Tout en discrétion, Souhir Ben Amara enchaîne les succès à la télé comme au cinéma. Celle qui a su très jeune qu’elle voulait intégrer le monde du 7ème art, en est devenue une véritable icône en Tunisie. A l’affiche d’ « Al Jaida » de Salma Baccar et de « Chitane El Kayla » de Moez Kamoun, Souhir Ben Amara fait parler d’elle. Pour autant, la comédienne ne joue pas les divas du grand écran. « La star numéro 1 en Tunisie », c’est ce que l’on peut lire sur l’affiche du film de Moez Kamoun. Mais Souhir s’en défend. Elle n’était même pas au courant du choix de cette accroche. Pour elle, il n’est point question de « star attitude ». « Je ne pense pas à la célébrité. Je fais vraiment abstraction du fait que je suis comédienne et que le grand public me connait. Je vis ma vie au quotidien de manière tout à fait normale. » m’explique-t-elle, alors que nous nous attablons à un café de quartier pour boire un café à 1 dinar.

Portrait d’une comédienne qui se dévoile tout en douceur.

Une enfance calme en France

Cette douceur émane peut être d’une enfance calme vécue en France. Fille de diplomate, Souhir Ben Amara passe les six premières années de sa vie en banlieue parisienne. Elle garde encore en tête le souvenir de ce bocal de neige française qu’elle ramène avec elle en Tunisie lorsque sa famille opère son retour définitif. Un retour qu’elle ressent au début comme un arrachement. Après un démarrage difficile à l’école tunisienne, la petite fille s’acclimate petit à petit au pays. « Et je me rappelle que vers 8 ou 9 ans, je me passionnais déjà pour les arts. J’aimais participer aux fêtes de fin d’année. Puis au lycée, j’ai fait du théâtre scolaire.» se souvient la comédienne.

Le baccalauréat en poche, Souhir Ben Amara sait déjà ce qu’elle veut faire. Dans la famille, tout le monde prend plutôt bien le choix de la jeune femme de faire des études cinématographiques.  « Exceptionnellement, dans notre famille, nous poussons chacun à faire ce qu’il veut dans la vie. C’est pour cela que mon choix de suivre une carrière artistique malgré les difficultés du secteur en Tunisie, a été bien pris. » 

C’est à l’Institut Supérieur des Arts Multimédia (ISAM) de La Manouba que Souhir Ben Amara poursuit ses études. Là-bas, elle côtoie les professionnels du 7ème art, apprend les ficelles du métier et prête même son visage angélique aux projets de fin d’études. « On m’appelait ‘Souhir Raccord’ » se souvient en riant la jeune brune. « J’ai toujours aidé dans les projets de fin d’études des étudiants et ce, depuis ma première année à l’Institut. »   

« Dix courts pour une cause » et « Maktoub »

La première expérience professionnelle de Souhir Ben Amara se passe en 2007 à travers le festival « Dix courts pour une cause » qui regroupe le travail de dix réalisateurs autour d’une cause. Elle y joue son premier rôle pour la réalisatrice Insaf Arafa. La jeune femme se plaît dans cet univers cinématographique et prend plaisir à être devant la caméra. Un an plus tard, c’est la télé qui lui fait de l’œil. « Ou presque…J’avais eu vent du casting pour le feuilleton « Maktoub ». J’avais besoin d’argent pour financer mon projet de fin d’études. J’y suis allée au dernier jour. Les premiers rôles étaient déjà pris. Mais j’avais fait une très belle impression. Si bien que l’on m’a appelée le jour même pour me dire que j’avais le rôle de Lili. –On verra ce que l’on pourra faire avec toi par la suite- m’a-t-on dit. »

Nouri Bouzid, révélateur de talents

Souhir Ben Amara crève le petit écran et le rôle de Lili, bien que secondaire, marque le public tunisien et intéresse les professionnels du secteur. Le nom de Souhir commence à se faire connaître. Elle enchaîne les castings et joue pour la télé et au cinéma. On la voit dans la série « Choufli Hal » et dans le film « Always Brando » de Ridha Béhi. Cependant, son premier rôle révélateur reste celui de Aicha dans « Mille Feuilles ». Souhir Ben Amara a le rôle principal dans le film de Nouri Bouzid, rien que ça ! La jeune femme sait que c’est une occasion en or. Elle se donne à fond pour être dans la peau de Aicha, une tunisienne voilée, âgée de 27 ans. Aicha subit des pressions de son patron pour abandonner son voile, au même moment où sa cousine, Zeineb qui travaille avec elle au même restaurant, subit celles de son fiancé qui, lui, veut lui imposer le voile. Le film est un succès immédiat et Souhir Ben Amara est propulsée sur le devant de la scène. « C’était une expérience extraordinaire. Le personnage de Aicha est assez complexe et c’est cela que j’ai aimé. J’ai longtemps attendu cette expérience que je savais riche. Nouri Bouzid est de ces réalisateurs qui aiment prendre leur temps avant de passer au tournage. Il te parle du personnage un an durant, voire plus. Cela fait peut être partie de sa manière  de diriger les acteurs, de jouer sur cette attente afin de faire surgir le meilleur de ses acteurs à l’écran. »

