On a vu: Demain dès l’aube de Lotfi Achour

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Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

A travers le long métrage de Lotfi Achour, au titre Hugolien, se raconte l’histoire de notre révolution…en fragments. Un ou deux tout au plus, mais de vrais fragments, tristement jolis et incroyablement crus. « Demain dès l’aube » -Ghodwa Hay- premier long du metteur en scène, connu pour ses pièces de théâtre à succès, est une ode à la vie dans une Tunisie en perpétuelles relations conflictuelles avec ses enfants.

Actuellement dans les salles de cinéma tunisiennes, le film, qui réunit le trio Anissa Daoud, Doria Achour et Ashref Ben Youssef, a pris son temps pour murir et voir le jour. 6 ans sont passés depuis la fameuse nuit du 14 janvier, depuis le 17 décembre, depuis le discours du 13 janvier, depuis l’Avenue Habib Bourguiba, les bombes à gaz et le ministère de l’Intérieur…Six ans qui ont eu raison de la mémoire de certains ou qui ont laissé place à d’autres émotions, d’autres vécus. Etait-il chose aisée de raviver les souvenirs, de vivifier les émotions, lorsque tant d’autres se sont essayé à la restitution artistique échouée?

« Demain dès l’aube », comme le poème sans titre, nous raconte l’histoire d’un parcours, de la vie qui continue malgré la mort, de l’espoir dans la déchéance. Le film nous raconte la ‘révolution’ autrement. Point de lyrisme. Point de victimisation. Point d’angles obtus. Ici, l’histoire est celle de 3 tunisiens : la journaliste, la franco-tunisienne et l’adolescent issu des quartiers populaires. Zeineb, Alyssa et Houcine se rencontrent lors de la journée du 14 janvier, en fuyant les tirs de la police anti-émeute. Leur destin sera à jamais scellé, malgré un pacte convenu au lendemain de ne plus se revoir. 3 ans plus tard, et suite à un événement, Zeineb recontacte Alyssa et les deux cherchent à retrouver Houcine. Entre flashback souvenirs de cette nuit du 14 et road-trip vers Sbeitla, région natale de Houcine, le film se dessine en belles images d’une Tunisie éclectique, signées Frederic De Pontcharra. « Ghodwa Hay » a cet avantage de faire rencontrer ces jeunes si différents et aux espoirs pourtant similaires. Là où le dialogue est parfois rompu dans la vraie vie– scène portée subtilement à l’écran lorsque Zeineb et Alyssa s’arrêtent pour manger sur le chemin de Sbeitla et rencontrent des hommes de la région- Lotfi Achour nous offre de la complicité conflictuelle, de la camaraderie poétique, de l’espoir dans la différence.

En vrac, « Demain dès l’aube » nous rappelle pourquoi l’insurrection, pourquoi le rêve, mais aussi pourquoi la désillusion pour certains, et pourquoi la « non justice transitionnelle ». Certains spectateurs auraient aimé une fin différente. Mais Lotfi Achour a préféré celle qui colle plus à la réalité que nous vivons. Une fuite en avant pour la plupart, une désillusion pour une partie, mais un espoir qui peut renaître de ces cendres…Notamment grâce au travail de retranscription de mémoire fait par nos artistes. Bravo!