Le selfie : un outil à double tranchant ?

0
537

Le selfie est une pratique très courante pour ne pas dire endémique. Elle répond à un besoin narcissique mais pas seulement…

Il est vrai que se prendre en selfie peut nous apparaître comme un exercice superficiel et autocentré. Mais si l’on adopte une approche plus nuancée, on se rendra compte qu’il a des aspects positifs. D’abord pour certains individus, il peut réhabiliter leur image. C’est-à-dire, qu’il permet à certaines personnes timides de s’afficher avec beaucoup moins de retenue et de ce fait ils peuvent avoir une image plus positive d’eux-même. Dans ce cas, on est dans une dynamique presque réparatrice. En effet, il y une forme d’identification qui répond à cette logique : « Si cette personne peut s’afficher de cette manière, alors pourquoi pas moi ? ». Et donc de ce fait on se sent moins marginalisé. Autre point positif qu’il faut relever, le selfie stimule tout de même l’imagination. Il va pousser la personne en question à créer une nouvelle coiffure par exemple, à se cadrer différemment et par la même occasion se découvrir au fur et à mesure de l’exercice. L’imagination qui résulte de cette activité pousse la personne à rechercher sans cesse de nouvelles possibilités. Et dans ce sens, cela devient constructif.

Dans l'industrie de la mode, les selfies sont devenus indispensables. Un moyen d'avoir une visibilité encore plus importante.
Dans l’industrie de la mode, les selfies sont devenus indispensables. Un moyen d’avoir une visibilité encore plus importante.

Toutefois, il faut faire attention que les selfies ne provoquent pas une addiction et un dérèglement obsessionnel. Les « j’aime » peuvent accroître le besoin de s’exhiber et de se montrer sur son meilleur jour. Et là, on tombe inévitablement dans la spirale de l’image et de l’immédiateté. On le sait tous, certaines photos dissimulent une réalité peu envoûtante. C’est le piège des réseaux sociaux, où la personne montre ce qu’elle a de mieux. Mais est-ce la vraie vie ou une mise en scène ? Sommes-nous dans le réel ou l’exagération ? Ou encore dans la dissimulation ?

Néanmoins, il est important de distinguer que le selfie peut aussi être considéré comme une forme de thérapie. C’est-à-dire, l’acceptation de soi, la confiance en soi et l’assurance etc… C’est le cas de Leila, une jeune tunisienne de 25 ans qui, grâce à la photo, a appris à se sentir bien dans sa peau. « Je me trouvais beaucoup de défauts, c’était purement psychologique. J’avais beaucoup de doutes et d’insécurités, la photo a aidé à me rassurer et à avancer. Me voir sous plusieurs angles m’a rassuré, comme une consolation. Mes selfies sont un moyen de m’exprimer, je suis maîtresse de moi-même. Je n’ai pas de photographe pour me guider, je n’ai pas besoin de me comporter comme un mannequin, je suis libre de choisir. J’ai une paix intérieure et enfin de l’estime que je ne trouvais pas ailleurs. Aujourd’hui, on parle beaucoup du selfie en mal, il suffit seulement de connaître le juste milieu et les limites. Beaucoup de clichés peuvent rapidement devenir controversés, c’est le cercle vicieux de l’image. C’est pourquoi, il faut aussi savoir prendre ses distances pour mieux retrouver ses priorités. »

En bref, il faut utiliser la photo avec parcimonie sans que cela devienne une drogue narcissique, un besoin vital ou pire encore un dangereux accident. Rappelons qu’en 2014 au Portugal un couple est mort en tombant d’une falaise à cause d’un selfie.

Par Chérine Abbes