On l’aime pour son talent, sa présence, mais surtout pour son franc-parler et son ton sarcastique. Saoussen Maalej a accompagné toute une époque des médias tunisiens et a marqué la génération Y avec ses rôles de fictions sur les plateaux de Canal Horizons et Nessma. Saoussen Maalej, grande guerrière mais aussi grande survivante d’une période qui a vu fleurir de nombreux talents. Certains ont changé de carrière, d’autres ont préféré se retirer du paysage médiatique actuel qui ne correspondait plus à leur vision de la profession. Saoussen Maalej est quant à elle là, toujours jeune et fraîche, prête à changer de rôle switchant de la sitcom au feuilleton dramatique en passant par les comédies. « Affreux, Cupides et méchants », « Happy Ness », « Naouret Lahwe »…et aujourd’hui « Regarde-moi ». Ses apparitions sont peut être ponctuels ces dernières années, mais elles sont surtout marquantes. Saoussen Maalej nous en parle le plus naturellement possible lorsqu’elle passe chez nous à FDT pour une rencontre-confidences.

Pourtant rien ne prédisposait Saoussen Maalej à une carrière de comédienne. Plus jeune, elle était surtout portée sur la musique et le sport. Elle pensait même en faire son métier, mais l’entourage la poussera à entamer des études de droit afin d’éviter la galère des métiers d’art ou de sport. « Je suis littéraire, mais à l’époque je n’avais pas beaucoup de choix. Mais j’ai tout de même commencé à travailler jeune. A 17 ans, il fallait que j’aide ma mère. J’ai donc fait des métiers ponctuels. J’étais tour à tour mannequin ou street marketteuse, j’ai fait les salons d’autos et autres jobs liés à la publicité. »

Crédit Photo: Sabri Ben Mlouka

La pub, le cinéma et la télé

Nous sommes au début des années 90 et en Tunisie, la période est marquée par l’avènement de la pub, sous toutes ses formes. La jeune Saoussen Maalej enchaîne les petits boulots et fait alors connaissance avec Brahim Ltaief, dirigeant alors une boîte de publicité nommée « Long et Court ». « J’ai connu Brahim à travers une annonce dans un journal. Il cherchait des jeunes qui savaient faire du vélo pour une campagne de vélo-pub. Et c’est là que je me suis nouée d’une grande amitié avec lui. Brahim Ltaief a tout de suite capté mon potentiel et mon tempérament de rebelle. » 

Durant cette période, Saoussen Maalej continue ses cours de droit et pratique le chant à la Rachidia. « Mais je savais que je ne voulais pas bosser dans ce secteur et que ce que je percevais du chant comme choriste était peu. Alors petit à petit, j’ai abandonné les études universitaires et La Rachidia pour me consacrer au domaine qui commençait à me passionner : l’art et les métiers de la scène. »

Lorsque Saoussen met un pied dans la boîte de Brahim Ltaief, elle y développe son réseau. C’est d’ailleurs au bureau de Brahim qu’elle fait la connaissance d’artistes comme Naoufel Saheb Ettabaâ, Dorra Bouchoucha, Mohamed Ali Ben Jemaa, etc. « Je pense que j’ai vraiment cherché à connaître ce monde. Je faisais toutes les annonces des journaux à la recherche d’éventuels casting. J’ai réussi à faire un peu de figuration ça et là et j’ai mis petit à petit un pied dans l’univers du cinéma. » avoue Saoussen. Bien révélée au grand public à travers l’émission « Shams Alik », les premiers pas de la jeune femme sont plutôt dans le cinéma. Elle joue d’ailleurs dans le court-métrage de Brahim Ltaief « Un rire de trop » avant de passer à la télé. « C’est comme ça que j’ai commencé à faire la différence entre ces divers métiers : cinéma, vidéo, etc. »

Shams Alik

L’expérience Shams Alik viendra donc après les premiers pas de Saoussen Maalej dans le cinéma. A l’époque, la jeune femme passe le plus clair de son temps au bureau de « Long et Court ». C’est ainsi qu’elle apprend l’ouverture du casting pour la nouvelle saison de « Shams Alik ».

