#OctobreRose : Majeda Khiari « J’ai été certaine de ma guérison dès le moment où on m’a annoncé la nouvelle »

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« Je me suis rendue compte de ma maladie un mercredi 31 octobre 2012. Je pense que j’ai eu de la chance, car je n’envisageais pas d’aller consulter de mon propre chef. C’est grâce à ma belle-sœur, qui insistait pour que je l’accompagne chez le gynécologue, que j’ai fini par demander au médecin de vérifier cette petite boule au sein que je traînais depuis un petit moment.  Après vérification, le médecin m’a tout de suite proposé un rendez-vous lundi  pour aller voir le Dr Jerbi, cancérologue. J’ai vite compris qu’il y avait anguille sous roche.

Le jour de la consultation, le médecin a demandé une mammographie qui a finalisé le verdict : c’était un cancer. Lorsque la radiologue m’a annoncé la nouvelle, je n’ai d’abord eu aucune réaction. Seule une larme a coulé. J’étais sous le choc, je n’arrivais plus à bouger. Je ne pensais pas que cela pouvait m’arriver. J’étais tétanisée.

Lorsque j’ai revu Dr Jerbi, il m’a annoncé qu’il y avait 3 foyers et qu’il fallait une opération à réaliser le plus tôt possible. Je me rappelle de ma question sur ce que je risquais. Il m’avait dit « Au pire, une ablation du sein. Mais il faut un scanner avant de décider de la suite. »

Je vous épargne les moments de doute, de peur, d’attente…du résultat du scanner qui tardait à venir car les radiologues redoutaient des métastases à cause de deux tâches au foie et au poumon. C’est d’ailleurs Dr Jerbi qui m’a rassurée sur le fait qu’il n’y avait pas de métastases à ce stade.  Mais qu’il fallait néanmoins opérer et enlever le sein. Pour ne rien vous cacher, j’ai tout de suite eu une confiance aveugle en mon médecin qui me disait « Le mal se trouve au sein, on va l’enlever et tout ira bien. »

Je ne pensais qu’à une seule chose : effectuer l’opération et en finir avec cette maladie, oublier que j’étais peut être un cas désespéré. Je suis allée à mon bureau le lendemain, fini une partie de mon travail, pris un congé à durée indéterminée, checké l’état de mes finances, puis sauté le pas avec les préparatifs de mon opération. C’était pile une semaine plus tard. Je m’y suis préparée dans la joie et la bonne humeur : manucure, pédicure, brushing … je me préparais à effectuer une opération grave, mais j’étais certaine de la guérison. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais j’avais cette certitude dès la première minute où j’ai appris ma maladie.

D’ailleurs, je ne l’ai pas annoncé à beaucoup de personnes. Au bureau, j’ai juste dit que je me faisais opérer, sans dire de quoi. Mon mari et ma meilleure amie étaient au courant de tous les détails, quant à la famille et entourage proche, ils ont fini par le savoir mais m’ont laissée faire les choses sans trop m’encombrer.

Le jour de l’opération, je m’étais faite belle, plus que d’habitude même. Tout s’est passé comme prévu par Dr Jerbi. Je me rappelle très bien de cette journée. A la sortie de l’opération, j’étais sous morphine, je riais, mais tout le monde autour de moi pleurait. A la salle de réveil, Dr Jerbi m’a enlacé et dit : « On a enlevé tout le mal. On a fait ce qu’on devait faire. Maintenant, j’ai besoin de toute ta force. Pour le reste, on s’en remet à Dieu. »

Au bout de trois semaines, nous recevions les résultats de l’anapath du sein enlevé. Malheureusement, il fallait passer par la chimiothérapie, la radiothérapie et l’hormonothérapie… bref, suivre tout le process que je ne voulais pas du tout faire. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, fait de la résistance, puis cédé lorsque mon médecin m’a dit que je devais m’estimer heureuse d’avoir accès aux trois soins, alors que d’autres ne pouvaient pas le faire.  Cette réflexion m’a fait changer d’avis et j’ai ainsi entamé mes soins.

