Mon enfant est-il autiste ? Que dois-je faire ?

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Avec l’évolution des mentalités, la question de l’autisme ressurgit aujourd’hui des profondeurs les plus abyssales de la conscience d’une société qui l’a enfouie. Longtemps resté tabou, ce trouble du développement, qui apparaît au cours des 36 premiers mois de la vie d’un enfant, semble aujourd’hui intéresser les Tunisiens sensibles aux scandales ayant secoué certains établissements spécialisés. Comment savoir que son enfant est autiste ? Qui consulter ? Que faire ? Salma Baccouchi, orthophoniste spécialisée en autisme, a répondu à nos questions pour nous aider à y voir plus clair.

Comment savoir si mon enfant est autiste ?

Juger que son enfant est autiste n’est pas à la portée de tous et cela ne remplace jamais une consultation chez un spécialiste. Si l’on est assez observateur, on peut déceler très tôt les traits autistiques de son enfant. Les signes les plus fréquents et visibles sont, par exemple, un regard fuyant – l’enfant n’arrive pas à fixer du regard son interlocuteur -, le fait de ne pas répondre à son prénom – l’enfant ne dirige pas son regard vers la personne lorsque celle-ci l’appelle -, de faire des gestes ou de dire des paroles de façon répétitive tout au long de la journée – les stéréotypies – ou encore un retard de langage. Généralement, l’autisme s’accompagne d’une absence de langage ou d’un langage présent mais incohérent et ceci suite au refus de l’enfant de communiquer avec autrui.

Comment annonce-t-on aux parents que leur enfant est autiste ?

On n’annonce jamais à des parents que leur enfant est autiste, non seulement parce que cela peut créer un blocage chez eux, mais aussi parce qu’on ne peut pas donner à l’enfant une étiquette et le classer dans une catégorie bien précise. On dit aux parents que leur enfant présente quelques traits autistiques, un trouble de la communication et du développement, et que cela est généralement accompagné d’un retard de langage. Il faut leur dire qu’il existe des thérapies adéquates pour améliorer son état mais qu’il ne faut surtout pas tarder à commencer la prise en charge car chaque mois de retard est une énorme perte de temps pour l’évolution positive de l’enfant, qu’il faut s’impliquer et s’appliquer dans la rééducation, et surtout ne pas compter uniquement sur l’équipe thérapeutique.

Quels sont les clichés sur les autistes ?

Malheureusement, il existe plusieurs clichés sur les autistes, comme par exemple leur incapacité à être scolarisés, leur agressivité, le fait de ne pas savoir parler ou encore leur incompréhension des choses. Inutile de préciser que tous ces clichés sont complètement faux car, bien au contraire, l’intégration scolaire pour les enfants autistes se fait de plus en plus. De plus, ils ne sont pas tous agressifs : certains sont même très gentils, extrêmement timides et réservés. D’autres enfants autistes parlent (un peu trop même) mais il faut les aider à bien orienter leur langage et à l’utiliser de façon cohérente et adéquate. Les enfants présentant des traits autistiques ont un très bon degré de compréhension, mais comme ils ont un grand problème de communication, ils donnent l’impression de ne pas comprendre grand-chose.

Quelles sont les méthodes psycho-éducatives utilisées en Tunisie ? Sont-elles efficaces ?

Dès que les parents remarquent un problème chez leurs enfants, ils se dirigent vers un pédopsychiatre qui leur fera alors une évaluation. Ensuite, il leur demandera de commencer une thérapie pluridisciplinaire qui peut inclure un orthophoniste, un ergothérapeute, un psychomotricien et parfois même un psychologue, selon les défaillances de l’enfant. Les méthodes en elles-mêmes possèdent chacune son degré d’efficacité. Mais comme on l’a déjà mentionné, pour une amélioration complète, il faut que l’équipe pluridisciplinaire, les parents et le cadre scolaire travaillent ensemble de manière complémentaire et suivent les mêmes objectifs.

D’après votre expérience, quelles sont les erreurs les plus communes commises par les parents ?

En 10 ans d’expérience, l’erreur commune la plus rencontrée auprès des parents, c’est le manque d’implication dans la prise en charge. Dans la majorité des cas, les parents sont, au début, très présents dans le suivi du cas de leur enfant. Dès que ce dernier commence une prise en charge thérapeutique concrète avec orthophoniste, ergothérapeute et/ou psychomotricien, les parents lâchent l’affaire et ne comptent plus que sur cette équipe, alors que plus de la moitié du travail doit être faite par ces derniers. Les quelques heures par semaine passées avec le spécialiste ne sont rien comparées au temps restant que l’enfant passe à la maison ou à l’école. Ceci est donc insuffisant pour garantir une évolution efficace de l’état de l’enfant. Le professionnel évalue le cas, fixe les objectifs à viser, met en place une méthode par laquelle on procédera pour travailler et guide les parents dans leur comportement au quotidien. Ces derniers continuent le travail entamé en parallèle pour qu’il y ait une vraie amélioration de l’état de l’enfant.

Un enfant autiste peut-il aller à l’école ? 

Idéalement, l’enfant autiste doit être scolarisé dans une école normale de telle sorte qu’il ait des enfants sans pathologies à imiter. Alors que si on le met dans un cadre avec uniquement d’autres enfants autistes, il pourra imiter les stéréotypies et toutes les choses négatives qui inhiberont son amélioration. Il est évident que l’enfant avec des traits autistiques aura plus de difficultés que d’autres à suivre le rythme et le programme scolaires, mais ici entre en scène le rôle très important de l’A.V.S (auxiliaire de vie scolaire) qui sera continuellement à ses côtés pour l’aider à suivre le rythme, à s’intéresser au groupe de classe et à comprendre les consignes scolaires. »

Y a-t-il des établissements scolaires mieux formés que d’autres ?

Concernant les établissements scolaires, il y a deux grands types :

  • les centres spécialisés : ce sont des centres conçus spécialement pour les enfants présentant des pathologies bien précises. En Tunisie, ils ne sont pas encore au point. Même si l’on trouve des centres pour enfants autistes, ceux-ci mélangent tous les degrés d’autisme dans une même classe. Le manque de moyens fait que l’éducateur se retrouve à travailler dans une classe comportant une dizaine d’enfants ou plus alors que l’idéal serait un intervenant par enfant ;
  • les écoles dites « normales » : comme dit précédemment, c’est l’option préférable. Néanmoins, beaucoup d’écoles ont encore du mal à accepter la présence de l’A.V.S, ce qui n’aide pas l’enfant dans son intégration.