Le consommateur tunisien fait face à une pénurie de lait qui dure depuis le mois de juillet. Vous l’avez d’ailleurs sûrement remarqué dans les rayons des hyper marchés ou chez l’épicier, la vente est raisonnée pour que le stock disponible puisse suffire à tous : pas plus de 6 briques par client dans les grandes surfaces et de 2 paquets chez l’épicier de quartier. A un moment, même le beurre (produit dérivé) avait disparu des étalages !

S’il y a eu un léger retour à la normale durant le mois d’août, depuis quelques semaines, nous assistons encore une fois à une pénurie qui se généralise de plus en plus malgré une politique de rationnement. Mais alors, comment l’expliquer et quelle est la solution ?

Une filière laitière en crise

Si la Tunisie a atteint l’autosuffisance en lait depuis des années, le secteur laitier lui est resté très fragile. En cause principalement : la hausse vertigineuse des coûts de production. L’achat du fourrage en devise, prix des vaches laitières qui va à crescendo, coût des soins vétérinaires, salaires des ouvriers, machines, carburant, climat capricieux…la chute du dinar n’arrangeant pas les choses, l’éleveur tunisien, souvent en possession de une à 5 vaches (petit éleveur), n’arrive plus à joindre les deux bouts et certains se retrouvent même à vendre leur bétail.

Même si un accord a été conclu pour augmenter le prix du lait à la production de 766 millimes à 890 millimes, cela reste insuffisant pour l’agriculteur. Il ne faut pas oublier que le lait est subventionné en Tunisie. En effet, le coût du litre est de 1120 millimes, un prix qui n’a pas changé depuis 2015, et cette augmentation au niveau de la production est supportée par la caisse générale de compensation, c’est dire combien coûte la filière laitière à l’Etat.

Une mauvaise gestion de l’Etat ? 

Tous les acteurs de la filière laitière avaient tiré la sonnette d’alarme depuis des années déjà ! En effet, le Syndicat Tunisien des Agriculteurs avait alerté contre une éventuelle pénurie de lait fin 2018 et ce depuis l’année dernière avec une baisse de l’offre au niveau local et hausse des prix face à la demande importante du marché.

Solutions ?

Si la solution principale reste la restructuration de tout le secteur laitier ou sa libéralisation, les différents acteurs de la filière appellent à réviser d’urgence le prix du lait afin de garantir une rentabilité économique de l’éleveur à l’industriel et d’améliorer la compétitivité du secteur. Il faudrait par ailleurs mettre fin à la contrebande de produits laitiers acheminés vers l’Algérie qui a causé un manque à gagner de 30% au cheptel. En attendant, l’Etat devrait recourir à l’exportation de lait dans les semaines à venir selon certaines sources.