#On a vu pour vous aux JCC: Narcisse (Aziz rou7ou) de Sonia Chamkhi

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Lundi, 23 novembre 2015, au deuxième jour des JCC, nous sommes allés au centre-ville de Tunis pour regarder « Narcisse » (Aziz rouhou), premier long métrage de la tunisienne Sonia Chamkhi. Le film concourt dans la catégorie « Première œuvre » puisqu’effectivement, après avoir travaillé et réalisé des court-métrages et des documentaires, la docteur Es-Lettres se lance dans son premier ‘Long ‘ à notre plus grand plaisir. Narcisse joue à la salle Le Rio à 15h00. Mais à 14h30 déjà, la queue devant le cinéma est telle qu’elle s’étend jusqu’à l’angle de la rue voisine. Beaucoup de jeunes, essentiellement des étudiants font la queue pour entrer. L’équipe du film est également présente : Fatma Ben Saidane, Najoua Zouhir, Sonia Chamkhi etc. Un débat est prévu à la fin de la projection. Et c’est dans une salle comble sur ses deux étages que démarre la projection vers les coups de 15h30. Narcisse de Sonia Chamkhi raconte l’histoire de Hind, comédienne, dont le mari est metteur en scène, et qui joue son propre rôle dans la dernière pièce de celui-ci. IL y est question de sa vie, son enfance, les douleurs et les traumatismes vécus, ses relations avec les membres de sa famille : son frère, un homosexuel devenu grand chanteur, sa mère déboussolée depuis le départ de son mari, son deuxième frère qui a viré de la délinquance à l’extrémisme et sa sœur, silencieuse depuis toujours. Avec l’aide de Aroussia, qui s’occupe de la propreté du théâtre, Hind tentera de comprendre mais surtout de changer le cours de sa vie à travers cette pièce de théâtre. [fve]https://www.youtube.com/watch?v=vIGXfW2JioM[/fve] Dans Narcisse, il y a une démarche intéressante et sensible d’une femme universitaire qui essaie de décrypter avec optimisme les douleurs individuelles de ses personnages. Sans lourdeur aucune, et sans déséquilibre, les personnages de Hind et de Mehdi son frère, évoluent de manière très fluide. A travers eux Sonia Chamkhi pose la question de « Que fait-on de nos douleurs ? » Peut-on passer outre la vengeance ? Peut-on oublier, pardonner ? Equilibré, le film utilise plusieurs ingrédients mais jamais en surdosage : de belles images, notamment celles de la ville de la Mahdia, ou la lumière et toutes ses déclinaisons avec des jeux en pénombre ou encore la musique, basée sur l’instrument l’oud, instrument de nostalgie et d’émotion par excellence. Car avec tous ces éléments, Sonia Chamkhi nous dessine ou propose deux dimensions de la réalité. La réalité telle que la capte le film, celle que nous vivons et la réalité telle que l’a traite le théâtre. Du théâtre dans le cinéma, ou plutôt de l’art dans l’art, voilà le pari osé de Narcisse. Car le film prend des risques. Il y est certes questions de libération par l’art, et c’est l’idée constante et forte du film. Mais il y est surtout question de nous montrer le théâtre comme il est perçu par Sonia Chamkhi. Narcisse est une très belle « première œuvre » qui colle parfaitement au personnage de Sonia Chamkhi : sensible, fin, clair, précis, fluide. Malgré des sujets lourds et difficiles à traiter : homosexualité, alcoolisme, soumission, folie, viol etc. on ne ressent de la lourdeur à aucun moment. Sonia a cette manière de traiter avec légèreté, des sujets poignants. C’est cette même méthode que nous retrouvons dans ses court-métrages et dans ses écrits (voir On a Lu pour vous : L’homme du crépuscule). Car les oeuvres de Sonia Chamkhi sont souvent remplis de petits messages et de phrases subtiles tels que: « Si j’avais été à l’école, aucun homme n’aurait pu me soumettre ou m’enfermer. » ou encore sur un ton humoristique: « aucun homme n’a jamais rien fait pour une femme…ni pour un homme d’ailleurs. »  tirés du film Narcisse. Narcisse est un beau film à voir, avec une mention spéciale au jeu du trio d’acteurs : Aicha Ben Ahmed (Hind), Jamel Madani (Taoufik le mari soulard), Fatma Ben Saidane (Aroussia). Le film sera dans les salles à partir de février 2016. Et pour les plus impatients, il rejoue ce jeudi au Rio à 18h00.]]>