Mot du mâle : "Eloge de la femme naturelle" par Lotfi Hamadi

0
5465

Crédit photo : Bayrem Ben Mrad

Quand on m’a proposé d’écrire le mot du mâle dans Femmes de Tunisie, j’ai d’abord pensé à une blague. Bien que le titre soit chargé en hormones, on attend surtout des hommes qui écrivent sur ce genre de support qu’ils pondent des compliments féministes dithyrambiques du genre «la femme est l’avenir de l’homme» ou l’encore moins original «derrière chaque grand homme se cache une femme». Je crois qu’il n’y a rien de plus emmerdant que ce genre de paternalisme, cet excès dans la défense des femmes qui donnerait presque l’impression d’avoir affaire à des protecteurs d’une espèce en voie de disparition. Dès lors, demander à un gars comme moi, plus connu pour ses blagues misogynes que pour ses envolées féministes, d’écrire dans le premier magazine féminin de Tunisie, c’est un peu comme demander à des militants d’Ennahdha de manifester contre le terrorisme. Ah non, ils ont osé faire ça le mois dernier… Bon, bah, c’est comme demander à DSK de plaider pour la fidélité! 

Surtout que les magazines sont financés par mes pires ennemis: le parfum, le maquillage et les colorations. Toutes ces inventions qui ailleurs sont utilisées sans excès, pour mettre en valeur, mais dont certaines femmes ici abusent. Pas toutes, mais déjà trop à mon goût. On finit par ne plus savoir si on fréquente une femme ou une valise d’échantillons de cosmétiques.

La femme, je l’aime pour ce qu’elle est, comme elle est! Je n’aime pas, en revanche, avoir à me demander à quoi elle ressemble en vrai, sans ses cheveux teints, derrière ses lentilles, sous sa couche de maquillage. Cet abus de tout rend à mes yeux la femme naturelle…extraordinaire!

Femme naturelle, je te trouve belle parce que je n’ai pas besoin d’imaginer quelle couleur ont tes rétines pour me plonger dans ton regard, j’aime que tu ne te transformes pas de jour en jour, au point qu’il me faille crier ton nom au milieu de femmes surmaquillées pour te trouver. J’aime caresser tes cheveux simples, naturels, qui ne sont pas asséchés par les teintures qui donnent à la chevelure de certaines autant envie de les toucher que de caresser des barbelés. J’aime t’embrasser sans avoir besoin d’une truelle pour retirer le gloss ou le rouge à lèvres étalé sur les tiennes. J’aime me plonger dans ton cou sans craindre de perdre connaissance à cause des vapeurs du litre de parfum dont tu t’asperges chaque matin. J’aime goûter à ta peau sans avoir besoin de me brosser les dents pour retirer de ma bouche ton goût de fond de teint. 

Dans une société d’apparence où aimer et posséder, désaimer et détruire se confondent, tu es, femme naturelle, l’équilibre qui rappelle que nous ne sommes pas condamnés à choisir un extrême ou l’autre! Tu sais qu’on peut embrasser sans avoir d’aventure, avoir une aventure sans penser au mariage. Tu sais que la vie, ce n’est pas parler d’amour comme dans les films ou les livres mais vivre en acceptant les joies et les peines qui vont avec toute relation émotionnelle. Tu sais que nous ne sommes pas condamnés à limiter nos pensées, nos sentiments, nos choix aux autres, même aux siens, à la société, même à la sienne. 

Femme naturelle, je t’ai imaginée, ce doit être pour cela qu’il m’est facile de t’aimer!

So now, back to reality !

Par Lotfi Hamadi

]]>