PHOTO Évasion : Venise sérénissime

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Ne vous méprenez pas, cette foule de touristes qui vous entraine dans les ruelles sinueuses et complexes de Venise sont les nouveaux sauveurs de la ville. Avec ses 60 millions de visiteurs par an, la ville rénove, restaure, transforme, façonne pour perpétuer la dynamique d’une ville qui prolonge donc le passé et montre son actualité, l’art le plus contemporain, en particulier.

Voir et comprendre l’Histoire de la ville, avec les filtres, les représentations de notre pensée et de notre regard actuels, est déjà chose difficile et passionnante. Tomber brutalement sur une création, une œuvre, une exposition tout à fait actuelles, voilà la vraie surprise de Venise. Dans cette ville, on visite les églises et on prie dans les musées.

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LA PLACE SAINT MARC

L’artiste-architecte Mauro Codussi fut chargé d’entreprendre, en 1496, l’organisation monumentale de la place. Tous les pouvoirs de la République Sérénissime devaient être concentrés en un lieu proche du Palais ducal, pour une gestion facilitée des intérêts de l’État : pouvoir politique, religieux, social, judiciaire, économique et financier.

C’est en ce centre de la vie publique, que se déroulent désormais les processions, les jeux, les feux d’artifice, et autres fêtes grandioses.

À Venise, peut-être, plus que partout ailleurs, il est essentiel de connaître l’histoire de la cité. Pour la comprendre, pour l’écouter, pour totalement l’admirer, il faut bien se persuader que pendant plusieurs siècles les Vénitiens et leurs dirigeants ont mis toute leur volonté, leur ténacité, leur savoir-faire à la doter d’institutions efficaces, et à l’orner d’innombrables ouvrages d’art magnifiques, destinés à lui donner la puissance et les richesses d’un grand Etat.

L’ARSENAL

C’est dès le début du XIIème siècle que Venise décide de se doter d’un premier Arsenal d’état servant essentiellement à la réparation des galères et à y entreposer les divers équipements nécessaires à la marine. L’activité de construction de bateaux, même si elle était déjà présente à l’arsenal, était encore essentiellement réalisée dans des chantiers privés. C’est au XIVème siècle que l’Arsenal prend son essor avec un quadruplement de sa surface avant de connaître un nouvel agrandissement un siècle plus tard. Venise a créé un système très original de location de ses galères aux marchands, qui les utilisaient ainsi en temps de paix, mais pouvaient être rapidement mobilisées en temps de guerre.

L’Arsenal au plus haut de son activité a compté 16 000 ouvriers, répartis sur le site de 25 hectares. La production des navires a été extrêmement rationalisée, structurée comme de véritables chaînes de production des siècles avant la révolution industrielle. L’Arsenal pouvait ainsi fabriquer une galère par jour en cas de nécessité ! Le personnel de l’Arsenal avait droit à certains privilèges et leur fonction était prestigieuse. Il était logé à bas coût, et leur corps constituait la garde d’Honneur du palais des Doges lors de l’élection d’un nouveau Doge.

Palazzo Grassi

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Palazzo Grassi est attribué à Giorgio Massari (1687- 1766) qui achevait alors la Ca’ Rezzonico de l’autre côté du Grand Canal. Il fut commandé par la famille Grassi, originaire de Chioggia, qui avait acheté un terrain dont la forme trapézoïdale avait l’avantage d’offrir une large façade sur le canal. On suppose que la construction a pu être entreprise en 1740 ou en 1748 et a été achevée en 1758 après la mort de Anzolo Grassi ou plus probablement en 1772 après la mort de son fils. C’est le dernier palais que devait construire Venise avant la chute de la République.

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Il passe de main en main jusqu’en 1986 où il est restauré par l’architecte milanais Gae Aulenti et dirigé par Pontus Hulten, il rouvre avec une grande rétrospective consacrée au Futurisme. A la suite de la mort de Gianni Agnelli, le groupe Fiat décide de se séparer de Palazzo Grassi. En mai 2005, il est racheté par François Pinault, pour y abriter sa collection d’art contemporain. Le lieu a été confié à l’architecte japonais Tadao Ando pour sa restauration.