L’émission qui se veut à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, tire son originalité de son ton satirique et de ses idées farfelues. Dans « Shams Alik », on bascule facilement de la mise en scène au reportage en passant par les jeux de rôles dans les espaces publics. Nejib Belkadhi flaire alors le potentiel de la jeune femme et lui confie le rôle qui remplace Amel Smaoui. « J’avoue que ce n’était pas un cadeau. J’ai beaucoup galéré à mes débuts. Il y avait déjà une dynamique de groupe préinstallée et moi -qui venais d’un tout autre monde- je ne savais pas trop ce que je devais faire. »

Dans Shams Alik, il fallait avoir cette fibre de la dérision, voire de l’autodérision, mais surtout le mental pour se jeter dans la rue et faire le fou. Néjib Belkadhi qui était aux commandes programmait le script de chaque émission. « Au début, les reportages n’ont pas vraiment fonctionné, et le courant n’est pas du tout passé. Je ne connaissais pas le rôle exact d’un metteur en scène ou d’un réalisateur. Je trouvais que Nejib avait beaucoup de prérogatives. Un jour où je suis arrivée en retard sans l’accessoire demandé par Nejib pour pleurer devant la caméra, il y a eu une altercation entre nous. Il a alors décidé de la faire à la méthode brechtienne. Et sans glycérine, je me suis retrouvée au bord de la plage, visage au vent, à tenter de pleurer sans artifices, sans outils. Et c’était le défi qui a fait basculer nos rapports. »

En plein hiver, le vent et le froid aidant, Saoussen puise dans son intérieur pour pleurer à chaudes larmes. Une prestation qui impressionnera Nejib Belkdhi. Ce dernier capte de suite le potentiel de comédienne de la jeune femme et lui confie tous les plateaux de fiction de « Shams Alik ». Pour Saoussen, c’est le déclic et le début d’une longue et belle aventure dans l’univers de l’audio-visuel.

A travers les émissions tournées, les petits rôles au cinéma, Saoussen Maalej découvre petit à petit la beauté de ce monde artistique qui l’entoure. « J’aime ce côté frais avec chaque nouveau projet, chaque nouveau départ, chaque nouveau personnage, ce travail d’orfèvrerie, le volet psychologique, le volet technique, les caméras, les lumières… »

Crédit Photo: Sabri Ben Mlouka

Le service public

Pendant un moment Saoussen Maalej se délecte des plaisirs de cette période avant d’entamer celle du « service public ». Lorsque la chaîne Canal Horizons ferme boutique, une partie des animateurs est récupérée par la chaîne publique Canal 21. C’est l’occasion pour Saoussen Maalej de découvrir cet univers. Et malgré les nombreuses failles du service public, Saoussen avoue avoir beaucoup appris de cette expérience. « J’ai été appelée avec Elyes El Gharbi, Moez Ben Gharbia ou encore Karim Ben Amor et à l’époque c’était Raouf Basti à la tête de l’établissement. J’ai appris à tout manier et à être sur tous les fronts et tous les plans. Malheureusement, je ne pouvais pas continuer dans cette voie. Il n’y avait rien qui pouvait fleurir à canal 21 puisque la chaine se faisait écraser par les autres. Alors j’ai préféré quitter le navire à la titularisation. »

Après avoir fait le tour à Canal 21, tournage, montage, prod, livraison, etc. Saoussen Maalej entame des stages en tant que comédienne avec Fadhel Jaibi, Nawel Skandrani et les ateliers d’écriture de scénario. En parallèle, elle se produit un peu partout durant les années 2000. « Je commençais à devenir la petite figure montante du cinéma en campant des rôles intéressants avec Mohamed Dammak, Moez Kamoun, Abdelatif Ben Ammar… »

Durant ces années, Saoussen Maalej devient la coqueluche du petit et du grand écran. On la voit également sur Nessma dans le talk show « Ness Nessma », jouant des rôles de fiction- celui de Anissa Poussette, Sassia ou encore madame Gabsi.

