne sont pas au niveau. Nous devons avoir des icônes pour nos jeunes. En Tunisie, si tu poses la question à un jeune sur sa personnalité modèle, il te répondra par un nom étranger. Alors qu’il y a des gens qui ont proposé honnêtement des travaux énormes. » Et c’est ainsi que pour rendre à César ce qui lui appartient, Zeineb se décide à lancer « Chapeau Bas », la chronique  qui tire les portraits des personnalités tunisiennes marquantes : Fadhel Jaibi, Mahmoud El Messadi, Bayou, Ezzedine Alaia, Aziza Othmana, Moncef Bey, cheikh Afrit, Nejib Khattab etc. « J’ai voulu travailler cette chronique pour que les gens comprennent qu’ils appartiennent à une grande nation et que eux aussi ont un devoir envers cette nation» m’explique t-elle.

Mais c’est une rubrique qui demande beaucoup de recherches, beaucoup de temps. «Je suis fan d’histoire. J’ai fait pas mal de lectures sur ça. J’ai demandé à Wided Ben Yahmed de nombreux livres sur les Tunisiens et la Tunisie. J’ai pris le temps de lire, ensuite j’ai fait de la recherche croisée : j’ai lu des articles, des livres, j’ai écouté les interviews, le tout autour d’une même personnalité. Ensuite, j’ai recoupé les infos.»  Un travail qui ne demande pas moins de 5 heures de travail pour chaque épisode, « Chapeau Bas » devant être prêt tous les jours avant 5 heures du matin pour une diffusion dans la matinale du jour.

D’ailleurs si Zeineb hésite aujourd’hui à lancer la deuxième saison, ce n’est pas par manque de personnalités à présenter mais c’est parce que physiquement le travail est éprouvant. « On me demande de la filmer, de mettre des photos, de faire des interviews famille, des formats qui peuvent passer à la télé.  Mais pour cela, il faut une équipe de production et non pas une seule personne. »

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Direction d’antenne à IFM

Quand l’expérience de la jeune femme atteint sa limite à Express Fm, elle commence à chercher ailleurs. Et elle sait ce qu’elle veut : de l’impact.  Zeineb a la bougeotte, est speed et veut tenter de nouvelles expériences mais en misant sur un cheval gagnant. Pour elle, c’est IFM. « Au bout de 3 entretiens, on m’a proposé la direction d’antenne. L’équipe était jeune, j’avais 5 ans d’expérience et la radio était en deal pour un partenariat avec des chaînes étrangères ; NRJ, Virgin. J’avais le profil. Alors j’ai accepté. »

Pourtant Zeineb Melki regrette son choix lorsqu’elle comprend très vite qu’elle n’a pas les qualités managériales. Un métier qu’elle qualifie de difficile. « Il faut accepter de se faire détester pour prendre les bonnes décisions. Moi je n’y arrive pas pour le moment. Et puis direction d’antenne et antenne, ça ne va pas ensemble. C’est pour cela que j’ai préféré reprendre le micro.»

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Le festival Juste pour rire

Pour Zeineb Melki, le métier des médias regorge de défis et le festival « Juste pour Rire » en est un qu’elle a vite accepté de relever. Et quand le DG d’IFM part à la rencontre de l’équipe « Juste Pour Rire » au Canada, Zeineb est là pour soutenir cette aventure. «Il faut faire de grandes choses pour le pays. Le rire comme acte de résistance pourquoi pas ? On a eu beaucoup de difficultés à mettre ce festival en place mais on ne voulait pas le décaler d’une année.» Pour la jeune femme, les Tunisiens continuent de sortir de faire la fête, de résister. Et c’est cette image là qu’il faut véhiculer à l’étranger à travers ce genre d’événement international.

«Aujourd’hui, il faut pousser le pays à réfléchir sur le fait que l’événementiel est l’un des piliers du tourisme et que ça n’a rien à voir avec la culture. Pour cela, IFM va donner de la crédibilité. On va défendre une programmation qui se respecte. Certes on ne va pas se comparer à Jamel Debbouze, qui lui a tout un pays derrière lui, mais on y croit. On va y arriver et faire du solde out.» Conclut la belle voix d’IFM.

Chiche !