Portrait de Douraid Souissi-photographe-: “ça a toujours été mes amis qui m’ont encouragé à exposer”

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Chaque fois, nous nous penchons sur un profil particulier, un parcours intéressant, voir intrigant ou atypique, un homme qui a en plus de sa qualité de mâle, le petit plus qui fait que c’est lui notre mec du mois et pas un autre. Cette fois-ci, nous l’avons choisi artiste, passionné, ambitieux et surprenant…et puis pour ne rien gâcher bel homme.

Parce qu’il a pensé à sillonner le Kef et ses environs, parce qu’il a vu en des gouttes ce que d’autres n’ont pas vu, et parce qu’il est philosophe dans ses tréfonds et commerçant de son background, nous avons choisis de vous présenter Douraid Souissi.

Du commerce, de la philo et de la photo

La rencontre se fait spontanément. L’artiste est de ces photographes qui ne se prennent pas trop au sérieux même s’il reste conscient de son talent. Avec lui, le contact est facile, l’approche est sympathique et le discours fluide. Douraid me raconte ses années universitaires aux Etats-Unis qui ont précédé son retour en Tunisie et sa décision de virer photographe professionnel au bout de 10 mois de travail en tant que consultant informatique : « Au lycée, je n’étais pas trop porté sur les études, mais j’avais un petit faible pour tout ce qui était en rapport avec l’art et la philosophie. Alors quand je suis parti en 1998 à Boston poursuivre des études de commerce (car c’était le chemin classique prévu par mes parents), je me suis inscrit un peu par hasard en cours de philosophie en spécialité mineure. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, le choix se fait sur une spécialité majeure, en l’occurrence le commerce international et la finance pour moi. Mais à côté, vous êtes dans l’obligation de suivre d’autres cours d’art, de littérature, ou de sciences humaines par exemple. C’est ce qu’on appelle spécialité mineure. ». Des années durant lesquelles Douraid Souissi poursuit ses études sans trop savoir ce qu’il va en faire, ni dans quel domaine il aura à travailler. Le photographe avoue ne jamais savoir ce qu’il veut faire réellement. C’est plutôt la passion et les circonstances qui le guident. Des circonstances qui font qu’il commence à pratiquer la photo en amateur mais entouré d’un groupe de jeunes aussi passionnés que lui : un italien, un américain et une libanaise. Les jeunes partent ensemble en randonnés, s’adonnent à de nouvelles expériences et suivent des tutoriaux sur le net. Douraid est passionnée mais sérieux. Il s’applique pour apprendre la photo et pour finir ses études.

La maîtrise en poche, la philo dans la ligne de mire

« A l’obtention de ma maitrise, mon professeur Dr Green, un des profs qui m’ont le plus influencé, m’a conseillé de poursuivre un master en philosophie. Quand je suis parti le voir, je voulais plus obtenir un « double major » ou une deuxième spécialité majeure, qu’autre chose. Je voulais poursuivre encore une année d’études et me spécialiser en philo. Dr Green m’a poussé à m’inscrire plutôt en master. Ma famille n’a pas vraiment adhéré à mon choix. Mon père voulait que je fasse un MBA en finances et que je rentre prendre en main le business familial. » Continue de raconter le jeune brun ténébreux.

Un brin aventurier, Douraid avoue tout de même que le master en histoire de la philosophie n’était pas du tout aisé.  Malgré les langages différents, les années de différences entre les courants philosophiques etc. Douraid arrive non sans peine à bout de son master aussi intéressant que contraignant. La suite ? « Le grand point d’interrogation, s’exclame Douraid, J’étais désemparé. J’ai alors décidé de rentrer en Tunisie pour réfléchir à la suite. Le temps de me ressourcer et de voir si j’allais entamer un doctorat en droit international. Mais là, c’est un ami sortant d’IBM qui me propose un poste de consultant en informatique dans sa nouvelle boîte. Tenté par l’expérience, j’accepte et je passe 10 mois en tout dans ce premier job en Tunisie. »

Et la photo dans tout cela ?

Douraid Souissi a toujours pratiqué la photo en parallèle à ses études et son travail. D’ailleurs une grande partie de sa première exposition Drops a été élaborée en parallèle de son boulot de consultant. « En quittant le poste, je commençais déjà à réfléchir à cette idée d’exposition. L’idée de la thématique de Drops m’est venue par hasard, un de ces longs dimanches que nous connaissons tous. J’avais remarqué une lumière reflétée sur des gouttes d’eau dans la cuisine.  Je les ai prises en photo et c’est parti de là. J’ai alors commencé à tout expérimenter : l’éponge pressée, l’huile, le shampoing, le miel etc. »

Mais si Douraid Souissi prend son temps pour se lancer dans une première exposition, il met petit à petit un pied dans le monde de la photographie professionnelle. Le jeune artiste est contacté par une agence d’événementiel qui lui propose d’assurer diverses campagnes publicitaires. Pendant des années, le jeune homme assurera un grand nombre d’affiches publicitaires. Drops voit le jour en 2006, à l’espace Aire Libre, à El Teatro. Depuis tout s’enchaine : Douraid participe à plusieurs expositions de groupe dont le printemps des arts à la marsa en 2007 et 2008, Les Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar Melh en 2007 et 2009. « Pourtant ça a toujours été mes amis qui m’ont encouragé à exposer. Je crois que j’ai souvent eu peur de ne pas être prêt, de ne pas être à la hauteur. » confie l’artiste photographe. Pourtant Douraid a déjà à son actif une participation au workshop Noor-Nikon Master Class en 2013, ainsi qu’à l’exposition Views of Tunisia réalisée en compagnie de photographes Tunisiens lors des rencontres d’Arles en France en juillet 2013.

Un artiste qui y est allé à tâtons, en suivant sa passion, celle qui le mène en 2014 au Kef pour capturer des moments inédits de cette ville. Quelques souvenirs seront immortalisés par l’œil du photographe et regroupés en une deuxième expo intitulée tout simplement « KEF »

Et l’après Kef ? « Seliana peut être, mais différemment surement. » Conclut Douraid Souissi

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