On a lu: « Asrar 3ailiya » de Faten Fazaa

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J’ai eu le plaisir d’avoir entre les mains le livre « Secrets de famille » de Faten Fazaa. Un livre qui se démarque et qui marque. D’abord par la langue. « Secrets de famille », c’est avant tout « Asrar 3a2iliya », un roman écrit en dialecte tunisien et le premier dans le genre écrit par une femme.

192 pages mais qui se lisent d’une traite (si l’on sait lire le tounsi). J’avouerai qu’au départ, je me suis posée la question sur comment Faten Fazaa allait réussir le pari d’accrocher un lecteur autour d’une histoire écrite en derja, moi qui n’ai lu jusque là que des nouvelles ou des pièces de théâtres en dialecte.

Dans « Asrar 3a2liya » nous sommes loin des contes de Ali Douagi, des histoires de Laroui ou des chroniques du père Tahar Fazaa. Le registre choisi par Faten est purement féminin. Il y est beaucoup question d’émotions. D’ailleurs la jeune femme nous raconte les odeurs, les souvenirs, les mots qui font du bien ou qui font mal. Son champ lexical est impalpable. Ses sujets de prédilection sont souvent féminins mais sont avant tout universels et humains. Elle aborde le divorce, la mort, la prostitution, l’handicap, la maladie, l’amour, l’alcoolisme, la famille etc. avec beaucoup de tendresse.

Et c’est à travers le personnage de Ghalia que nous partons avec Faten Fazaa dans l’exploration de l’âme humaine. Ghalia est une femme qui décide de prendre son destin en main et de se rebeller contre un mari dominant. Les premières pages nous plongent d’emblée dans la difficulté de la prise de décision du divorce pour les jeunes mères en Tunisie. De cette thématique, nous allons tour à tour découvrir l’histoire de Sonia, la sœur de Ghalia et celle de son fils à mobilité réduite, puis celle de l’amie qui livre un combat contre le cancer, ou encore celle de la prostituée du quartier voisin qui s’amourache du fils de Sonia. Les personnages se multiplient, se rencontrent et se racontent à la première personne du singulier. On y croit, on y est, on vit les émotions que nous transmet la jeune femme avec des mots simples du quotidien tunisien.

Dans « Secrets de famille » de nombreux tabous sont brisés. Lorsque le mariage est sacralisé, il est parfois difficile de parler de maternité, de divorce, d’adultère au féminin ou de divorce sans heurter certaines sensibilités. Faten Fazaa a cette particularité de mettre à nu des personnages, en montrant à la fois ce qu’il y a de beau dans l’humain mais aussi ce qui peut l’amener à être mauvais.

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