PUNTA DEL DOGANA

De forme parfaitement triangulaire, le bâtiment de Punta della Dogana se trouve à l’extrémité du quartier de Dorsoduro et sépare le Grand Canal de celui de la Giudecca. En juin 2009, cet édifice, symbole de la ville datant du XVIIème siècle, a rouvert ses portes au public, venant compléter l’offre culturelle de Palazzo Grassi, lieu d’exposition et siège de la François Pinault Foundation. Le bâtiment, si particulier et emblématique, a ainsi changé de fonction pour la première fois de son histoire, abandonnant les trafics commerciaux pour accueillir des productions majeures de l’art contemporain et devenir un lieu pour les partager avec le public.

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LA GLUDECCA

L’île de la Giudecca appartient au quartier du Dorsoduro dont elle est séparée par un canal de plus de 300 mètres de largeur. Elle est la réunion de huit petits îlots reliés par des canaux. On l’appelle aussi « Spina lunga » car elle a la forme éffilée d’une longue épine. La Giudecca pourrait tenir son nom du fait que l’île fut à partir du 10e siècle un quartier majoritairement occupé par des populations d’origine juive, avant que celles-ci ne soient confinées dans le quartier du Ghetto, dans le Cannaregio.

Selon d’autres sources, cependant, le nom de l’île serait plutôt dérivé du mot « zudega » signifiant « jugement » en dialecte vénitien. L’ile de la Zudega, ou Giudecca aurait alors été le refuge des familles nobles opposées au pouvoir en place, bannies de Venise lors d’un jugement à leur encontre.

La Giudecca présente les caractéristiques d’un faubourg où jardins et usines se côtoient ; une autre Venise calme et provinciale.
Elle jouit d’un charme paisible et mérite une visite pour ses deux belles églises palladiennes aux faces tournées vers les Zattere, en bordure du Dorsoduro. Elle est devenue un lieu de villégiature de certains Vénitiens qui désirent s’isoler dans leurs villas et leurs jardins.

Au 19e siècle, des usines et des ateliers s’y installèrent entraînant le déplacement de populations ouvrières et créant des petits quartiers assez pauvres.

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LE LIDO

Les remparts extérieurs de Venise sont constitués par des lidos (lidi en italien) qui ont donné naissance à la lagune.
Ce sont des îles étirées dont le cordon fragile est la seule défense de la ville contre la colère de la mer. Dans les textes anciens relatifs à la gestion de la cité, figure l’expression « enceinte sacrée de la patrie », ce qui montre bien l’importance de cette incertaine barrière naturelle pour le devenir de Venise. C’étaient des terres maraîchères et de chasse. Les faucons des Doges y étaient dressés, on s’y entraînait au tir à l’arbalète. On y faisait cantonner les soldats, jusqu’à 30.000, pendant que se préparaient les navires et les équipements.

Durant huit siècles les Doges célébrèrent à cet endroit « les épousailles de la Sérénissime avec la mer, en signe d’éternelle domination ». En 1860, du fait de l’intégration de Venise à la nation italienne, le Lido devint une des premières stations balnéaires élégantes en Europe. De cette époque fastueuse, datent les grands hôtels (Grand Hôtel des Bains, Excelsior, Casino Municipal) qui se dressent sur la promenade depuis la n du 19e siècle.

Les bords de plage où se trouvent les grands hôtels sont privés, mais un passage de neuf mètres de large est autorisé. L’alignement traditionnel et coloré des parasols et les délicieuses cabines de bain numérotées et louées à la saison ou à la semaine, donnent une note des plus gaiement sophistiquée. On pourrait dire, en exagérant à peine, que les touristes se partagent en deux catégories. Ceux qui, résidant à Venise, sont allés au Lido et se sont jurés de ne jamais y revenir et ceux qui sont heureux de séjourner sur les plages, qui ont jeté un œil sur la rive des Schiavoni et la Piazza San Marco en se promettant de ne jamais plus s’aventurer dans une ville déroutante par son silence, ses éclairages tamisés peu nombreux, ses ruelles obscures et sinueuses à en perdre le nord.

