Portrait de femme: Mika Ben Miled

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1934

Mika Ben Miled a vécu plusieurs vies. Elle a créé des vêtements, des meubles,des tissus, des jeux, des livres avec toujours le même regard: celui qui, tourné vers l’arrière, sait se projeter loin devant. Lorsque Mika détourne les yeux, on imaginequ’elle a en tête cette année 1963 où elle met les pieds pour la première fois à Tunis au sein d’une équipe de tournage. Tout de suite, la jeune Marseillaise tombe amoureuse du pays et épouse un Tunisien issu d’une famille d’architectes, qui serale père de ses deux garçons: «Le pays m’est tombé dessus, j’ai fait des racines dans tout le territoire, car je tournais partout pour les tournages.» Mika a intégré la Radio télévision tunisienne (RTT), créée en 1966, pour y lancer le service montage;c'est elle qui montait pour la télévision les discours-fleuves de Bourguiba…Depuis quelques années, Mika Ben Miled a choisi de créer sa propre maisond d'édition, Carthaginoiseries.


Femmes de Tunisie: D’où vous est venue cette vocation, cette idée:
Mika Ben Miled: Je suis monteuse de films de profession, donc technicienne, et curieuse de l’Histoire, particulièrement de celle de la Tunisie, un pays que je connais bien et dont j’ai fouillé aussi les paysages, l’artisanat et les techniques… Aussi,après avoir publié de-ci, de-là, quelques articles et livres, et après pas mal (disons) d’irrespect de la part des éditeurs, j’ai décidé sur le (très) tard de créer ma propre maison d’édition. Je continue mon métier de monteuse en “montant” des textes et des images pour en faire des livres, seule avec mon Mac et tranquille. Mon but est de faire découvrir, partager, ce que j’ai découvert moi-même, en publiant des textes anciens, oubliés, ou modernes et contemporains, en ayant la prétention de faire des “éditions populaires”, utiles et accessibles pour les lecteurs tunisiens curieux comme moi.


F.D.T: A qui auriez-vous aimé ressembler quand vous étiez petite?
M.B.M:
Aux Indiens à cheval qui attaquent les cow-boys à coups de flèches. Je lisais beaucoup ce genre de trucs.

F.D.T: Racontez-nous votre parcours.
M.B.M:
Je viens à Tunis à l’occasion d’un tournage de film qui me permet de découvrir le milieu culturel de l’époque et aussi une bonne partie des régions et des paysages. J’y reste et je deviens mère de famille. J’étais déjà technicienne de cinéma à Paris, donc je poursuis mon métier ici avec les débuts de la Télévision tunisienne, la Satpec, et en formant aussi pas mal de techniciens. Puis je “fouille” l’artisanat en cueillant des objets un peu partout et je fais un magasin dans le souk de la médina et un autre de tissages à Carthage. A Tunis, ce qui est sympa, c’est qu’on a la possibilité de créer pas mal de choses.


F.D.T: Comment faites-vous pour concilier vie familiale et vie professionnelle?
M.B.M:
C’est assez difficile avec le travail, la maison et les petits-enfants. Le regard des hommes dans le cadre professionnel? Excellent, j’étais le chef (rires) !


F.D.T: Vous changeriez quoi en vous si vous aviez une baguette magique?
M.B.M:
Moins de difficultés matérielles, on est passé par des périodes un peu difficiles.

F.D.T: Que pourriez-vous dire de plus négatif sur vous?
M.B.M:
Je me découvre trop naïve, prenant mes désirs pour des réalités, ce qui m’entraîne à pas mal d’erreurs de comportement et même de bêtises.

F.D.T: Que pourriez-vous dire de plus positif sur vous?
M.B.M:
Bosseuse et enthousiaste. Rigolote et sympa. Enfin, j’espère!

F.D.T: Si votre vie était à refaire, qu’est-ce que vous changeriez?
M.B.M:
Fok aaliya!

F.D.T: Qui avez-vous envie d’épater le plus?
M.B.M:
Tout le monde et moi avec.

F.D.T: Quelles sont vos ambitions futures?
M.B.M:
Pourvu que ça dure.

F.D.T: Qu’est-ce que la vie vous a appris?
M.B.M:
Qu’il faut de la patience, mais je n’en ai pas encore.

F.D.T: Qu’emporteriez-vous de Tunis sur une île déserte?
M.B.M:
La lumière, puisque j’aurais déjà la mer.

F.D.T: Votre plat préféré?
M.B.M:
Le couscous au osban.

F.D.T: Votre film préféré?
M.B.M:
Lola Montès réalisé par Max Ophüls.

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