On a regardé « Cicatrice » de Ghazi Zaghbani à l’espace L’artisto

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Poussez la porte du 3 rue Damas et entrez dans l’univers du petit et accueillant théâtre « L’artisto ». C’est là qu’ont été présentées les plus belles pièces de Ghazi Zaghbani, de « La leçon » à « La fuite » en passant par « Poids Plume » ou encore « En attendant Godot » et bien d’autres travaux. La dernière création « Cicatrice » réunit Nadia Boussetta, Mohemed Houcine Grayaa, Mohmed Ali Galai, Meriem Dridi et Talel Ayoub. L’histoire est celle d’un journaliste (Grayaa), ayant subi beaucoup de répression et d’injustice sous l’ancien régime, qui devient alcoolique au fil du temps et finit dans un asile psychiatrique.

Ode aux mots, au journalisme et au quatrième pouvoir. Ode à l’impact de l’écriture, aux rêves et à l’émotion. Ode à la résistance. Dans « Cicatrice », nous plongeons dans un univers complètement différent de celui de « La fuite ». Ceux qui s’attendent à retrouver la même interaction et synergie entre Nadia Boussetta et Med Houcine Grayaa vont être surpris. « Cicatrice » fouille dans les tréfonds de ce couple rongé par la passion, la corruption, et la censure… le résultat nous prend aux tripes, dans cet espace où le spectateur en devient acteur. Les rôles changent et évoluent. L’écrivain intellectuel oscille entre état de lucidité et flou en sombrant dans la pauvreté et l’alcoolisme, le propriétaire du bar se place à la tête d’un quotidien papier et un serveur se métamorphose en homme d’affaires. Tout se joue dans un pays en proie à des changements dictés par un jeu de pouvoir souvent sale.

On se remémore nos propres « cicatrices », celles qui nous sont communes : nos pertes d’illusions, nos amours passions, nos espérances. On se prend au jeu des narrateurs (Dali Galai et Meriem Dridi) qui s’imposent presque comme de vrais personnages qui vivent l’histoire qu’ils nous racontent comme s’ils en étaient les protagonistes. La mise en scène est ingénieuse dans cet espace, mais c’est quelque part l’empreinte de Ghazi Zaghbani, qui a réussi au fil des années à apprivoiser les lieux en y inscrivant une multitude de personnages.

Mention spéciale au travail de Hatem Jouher sur le texte. Le jeune artiste a réussi son premier coup d’essai au théâtre. « Cicatrice » porte déjà bien son nom, car elle gardera sa trace dans le monde du 4ème art.

L’équipe prévoit une nouvelle présentation le 13 avril prochain. A ne pas rater !