Il est difficile de parler du Lido sans évoquer le chef d’œuvre du cinéma italien « Mort à Venise » réalisé en 1970 par le célèbre Luchino Visconti. Une adaptation de la nouvelle de Thomas Mann qui se déroule dans le Grand Hôtel des Bains.

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CARLO SCARPA

Pour parler d’architecture contemporaine, les dernières actualités autour de Tadao Ando et Renzo Piano nous auraient presque fait oublier le pur vénitien qu’était Carlo Scarpa. Un véritable scénographe de la ville, Scarpa est un acteur incontournable du modernisme italien. Il fut le recteur de la faculté d’architecture de Venise pendant de nombreuses années. Sur les traces de Scarpa, Venise paraît bien différente : il est l’auteur d’une dizaine de réalisations dans la ville dont la Gallerie dell’Accademia, en 1945, le Magasin Olivetti, en 1957 et situé place saint Marc (transformé en musée), ou encore la rénovation du Ca-d’Oro.

« Paradoxalement, j’ai envie de dire que Venise est la ville qui pourrais accepter les choses les plus modernes. Elle est dissymétrique, haute, basse, tordue, droite, elle n’a pas les symétries que l’on trouve en Toscane. La maison arabe est faite comme Venise… on emprunte des couloirs très étroits pour découvrir ensuite le plaisir de l’eau et des espaces. » Extrait du dernier entretien de Carlo Scarpa avec Barbara Radice

LE CORBUSIER ET VENISE

« Ce qui est fondamental dans Venise, c’est le classement des circulations naturelle et artificielle : le piéton et la gondole. Ce classement réalisé ici par la force des éléments, apporte l’économie dans les équipements urbains et, aux habitants, un trésor inestimable : la quiétude et la joie. Le chemin des piétons est miraculeusement économe, tout en étant ef cient. Une révélation ! La leçon est si forte, que m’étant procuré des plans cadastraux, j’ai dégagé du puzzle des maisons, le réseau des piétons. C’est un système cardiaque pur, impeccable. Plus rien n’est étroit. »

HÔTELS

Palazzina Grassi à côté du Palazzo Grassi, par Philippe Starck ( 16 chambres et six suites, boutik–hôtel qui devient, enfin pour qui en a les moyens, the place to be…)

www.palazzinagrassi.it

La maison Uscali sur le Grand canal, entre la Fondation Guggenheim et la basilique santa Maria della salute, avec seulement trois suites.

Boutik-hôtel Ca’Maria-Adele près de la Punta della Dogana

www.camariaadele.it

Palazzo Barbarigo à côté du Grand canal et proche du rialto, membre des Design Hotels www.palazzobarbarigo.it

947 rooms 4 chambres www.947.club.com

Ca’Pisani et son restaurant, la rivista, au Dorsoduro www.capisanihotel.it

Molino Stucky Hilton en face de saint Marc, sur l’île de la Giudecca www.molinostuckyhilton.com

RESTAURANTS

Comme nous sommes en italie, les restaurants suivent le pas avec de nouvelles salles, de la cuisine italienne traditionnelle, ou de nouveaux programmes, pour la tradition, comme celui de « slow Food », ou encore, à l’unisson de la gastronomie internationale, des cuisines inventives. citons par exemple :

Antinoo’s

www.sinahotels.com

I Figli Delle Stelle

www.i glidellestelle.it

Le restaurant du Palazzo Grassi

www.palazzograssi.it

Le Centrale Lounge

www.centrale-lounge.com

Texte : Chacha Atallah

Crédit photo : Matteo De Fina pour la Palazzo Grassi