Pour vous, Femmes de Tunisie a lu du local, du pur produit tunisien. Un tout petit ouvrage, de ceux qu’on peut emporter en voyage ou à la plage. Influence du Comar d’Or de 2013 ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est que nous avons encore enregistré pour cette année là un bon nombre de productions.

L'homme du crépuscule est un livre qui existe sur la liste des titres retenus pour la compétition de 2013. Je l’ai choisi pour deux raisons: d’abord, l’histoire est fluide, simple et légère et donc pour quelqu’un qui part en vacances, c’est un compagnon de route idéal. Et puis parce que je voulais pouvoir comparer plus tard ce roman avec les lauréats du Comar d'or.

Je l’ai donc lu… en un jour. Cela m’a pris 3 heures. 3 heures d’évasion, de nostalgie et, quelque part, d’émotions fortement ressenties.

L’Homme du crépuscule, c’est l’histoire d’Iteb, chanteur de cabaret au Layali Beyrout dans «la grande capitale du nord», comme il le dit tout au long de son récit. Je comprends ou pense deviner qu’il parle de Bruxelles.

L’histoire est écrite du point de vue d’un homme, de cet Iteb qui se dévoile au lecteur petit à petit. Il raconte son enfance dans son quartier. Son père qui les abandonne par lâcheté, son amour pour sa voisine, qui l’habitera des années durant, et puis son départ pour la grande capitale du nord.

Emouvant à souhait. Ni trop au point de vous faire pleurer, ni pas assez pour vous ennuyer. L’homme qui vit la nuit vous habite pendant ces quelques heures de lectures. Parce qu’à y creuser plus loin, le livre traite d’un mélange de sujets souvent tabous: le racisme envers la communauté noire de Gabès en Tunisie, mais également en Belgique envers les Arabes, l’impossible amour entre Iteb et Leila, que le passé et les sentiments rapprochent mais que le niveau d’instruction et l’orgueil séparent. Tout au long du roman, le sentiment de déchirure vous accompagne. Une déchirure que vit Iteb entre deux pays (la Belgique et la Tunisie), entre deux parents (le père lâche et la mère aigrie), entre deux amours (la quinquagénaire généreuse et seule, et Leila, l’impossible à atteindre) et puis deux professions (gardien de parking pour gagner sa vie et musicien le soir au cabaret pour les moments de plaisir). «Je chantais uniquement pour moi. Pour éprouver des sensations d’absence au monde des Hommes. Pour voyager vers le règne du beau, du pur, du divin. Le chant m’accordait une voie pour éprouver des sentiments dont j’étais privé.» (p. 51)

Dans L’Homme du crépuscule, Sonia Chamkhi a réussi un pari: celui de procurer au lecteur beaucoup d’émotion et de réflexion sans lui imposer un climat lourd comme pourrait l’être le passé d’Iteb. D’ailleurs, un des points positifs de l’ouvrage reste la simplicité du langage avec lequel le personnage communique. Simple mais pas simpliste.

Extrait poignant: «J’étais un corps étranger qui se cachait, qui habitait les sous-sols et les souterrains. Ma terre d’origine a taillé mes tempes, sculpté ma bouche charnue et mon front saillant. J’ai son sang et son humeur. Je faisais peur et je le savais. Je me faisais discret, je m’abstenais. Je cédais et composais. Je renonçais et négociais.» (p. 55)