Tout citoyen tunisien a droit à la santé ainsi qu’un accès aux soins. Pourtant, depuis un moment, les Tunisiennes ayant choisi la pilule comme moyen contraceptif, n’arrivent plus à s’en procurer en pharmacie. En cause : la pénurie de ce médicament auquel il n’existe pas de générique chez nous. En effet, les fournisseurs européens ont arrêté l’approvisionnement à cause des dettes du pays.

Nous avons contacté des pharmaciens qui nous ont confirmé la rupture de stock de la quasi totalité des marques de pilules contraceptives vendues en Tunisie. « Les femmes qui achetaient les pilules à 18 ou 19 dinars se sont retrouvées à acheter les pilules bon marché (à 3 et 4 dinars). Du coup, tout le stock a été épuisé » nous a confié Ahmed, pharmacien à Tunis et d’ajouter : »Il n’y a pas que la pilule contraceptive qui soit en rupture, d’autres médicaments le sont également, des médicaments vitaux qui plus est ! Je vais d’ailleurs me procurer un stock de 6 mois pour palier ce manque, et on verra« .

Amel, pharmacienne à Ain Zaghouan, considère cette pénurie comme une atteinte à la liberté des femmes. « C’est très grave ! La pilule est le meilleur moyen de contraception. Même si d’autres moyens existent, ils ne sont pas aussi simples d’utilisation. Les ovules par exemple, ne sont pas aussi efficaces, en plus je dois expliquer et réexpliquer leur mode d’utilisation à la patiente. » Elle déplore également le manque de réactivité du ministère de la Santé. « Nous avons tiré la sonnette d’alarme depuis un moment déjà  et rien n’a été fait ! Je sais que la faute n’incombe pas seulement à la Pharmacie Centrale de Tunisie, mais il faut trouver une solution à la CNAM !« 

En effet, la pénurie de pilules ainsi que d’autres médicaments est en partie due à la CNAM qui n’honore plus ses engagements. En effet, selon l’Association Tunisienne des Pharmaciens Libres, « la Caisse Nationale d’Assurance Maladie ne paie plus les hôpitaux qui eux ne paient pas leurs fournisseurs qui ne veulent plus les fournir vu qu’ils ont des dépenses qui augmentent à cause de l’Etat. » Dans un post publié le 30 mars sur Facebook, l’ATPL a fait part de son inquiétude quant à cette pénurie qui risque de s’aggraver dans les mois à venir.

Toutes les pilules contraceptives sont en rupture..Parce que la pharmacie centrale ne paye pas les laboratoires depuis…

Publiée par ATPL : l'Association Tunisienne des Pharmaciens Libres sur vendredi 30 mars 2018

Pour Ahmed, il devient nécessaire de privatiser en partie la Pharmacie Centrale ou du moins, le service de gestion. « Il y a des affaires de corruption claires dans ce cas précis. Nous savons très bien ce qui se passe sous la table. »

Espérons qu’il y aura une solution à cette crise.

 

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