Aujourd’hui, mercredi 11 avril 2018, sort dans les salles tunisiennes, le 3ème long-métrage de Mehdi Ben Attia : « L’amour des hommes ». C’est aussi le premier film du réalisateur qui est projeté en Tunisie. En 2010, Mehdi Ben Attia a été contraint de renoncer à la projection de son 1er long-métrage « Le fil » afin d’obtenir l’autorisation de son tournage en Tunisie. Le film qui parle du « coming out » d’un jeune tunisien après son retour au pays avait alors reçu le prix du public du festival Frameline de San Francisco.

De ce premier film, Mehdi Ben Attia puise son inspiration pour la suite de son travail cinématographique. « L’amour des hommes » ou comment replacer le désir comme sujet principal, non pas dans un processus et une vision érotiques mais plutôt comme un enjeu politique dans une société en perpétuelle mutation.

« L’amour des hommes » c’est l’histoire d’Amel (Hafsia Harzi) qui, suite à la perte accidentelle de son mari, se lance dans l’élaboration d’une série photographique dans le but de surmonter son deuil. La jeune femme décide alors de prendre en photos des hommes nus qu’elle va chercher un peu partout dans les rues de Tunis. Durant 105 minutes, les rôles sont inversés : l’homme est l’objet désiré, il est multiple, la femme est celle qui domine le tableau, qui désire. Le spectateur habitué aux modèles féminins est pris dans le jeu…tout doucement. L’évolution du film se fait d’ailleurs en lenteur afin de ne point bousculer l’œil du public.

Aux côtés de Hafsia Harzi, qui signe là son deuxième film tourné en Tunisie, on retrouve un casting des plus originaux : des acteurs confirmés comme Raouf Ben Amor, Sondos BelHassen, Oumaima Ben Hafsia, mais aussi de nouveaux visages-bien que connus dans le monde artistique-Tour à tour,  Hafsia Harzi va prendre en photos Rochdi Belgsami (danseur chorégraphe), Haythem Achour (Dj)  ou encore Nasreddine Ben Maati (cinéaste), Abdelhamid Naouar, Karim Ait M’hand. Mehdi Ben Attia explique que ce choix est voulu afin que le spectateur découvre lui aussi les « modèles » au même moment que l’actrice principale. Le pari est réussi puisque quand bien même nous connaissons Rochdi Belgesmi en tant que danseur ou Nasreddine Ben Maati en tant que cinéaste, les découvrir sous un autre angle, en l’occurrence celui des « corps à photographier », donne une autre dimension au film. La notion de découverte reste d’ailleurs l’un des fils conducteurs du film de Ben Attia puisque Hafsia Harzi s’est livrée elle aussi au jeu de la découverte des corps en limitant les contacts avec les acteurs avant le tournage.

« L’amour des hommes » peut sembler pour certains osé, ou « too much » mais nul doute que ce film ne passe pas inaperçu dans le paysage cinématographique tunisien de par l’originalité de son sujet. Car en filmant tous ces hommes, Mehdi Ben Attia dresse en filigrane un portrait de la jeunesse tunisienne, toutes strates sociales confondues. Ce sont ces jeunes hommes que l’on rencontre dans les bars, chez le coiffeur, dans les lieux incongrus, sur chantiers…qui sont placés devant l’objectif de Hafsia Harzi.

Mehdi Ben Attia prend un malin plaisir à transgresser les limites du conventionnel. Le film garde cependant une certaine pudeur et se place plutôt dans la sensualité que dans l’érotisme cru. Dans « L’amour des hommes », on prend plaisir à regarder la Tunisie et les Tunisiens en images, en désirs refoulés ou exprimés. « Le désir est intéressant lorsqu’il permet de voyager » nous dit le réalisateur. Avec « L’amour des hommes », c’est surtout ce pari qui relevé ; celui de voyager dans les tréfonds des émotions.

Bande Annonce « Le Fil » de Mehdi Ben Attia