Le rapport de la COLIBE continue à diviser. Présenté au mois de juin, celui-ci inclut de nombreuses propositions aspirant à l’amendement de la législation tunisienne comportant à ce jour une pléthore d’incompatibilités sociales. Parmi ces dernières, la pénalisation de l’homosexualité. Si les associations tunisiennes et – quelques – femmes et hommes politiques insistent depuis longtemps sur sa dépénalisation – projet figurant dans le rapport de la COLIBE -, ce n’est toujours pas le cas de la part des acteurs des scènes médiatique et politique tunisiennes qui peinent à convaincre par leurs discours démagogiques rétrogrades.

Le PDL se noie dans les clichés

Le parti Destourien Libre (PDL) et sa directrice, Abir Moussi, en sont le parfait exemple. Il y a quelques jours, le PDL a ainsi fait part de son désaccord, entre autres, envers la proposition de dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie. À travers un communiqué parfaitement organisé en plusieurs points, le PDL « s’oppose aux suggestions de la commission concernant l’homosexualité et considère que cette pratique dépasse le domaine des libertés individuelles ». Le PDL ajoute que l’homosexualité est une menace à la « cellule familiale et à l’équilibre social » et « met en garde contre la légalisation de cette pratique [qui] n’est qu’un premier pas vers la réclamation de la légalisation du mariage gay, sans parler de l’impact que cela va avoir sur le modèle sociétal ».

Clairement, en essayant de défendre ses opinions, le PDL ne prend pas de gant et emploie bel et bien des termes aussi clichés que rétrogrades : pour lui, l’homosexualité est une « pratique ». Peut-être devrait-on lui rappeler – ou lui apprendre – qu’il s’agit d’une orientation sexuelle et non d’une pratique comme la zumba ou la peinture sur soie. Ce petit article bien sympathique pourrait éclairer sa lanterne…

On ne comprend pas non plus comment dépénaliser l’homosexualité pourrait « dépasser le domaine des libertés individuelles » et bouleverser notre équilibre tel un coup de pied donné dans une fourmilière ; comment le test anal et l’emprisonnement en raison de son orientation sexuelle, au même titre qu’un meurtrier, devrait persister ; ou comment peut-on considérer l’homosexualité comme une « menace ». Non, nous n’en sommes qu’au stade primitif de l’acceptation de l’autre. Ami(e)s LGBTQI, le PDL et Abir Moussi préfèrent que vous restiez « hors la loi ».

Le pape suggère la « psychiatrie »

Dimanche 26 août, le pape François créait le scandale au cours d’une conférence de presse tenue dans l’avion. Selon les personnes présentes, il aurait ainsi conseillé aux parents qui se demandaient quelle attitude adopter en apprenant les « tendances homosexuelles » de leur enfant – stade de l’enfance – de recourir à la « psychiatrie ». Tollé général et condamnation de ses propos. «  C’est une chose quand cela se manifeste dans l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après 20 ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille, comme tu es. Je suis ton père ou ta mère : parlons.« , a-t-il déclaré.

En fin de compte, le pape François, le PDL, Abir Moussi, Aïcha Attia, Amine Gara, Wassim Herissi, Ahmad Landolsi, le FN, Christine Boutin et Vladimir Poutine sont à mettre dans un même panier, celui de la vraie « menace » aux libertés individuelles : l’ignorance. « Si la parole est d’agent, le silence est d’or ».