Mot du mâle : L’aventure intérieure

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«A quoi tu penses?» S’il y a bien une question que les hommes ne supportent pas d’entendre, c’est bien celle-là. Non pas qu’elle soit indiscrète, mais si on vous disait vraiment à quoi on pense, vous seriez effrayées. Non? On parie?

Je vous propose de vous embarquer pour un voyage vraiment exotique, une sorte d’initiation à travers les yeux et l’esprit d’un homme le temps d’une journée banale. Attachez vos ceintures (ou détachez-les, c’est vous qui voyez). Les passages entre crochets sont directement issus de mon cerveau, garantis non-censurés.

La journée n’avait pas si mal commencé, le réveil n’ayant pas eu le temps de sonner puisque le marteau-piqueur du chantier situé en face de chez moi était entré en action avant. Le café dégusté face au balcon m’est apparu un peu trop chaud, d’un coup, alors que je levais le nez vers l’immeuble d’en face, tout en vidant ma tasse. Au septième ou huitième étage, une femme avait entrepris de laver ses carreaux entièrement nue. Elle semblait et devait s’être levée directement avec cette idée en tête ou alors une trace de pluie lui était soudainement apparue insupportable alors qu’elle était là depuis trois mois. Je suis allé me raser à la salle de bain, j’allais être en retard. [Elle a des seins énôôôôrmes… Si elle continue à tendre les bras comme ça pour finir son carreau, elle va se retrouver ventousée à la fenêtre. Elle est ronde juste ce qu’il faut: elle a exactement ce surplus de chair qui donne à son slip l’impression de ne pas exister. D’ailleurs, elle en a un? Oui? Non? On s’en fout. Elle a l’air tout tiède sortie du lit. On dirait un croissant au beurre livré en room-service. Ouuuuh… Il est déjà 7h30!]

Les transports en commun sont l’un des endroits que je déteste le plus. Les travailleurs qui s’y pressent se donnent des mines tristes pour avoir l’air sérieux et les cocktails proposés par les mélanges de fragrances des femmes soulèvent vite le cœur. Plongé dans mon journal, j’attends mon arrêt. [Alors, toi, tu n’as pas froid aux yeux: si j’en crois l’absence de marque dans ton dos, tu évolues sans soutien-gorge dans ce tram bondé. Tourne-toi, trois secondes… Tourne-toi… Ah, c’est prodigieux! C’est un miracle de la physique, ça défie les lois de la pesanteur! Comment deux volumes pareils peuvent-ils rester suspendus ainsi alors que, manifestement, si on en juge par l’arrondi en forme de poire, tout est naturel? Elle est… Tiens, celle-ci, ça fait plusieurs fois que je la vois sur la ligne. On a l’impression que son jean a été cousu sur ses fesses; ou alors, elle le graisse pour glisser dedans. Je n’arrive pas à me décider: elle a la taille très marquée ou un fessier imposant? Plus jeune, j’aurais volé, tué, appris par cœur mes identités remarquables pour de gros seins; aujourd’hui, un fessier volumineux me retourne – si je continue de descendre, je vais finir en fétichiste des pieds… Ah, tiens, j’arrive.]

Je travaille dans un milieu essentiellement masculin, les rares femmes qui y évoluent ont vite compris que ce n’est pas en singeant les comportements des hommes qu’elles obtiendraient ce à quoi elles aspirent, à savoir reconnaissance, égalité et pause-pipi toutes les 20 minutes. Donc ici, c’est boulot boulot. [Alors là, je rêve: on vient de basculer dans le grand n’importe quoi. Je parie que cette robe est transparente. De loin, non. De près non plus. Mais si on se place ici et qu’elle est à contre-jour… Eh bien voilà, plus transparent que ça, il faudrait qu’elle soit habillée de papier-calque. Notez, ce n’est pas le plus vilain spectacle de la journée: son string Calvin Klein couleur chair paraît presque superflu, une épilation intégrale aurait suffi – et puis, une journée entière au bureau sans culotte, ça aurait un certain panache! En attendant, je ne la voyais pas comme ça. Elle a un très joli petit ventre qui tend la soie de la robe sans faire un pli et qui se soulève quand elle respire. C’est… Hey, mais il est midi! Je me disais, aussi, que j’avais faim…] 

Le café où je paresse en attendant l’heure de la reprise offre deux points de vue remarquables. Le premier sur l’avenue, où se pressent les femmes désireuses de faire une ou deux courses à l’heure du déjeuner, le second sur le décolleté de la serveuse lorsqu’elle se penche pour essuyer les tables. Choisir entre les deux aide à passer le temps. [Ah! si elle se penche plus bas, je vais finir par apercevoir son nombril. Coton? Dentelle? Rien? Rien? J’aurais dû parier! Je… Ouch! Qui es-tu, toi? Ce rouge à lèvres est d’une vulgarité absolue. C’est génial! Des yeux de princesse et une bouche d’actrice porno, l’innocence et la luxure sur un même visage. Ta poitrine menue est à peine plus marquée que celle d’une danseuse de ballet russe mais tu sembles descendue de l’estrade d’un strip-bar de Waco, Texas. Comme une furieuse envie d’avoir du rouge partout! Je… Mince! Il est 15 heures, je vais encore être en retard!]

Il faisait trop chaud pour travailler avec ce climatiseur en panne, je suis donc rentré chez moi. J’ai pris le bus vers la plage pour profiter de l’air frais qui, parfois, vient de la mer en fin de journée. J’aurais bien piqué une tête mais l’idée de renfiler mes habits le corps mouillé m’a retenu. Je me suis allongé sur le sable pour contempler les nuages. [Ce qu’il y a de magique, avec l’eau, c’est que tous les textiles n’y réagissent pas de la même manière. Il y a ceux qui s’effondrent, découvrant les fesses des baigneuses alors qu’elles pensaient sortir de l’eau comme une Vénus de Botticelli. Il y a ceux, plus communs, qui se plaquent contre la peau, ne laissant que peu de doute sur la qualité de l’épiderme. Le moindre pli est démultiplié, une épilation négligée, révélée au grand jour, une vaginoplastie, parfois découverte – mais là, je ne suis pas assez près. La dernière catégorie de tissu est la plus formidable: c’est celle qui rétrécit, se tortille, tirebouchonne une fois trempé. Le plus sage des maillots devient alors d’une remarquable indécence alors que ce sont souvent les personnes les plus innocentes qui en sont victimes. Tenez, cette jeune femme, par exemple. Allongée sur le ventre, elle offre son dos et le reste au soleil en révisant ses examens. Ce qui, avant de rentrer dans l’eau, était encore un respectable triangle, a disparu dans son fessier, absorbé comme… par… Je rêve, je rêve, mais je vais rater le match, moi!]

Sur le chemin de la maison, je n’ai pu m’enlever de l’esprit que ce serait sympa que la fille d’en face finisse ses vitres demain. Notez bien, je n’ai pas de temps à perdre à jouer les voyeurs. Je suis juste un type normal. Imaginez ce que vous auriez pu lire si vous aviez pénétré le cerveau d’un célibataire…

Par Ibn Kunzman

 

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