»Nouba », une clé de réussite intergénérationnelle

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La vraie « Nouba » en ce ramadan, c’est celle que nous vivons tous les soirs en regardant le feuilleton d’Abdelhamid Bouchnak sur la chaîne Nessma. « Nouba » est un travail quasi anthropologique effectué par le jeune réalisateur de « Dachra » qui nous replonge dans les années 90 avec pour toile de fond l’univers des musiciens, chanteurs et danseurs de « mezoued ». Nous ne sommes pas loin de revivre le grand spectacle de « La Nouba » de Fadhel Jaziri et Samir Agerbi, qui ont sorti le genre musical de ses quartiers limités pour atteindre le plus grand public durant l’été 1991 à l’amphithéâtre de Carthage.

Cependant Abdelhamid Bouchnak a choisit de travailler sur la période qui a précédé l’émergence du genre et sa sortie de l’ombre en mettant en place des personnages hauts en couleurs. Dans cette trentaine de minutes de « transe » quotidienne nous suivons les histoires du jeune Meher (Bilel Briki), issu des quartiers branchés et qui est balancé du jour au lendemain dans l’antre incroyable de la musique du mezoued, de Habiba (Amira Chebli), la fille de Am Hedi (Bahri Rahali) un des piliers du genre musical, mais aussi les histoires de Bringa (Chedly Arfaoui), le fiancé voyou de Habiba ou encore ceux de Wassila (Hela Ayed) qui mène les danseuses à la baguette et de Wajdi (Aziz Jebali) né dans cette ambiance faite à la fois de fêtes et d’injustice.

Abdelhamid Bouchnak a incontestablement la vision, le regard et la technique des plus grands réalisateurs. Dans « Nouba », il n’y a pas que le sujet qui soit original et intéressant. Dans « Nouba », il y a surtout la mise en place d’un univers artistique dans lequel Bouchnak nous invite quand bien même il nous est étranger, et d’un certain réalisme empreint de beaucoup d’esthétisme que les acteurs ont su mettre en avant. Abdelhamid a d’ailleurs choisi de travailler avec une bonne partie des comédiens de son film « Dachra ». Leur point commun ? Le théâtre. Yassmine Dimassi, Bilel Slatnia, Aziz Jebali, Hela Ayed, Bilel Briki sont des enfants du 4ème art, la nouvelle génération émergente des différents ateliers dont ceux d’El Teatro. Dans le feuilleton ramadanesque, ils côtoient ceux qui les ont précédé sur les planches à savoir le grand Lassaad Ben Abdallah, Mohadheb Rmili, Jamila Chihi, Houcine Mahnouch.

Ensemble ils nous livrent un travail intergénérationnel totalement réussi. Et c’est peut être ce qui explique la bonne critique de « Nouba ». En prenant le choix de ne pas rompre avec un passé artistique aux bases solides, Bouchnak construit surement une nouvelle méthodologie en adéquation avec son époque. Il redessine des lignes rouges qu’il choisit de titiller délibérément, après avoir convaincu de sa vision, les plus grands du domaine.