Micro-trottoir: Que pensent le Tunisien de l’économie du pays?

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En Tunisie, les débats sur l’identité tunisienne, les libertés individuelles, ou encore les terroristes vont bon train. Sur les réseaux sociaux, dans les cafés et partout dans les espaces publics ou privés, ça discute fait divers et actualité. Le Tunisien se plaint de la cherté de la vie, des produits inaccessibles mais ne cherche souvent pas la cause, qui reste toutefois économique. Combien de personnes suivent notre actualité économique et les solutions proposées par l’Etat afin de pallier le  déficit budgétaire ? Combien sont au courant du contenu de la loi de finances pour l’année 2018 ? Nous avons sondé la rue tunisienne en posant des questions sur le projet de loi de finances, sur l’importation de produits, la dépréciation du dinar ou encore les nouvelles taxes.

Zoubeir-Maître d’hôtel-39 ans « Je ne suis pas du tout la politique. Je n’ai jamais entendu parler de la loi de finances. Tout ce que je sais, c’est que nous vivons dans des conditions difficiles. Les salaires ne suffisent plus à payer toutes nos charges. Tout devient de plus en plus cher. Qu’est ce qui nous attend encore ? Payer le médecin avec tout notre salaire ? Même un salaire de 1000 dinars n’est plus suffisant pour remplir le couffin. Si de nouvelles taxes vont être appliquées, je ne sais pas ce qui va nous arriver. Il nous faudra faire bouger les choses. Il nous faudra une autre révolution peut-être. Vous me demandez ce qu’implique pour moi la dépréciation du dinar face à l’euro ? Tout va changer pour moi. Je pars dans deux semaines rendre visite à mon frère, je ne vais pas pouvoir changer grand-chose en termes de devises. Ici, tous les produits importés sont de plus en plus chers, alors je prends des deux. J’essaie de voir qu’est ce qui me convient. Et ne me parlez pas du temps de Ben Ali ou Bourguiba, car avec nos salaires de misère, on arrivait tout de même à vivre »

 

Ryma-Commerciale-27 ans« J’ai entendu parler du projet de loi de finances pour l’année 2018 mais je ne maîtrise pas du tout le sujet. Concernant les nouvelles taxes, je pense que tout est déjà trop cher. Je ne sais pas trop. Si c’est important de le faire, allons-y. Une augmentation de 1 point ne va pas beaucoup se ressentir je pense. Mais je sais que pour la classe moyenne, voire classe moyenne inférieure, même 0,5% sont fortement ressentis. Cela va créer une ambiance générale triste dans le pays. Mais si l’Etat n’a plus d’argent, je suis pour. C’est un mal nécessaire. Après pour le dinar, ce qui me dérange à titre personnel, c’est la difficulté que j’ai de plus en plus à voyager. Et puis, les produits de base importés qu’on a l’habitude d’acheter sont devenus inaccessibles : produits de cosmétiques, prêt-à-porter, produits de nettoyage, alimentaires, etc. Mais je sais que mon avis n’est pas représentatif. Je suis consciente que nous ne sommes qu’une petite tranche pour qui cette dépréciation n’a d’incidence que sur la petite consommation des produits importés et les voyages. » 

 

Ilhem-esthéticienne-32 ans « Je ne sais pas ce que c’est que cette loi de finances, mais je sais ce que sont les taxes. Alors, si on va acheter notre matériel de travail plus cher, on va vendre nos prestations plus chères forcément. En tant qu’esthéticienne coiffeuse, tout mon travail est basé sur la qualité de mes produits, comme la kératine à titre d’exemple, que j’achète en importation. Le brushing qui coûte 8 et 9 dinars aujourd’hui va peut être coûter 10 et 11 dinars demain. Ce n’est pas la bonne solution que d’augmenter les taxes. Ces mesures ne font que nous rendre notre boulot plus difficile. Dans mon cas, l’augmentation des prix fera que les prestations esthétiques vont passer au second plan. La Tunisienne moyenne préférera économiser son salaire pour la nourriture ou les médicaments. Le pire, c’est que tout est corrélé. La matière première importée coûte cher donc tout devient plus cher. Et à côté, nos clientes refusent qu’on utilise des produits locaux. Elles préfèrent les vernis ou la teinture qui sont importés même si la qualité n’y est pas ». 

 

 

 « J’ai entendu vaguement parler de cette nouvelle loi de finances dans les médias. Je sais qu’elle était en discussion et qu’elle vient de passer, mais je ne sais pas du tout ce qu’elle annonce. Vous me parlez des nouvelles taxes pour ce projet de loi. Moi je suis commerçant, mais je ne sais pas trop comment je vais agir face à ces nouvelles mesures. Si je vais augmenter mes prix ? Peut-être. Si la hausse n’est pas perceptible, j’essaierai de maintenir mes prix. Mais pour vous dire vrai, je n’y comprends rien. Je pense qu’un seul point d’augmentation, c’est rien. Quant à l’importation, j’en achète de moins en moins. Ca me coûte trop cher. Les noix de cajou me coûtent plus de 50 dinars le kilo. Et les clients en achètent de moins en moins forcément. Après, il faut dire les choses telles qu’elles sont, le Tunisien aime acheter les produits importés» Omar-Commerçant-28 ans

 «Ce que je sais de la loi de finances pour l’année 2018, c’est qu’il y aura des augmentations, notamment dans les salaires. Je sais qu’ils vont enlever les 20% sur l’import des voitures. Maintenant concernant les taxes, il est clair que leur augmentation n’est pas équilibrée par rapport aux salaires et leur petite augmentation. Il va sûrement y avoir un décalage de consommation. Et dans tout ça, va savoir où cet argent va être dépensé. Quant à la chute du dinar, je sais que cela va impacter directement mes voyages. J’achète tout lorsque je suis à l’étranger. Je ne trouve rien à acheter ici car le rapport qualité/prix n’est pas équilibré. Je ne sais pas si je vais me mettre à consommer plus tunisien. La qualité n’y est pas franchement. Nous ne produisons pas de bons produits. Les prix ont augmenté car la matière première importée est plus chère mais la qualité ne s’est pas améliorée. Je ne sais pas si cela va inciter les gens à aller plus vers le commerce parallèle, mais je sais déjà que la plupart par exemple achètent de plus en plus les vêtements dans les friperies…qui, par ailleurs, ont aussi augmenté leurs prix. » Arbia-graphiste- 32 ans