La journaliste tunisienne Sana Sbouai vient de publier le résultat d’un travail collaboratif soutenu par le Prix Olfa Rambourg. « Nos mensonges » est un site mis en ligne il y a quelques semaines et dans lequel les internautes peuvent lire  et/ou écouter les témoignages de tunisiens homosexuels. Si le projet s’intitule « Nos mensonges », c’est parce qu’il met l’accent sur cette double vie que ces personnes doivent parfois mener pour échapper aux jugements des autres, aux répercussions relationnels ou encore pour préserver les liens familiaux et amicaux.

13 témoignages en tout et des thématiques différentes. « Nos mensonges » ce sont des anecdotes petites ou grandes, importantes ou pas du tout, qui racontent un quotidien qui peut s’avérer lourd et difficile de tunisiens qui ont choisi de vivre leur homosexualité dans la clandestinité. Il en ressort clairement que les premiers à qui l’on raconte des mensonges sont les membres de la famille. La mère à qui on raconte une histoire d’amour imaginaire pour la faire patienter quant à l’éventuel mariage. Les parents à qui l’on ment pour passer la nuit chez le copain ou la copine. Les « fake » fiançailles ou encore les faux papiers pour pouvoir être pacsé en France. 13 petites histoires pour nous rendre compte de l’absurdité de la situation. Certains ont préféré garder l’anonymat alors que d’autres ont choisi de parler sous leur vraie identité.

Au-delà du contenu et des mots, le site est surprenant par son esthétisme et son sens du détail. Derrière « Nos mensonges » donc, il n’y a pas que Sana Sbouai. Mais le travail de toute une équipe qui croit dur comme fer, qu’il faut parfois savoir écouter pour espérer changer les avis et les mentalités. Amine Boufaied et Oumaima M’timet qui ont prêté leurs voix pour enregistrer les témoignages en dialecte, le flamant rose –Z- signe les beaux dessins qui accompagnent ces anecdotes, Mystic Eva a assuré la partie de la traduction français/dialecte et d’autres personnes ont mis la main à la pâte tel que le grahiste Amine Bouafif ou encore Nasr Bou et Lilia Blaise qui ont permis à leur tour de mettre en œuvre ce projet destiné à donner la parole à des Tunisiens qu’on préfère taire en Tunisie…et partout ailleurs.

Mais le plus intéressant dans ce projet, c’est surtout le fait que chacun de nous peut se retrouver dans ces mensonges. Car au final, ce n’est pas uniquement l’homosexualité qui est taboue au sein de notre société mais c’est la sexualité de manière générale, voire même l’amour dans son sens le plus large.