On a regardé « La belle et la meute » de Kaouther Ben Hania

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Mercredi dernier a été projeté pour la presse le film tant attendu de Kaouther Ben Hania « La belle et la meute ». Le long-métrage sera dans les salles à partir du 12 novembre et fait partie de la sélection officielle des JCC 2017 (Journées Cinématographiques de Carthage).

« La belle et la meute » ou le parcours du combattant de la jeune Meriem, violée par des policiers, pour porter plainte et faire condamner ses bourreaux. L’histoire n’est pas sans rappeler le vrai calvaire d’une autre Meriem en 2012 et dont l’histoire du viol par des policiers a mobilisé autant les médias nationaux et internationaux que l’opinion publique. Et pour cause, Kaouther Ben Hania nous offre ici une libre adaptation du livre autobiographique écrit par la jeune femme qui s’est réfugiée en France après avoir réussi à condamner ses violeurs pour 15 ans de prison ferme.

Après le docu-fiction « Le Challat » et le documentaire « Zeineb n’aime pas la neige », Kaouther s’attaque à la fiction avec tout de même des attaches et une histoire réelle sur laquelle elle s’est appuyée. Dans « La belle et la meute » elle suit le parcours, une nuit durant, d’une jeune femme qui tente de porter plainte pour viol en Tunisie. En 9 chapitres, et 9 plans-séquences, le spectateur suivra donc l’évolution de cette Meriem, qui démarre sa soirée avec le sourire pour assister à une fête organisée par l’université, et qui se retrouve malmenée entre hôpital et poste de police après avoir été violée par deux policiers. Elle sera même accusée d’atteinte à la pudeur, puisque les faits se sont déroulés alors qu’elle était sortie se promener sur la plage avec un jeune homme rencontré pendant la soirée.

« Coupable d’avoir été violée » est le titre du livre duquel s’inspire le film, mais c’est aussi le sujet principal du long-métrage. Ici, c’est tout un appareil qui est pointé du doigt. C’est les systèmes sécuritaire mais aussi sanitaire, juridique et administratif qui sont à revoir. La bureaucratie, la corruption, le corporatisme qui dessert le citoyen etc. sont dénoncés de manière crue et sans détours. Difficile de ne pas faire autant lorsque la réalité dépasse la fiction.

Le point commun ? Le viol qui reste le fil conducteur pour raconter, dénoncer, sensibiliser…Nous sommes dans la Tunisie post-révolution, mais là encore la police viole sans impunité (du moins au début), le corps médical se renvoie la balle car la responsabilité est grande et l’effectif dans le secteur public est réduit, les policiers se protègent mutuellement,  la société méprise une jeune femme lorsque celle-ci est en robe décolletée, la famille craint le déshonneur, et les lois peuvent être détournées pour servir le bourreau plutôt que la victime.

Car il faut le dire : juridiquement, Meriem peut porter plainte. Le viol est condamné en Tunisie, surtout lorsque l’agresseur porte l’uniforme du policier. Des lois qui font de la Tunisie le pays arabo-musulman qui protège le plus ses femmes. Pourtant lorsqu’une femme tente justement de faire valoir (c)ses droits, la procédure se complique et bloque. « Ma tsallamech fi 7a9ek », Ne renonce pas à ton droit, est la phrase à retenir de ce film, s’il n’en fallait retenir qu’une.

La plupart a suivi l’histoire de Meriem qui a défrayé la chronique en 2012. Il aura fallu beaucoup de courage à la jeune femme, notamment celui de témoigner et de raconter son histoire à de nombreux médias en assumant les qu’en dira-t-on et le regard d’une société pour qui une femme violée l’a (toujours) bien cherché. Dans le film, Kaouther joue sur cette évolution. Meriem (interprétée par Meriem Ferjani) évolue tout au long de la soirée et se transforme de cette jeune femme timide et intimidée par la police et la société en une jeune femme révoltée contre tout un système, capable d’aller jusqu’au bout pour faire valoir ses droits.

Le film est courageux pour avoir osé s’attaquer à ces failles dans notre système sécuritaire.  Il est touchant par son histoire et les émotions qui s’en dégagent. Meriem Ferjani s’en sort plutôt bien pour un premier rôle aussi difficile avec un langage corporel maitrisé. Ghanem Zrelli, Chadly Arfaoui, Anissa Daoud, Mohamed Akkeri, Nooman Hamda, Cyreen Belhedi etc. sont autant de comédiens dont on ne doute plus de leurs talents et qui ont également servi le film. Toutefois, il reste regrettable que le choix de Kaouther se soit juste porté sur cette nuit fatidique, en occultant une suite qui a impliqué une opinion publique et une forte médiatisation permettant à Meriem d’obtenir justice. C’est d’ailleurs cette force, acquise au lendemain de la révolution, qui a permis à d’autres incidents-tragiques ou pas- d’arriver à un dénouement. D’autant plus que dans le film, les médias et la société civile ont été cités.