Sortie de sa zone de confort, Souhir Ben Amara aime pousser ses limites en jouant des rôles qui sont loin de sa personne et de ses principes. « Plus je m’éloigne de ce que je suis, mieux c’est. C’est là où ça devient intéressant. J’essaie de voir vers quoi le réalisateur veut aller. J’use de mon vécu et de mes observations. Je prends mon temps pour habiter le personnage. Lors du tournage, je suis Aicha par exemple. Je mets son voile d’une manière automatique avec les tics d’une vraie voilée. Je m’entraîne pour que le geste soit naturel. Le cinéma, c’est de la broderie et des détails. »  

Premier grand rôle à la télé

Après le carton de « Mille Feuilles », Souhir Ben Amara décide d’acquérir un public plus large, celui de la télévision nationale. Des milliers de téléspectateurs découvrent alors Souhir dans le rôle de Donia dans  le feuilleton ramadanesque « Yawmiyet Emraa ». Elle est cette jeune femme issue d’une famille aisée qui tombe amoureuse de Fehmi, un réparateur de téléphones portables. Personnage tragique et sensible,  Donia attire l’empathie du public. Le nom de Souhir Ben Amara devient officiellement public. « Pour moi, le feuilleton est une autre porte ouverte. Forcément, lorsqu’on atteint le grand public, on est content, c’est un saut dans la carrière, un grand marquage. Avec la télé, on est dans la mémoire collective des téléspectateurs durant des années. C’est important que les gens retiennent ton nom. »

Actrice à succès, les compétences de Souhir Ben Amara ne sont plus à prouver. Pourtant, elle reste assez loin du théâtre. Choix délibéré ? « J’en ai un peu fait. Mais je pense qu’il faut des formations spécifiques pour les professionnels afin de maîtriser le 4ème art. Ce qui manque cruellement en Tunisie. Il n’y a pas assez de workshops pour les acteurs. Le Théâtre National l’a dernièrement fait et c’est tant mieux. Le théâtre ce n’est pas la caméra et vice versa. Celui qui est habitué au jeu du corps, à la scène et aux spectateurs qui se trouvent à 100 mètres aura du mal à jouer avec une caméra à 50 centimètres. »

« Al Jaida » et « Chitan El Kayla »

Et en attendant de prendre son temps pour entrer de plein pied dans le monde du théâtre, Souhir Ben Amara se plaît à enchaîner les rôles sur grand écran. Les précédents mois, le public la découvre à nouveau dans deux longs métrages, Al Jaida et Chitan El Kayla. Un franc succès pour le premier, un échec pour le deuxième. La brune vit bien les deux résultats. Elle n’est pas déçue par les critiques sur le dernier Moez Kamoun. « Je ne comprends pas les gens qui sont déçus par l’échec d’un travail. On ne peut pas avancer si on l’est. Moi je le vis normalement, même si j’avoue que ça fait un peu mal. J’essaie de me mettre à la place du spectateur et de comprendre ce qu’il n’a pas aimé. Après, il faut savoir que dans le monde entier, il y a des films qui sont appréciés par les critiques professionnels et qui sont un vrai flop chez le spectateur. Sans aucune comparaison, mais regardez « The Last of us » de Ala Eddine Slim et tous les prix qu’il a eu. Sa sortie était un échec total. »

Souhir a la tête sur les épaules. Elle sait surtout qu’il y a derrière elle un petit bout de chemin couronné de succès. Al Jaida, pour ne pas remonter très loin se joue à guichet fermés depuis début novembre. Aux côtés d’une pléiade d’artistes de renom (Wajiha Jendoubi, Fatma Ben Saidane, Taoufik Ayeb, Raouf Ben Amor, etc.), Souhir y tient le rôle de Leila qui se rebelle contre sa vie de couple et son insatisfaction sexuelle avec un homme plus âgé. Elle se retrouve à Dar Jouad, maison de correction pour femmes dans les années 50. « Je pense que j’ai toujours joué des personnages tragiques. Et celui là avait beaucoup d’épaisseurs. C’est un personnage qui se dévoile par couches. J’aime ce travail de profondeur. Je n’aime pas les personnages dispersés, qu’on lit facilement, qu’on comprend rapidement. Je pense que les réalisateurs voient en moi le travail qu’ils pourront faire sur les non-dits…beaucoup plus que sur les dits. »

C’est d’ailleurs un peu le point commun que l’on trouve entre Souhir Ben Amara et les personnages qu’elle choisit de jouer. La jeune femme se laisse découvrir par couches, en douceur, ne se dévoile jamais assez. Du moins, c’est l’impression qu’elle donne. Sa carrière aussi se trace en petits bouts de chemin empreints avec beaucoup de précaution. Son rôle rêvé ? « J’espère me trouver dans une comédie noire, un peu dans le style de Woody Allen. Je veux essayer le registre comique de caractère. » Et jouer à l’étranger alors ? « Je voudrais bien m’essayer à une expérience internationale…plus qu’arabe. Cependant, si un beau travail cinématographique égyptien se présente à moi par exemple, je ne refuserais ça pour rien au monde. »

La jeune et jolie a encore en tête beaucoup de défis à relever en temps et en heure. « Dont un premier travail en tant que réalisatrice. Car c’est ce que je suis de formation. Mais pour le moment, j’ai encore envie de tourner. Il y a quelque chose d’inachevé dans mon parcours. »

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