Lorsque je demande à Saoussen les raisons de ses absences ponctuelles ces dernières années, la jeune artiste déplore un marché plutôt orienté vers un autre style de production. « J’ai basculé sans le vouloir dans un chômage qui a duré près de deux ans. On me disait : ce n’est pas un projet pour toi. Ou alors on cherchait des profils plus faciles à manier. Moi je traite avec des producteurs exécutifs et non pas avec les chaînes directement. Alors quand un projet comme « Yawmiyet emraa » m’est proposé par Mourad Ben Cheikh, je ne peux que dire oui, car cela correspond à ma démarche personnelle. »

Le feuilleton qui fut l’un des succès de la Wataniya 1 n’a malheureusement pas été reconduit et l’année suivante ce fut « Naouret Lahwe » qui a été proposé. Feuilleton auquel Saoussen a pris part les deux premières saisons, « j’ai refusé la troisième saison car on me demandait de signer un contrat sans scénario prêt, alors que je voyais clairement que le feuilleton prenait une autre tournure sur fond mafieux. »

Malgré ce ralenti de production télévisuelle, Saoussen Maalej préfère jouer local et attendre de choisir le bon scénario, la bonne proposition. Elle continue de travailler avec les professionnels qui lui font confiance, les amis, les anciens collègues, les Nejib Belkadhi, Brahim Ltaief, Madih Belaid… « Aujourd’hui, je ne peux pas me contenter de trouver quelqu’un pour s’occuper de moi et faire la belle dans une sitcom des années durant. Malheureusement, certains producteurs préfèrent faire appel à des poupées sans expérience et qui vont exécuter le travail à moitié prix. C’est aussi ça la réalité du marché. »

Malgré tout, la comédienne avoue que sur le plan cinématographique les choses changent et que la nouvelle génération est entrain de réaliser un rebond en prenant les rennes du métier.

Crédit Photo Sabri Ben Mlouka

Look at me

Depuis Lala Zoubeïda Ouaness de Yahia Mouzahem en 2015 et Hezz Ya wezz de Brahim Ltaief en 2013, Saoussen Maalej n’a renoué avec le cinéma que dernièrement avec le film de Nejib Belkadhi actuellement dans les salles. La jeune femme y retrouve d’ailleurs sa famille artistique. « Avec Nejib, il y avait comme un rendez-vous manqué toutes ces dernières années. J’ai failli jouer dans Bastardo et cela ne s’est pas fait et il y a eu tant d’autres projets ensemble qui ont été avortés. Pour « Regarde-moi », Nejib m’a dit que j’étais déjà pressentie pour le rôle de Khadija alors que le projet était encore en cours d’élaboration. »

Lorsque Saoussen reçoit le scénario, elle le relit deux fois de suite et la magie opère. C’est le coup de cœur pour cette histoire du père et sa relation avec son fils autiste. « J’ai vraiment pleuré en obtenant le rôle. Confie-elle, je pense que le rôle était parfait et puis aussi parce que j’attendais impatiemment de jouer à nouveau avec Nejib.  J’ai d’ailleurs retrouvé toute l’énergie de Propaganda Productions comme du temps de Canal Horizons et Shams Alik. »

Si Souessen Maalej est consciente de son potentiel de comédienne, elle a pourtant ce recul qui lui permet de juger lorsque le produit fini n’est pas un franc succès. Alors quid de « Regarde-moi » ? Un film réussi ? « Je pense que c‘est un film qui a une belle histoire. Et quand je me positionne de l’extérieur, ça me rassure. Nous avons soif de ce genre de film réellement familial. Et lorsque le projet vient de quelqu’un comme Nejib Belkadhi qui fait vraiment du cinéma et non des sujets sur commande, je pense que le résultat ne peut être que bien. » conclut l’artiste.

« Regarde-moi » de Nejib Belkadhi avec Nidhal Saadi, Driss Kharroubi et Saoussen Maalej, dans les salles de cinéma à partir du 11 novembre 2018