J’ai fait ma première séance la première semaine du mois de décembre alors que j’avais le mariage de ma nièce- que je considère comme ma fille- à la même période. Malgré tout, je n’ai pas reporté cette première séance. Pour moi, il fallait gagner en temps aussi bien qu’en traitement. Je voulais finir mon protocole le plus tôt, sachant qu’entre deux séances, il faut attendre environ 3 semaines. Chaque séance était une véritable torture pour moi, je passais la semaine au lit, j’étais morte. Je ne recommençais à vivre qu’au bout de 6 jours post-séance. Quelques jours avant la deuxième séance, je commençais déjà à perdre mes cheveux. Je me suis tout de suite rasée les cheveux.

Durant tout le protocole, le sport a été un vrai refuge. Dès que je me sentais mieux après une séance de chimio, je me maquillais et allais m’entraîner tous les jours jusqu’à la séance suivante. Durant cette même période, je me suis fixée des objectifs pour favoriser ma guérison. Je me forçais à bien manger. C’était indispensable pour le combat. Je pleurais en mangeant, mais je le faisais. Je m’entourais de gens positifs. Je recevais ceux qui venaient pour égayer mes journées et refusaient ceux qui venaient pleurer à mon chevet. Je leur disais : « Si tu vas pleurer, ça veut dire que je vais mourir. Je ne vais pas mourir, donc rentre chez toi, reviens quand tu te sentiras mieux. »

Au total, j’ai passé 11 mois sans sortir de chez moi. J’ai attendu que mes cheveux repoussent avant de reprendre une vraie activité sociale et professionnelle. Pendant toute cette période, j’ai beaucoup été entourée de mon mari, décédé d’un cancer de l’estomac plus tard. Et puis j’ai continué mon sport. Je n’ai pas arrêté un seul jour depuis la radiothérapie. J’avais pourtant mal au sein enlevé à cause des brûlures de la radio. Mon corps était fatigué mais dès que je courais, je me sentais mieux. Aujourd’hui, je suis devenue experte, je fais les semi-marathons, j’ai reçu des médailles, je suis montée sur le podium…Je crois que c’est la rage de vivre qui me donne cette force pour avancer.

Durant mon traitement, j’ai aussi été en contact avec les autres malades. Durant les séances, je ne restais pas assise. Je faisais le tour, parlais à tout le monde, partageais mon expérience et remontais le moral. Aujourd’hui, je suis restée en contact avec 2 ou 3 personnes que je côtoyais à l’hôpital.

Comment résumer tout cela ? Le cancer du sein ne tue pas. J’étais à un stade assez avancé. Dieu m’a donné la force et j’ai arraché ma guérison moi-même. Je pense qu’il est important de croire en sa guérison.

Ce que je conseille aux femmes malades du cancer ?  Il faut suivre le processus, croire en sa guérison. Il faut bien manger, avoir une hygiène de vie saine, éviter les personnes négatives et néfastes. Il faut éviter le stress et essayer de trouver le sourire et la joie de vivre même à travers des petites choses. Tout le monde a ses problèmes, il est aussi important de relativiser. Je n’ai jamais cru que je pouvais avoir le cancer. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais choquée, puis j’ai relativisé. Je me suis dit «  Je dois m’en sortir seule. Celui qui va m’aider, ce sera cette personne à qui j’aurais donné la possibilité de le faire. La vérité, le seul qui m’a donné envie de vivre, c’est Dr jerbi. C’est d’ailleurs lui qui m’a annoncé ma guérison. »

En 2014, j’ai fait une reconstruction. C’était une autre étape de ma vie et de ma guérison. Je tiens à préciser que je n’avais aucun problème d’ordre sexuel. Si j’ai décidé de faire une reconstruction, c’est uniquement pour moi, qui suis très coquette. Je voulais retrouver le côté sexy que j’ai perdu lorsque je n’avais qu’un seul sein.

Depuis ma guérison, j’ai intégré l’association Nourane pour la prévention des maladies cancéreuses, présidée par Dr Jerbi. Ce dernier a trouvé que j’avais le profil adéquat pour aider et être à l’écoute. Nourane est composée principalement de médecins, de radiothérapeute, de chimiothérapeute, pharmacien, nutritionniste etc. Nous sommes 2 ou 3 à ne pas être du domaine. Je suis très fière de voir que j’ai des choses à apporter sur ce volet. »